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Bereshit 14

Bereshit 14:1-24

Traduction en cours

La coalition des rois

Et il advint aux jours de Amrafel (Amrafel / אַמְרָפֶל) [Amrafel — roi de Shin'ar. Certaines traditions l'identifient à Hammourabi de Babylone, mais le texte lui-même ne fait pas cette identification — son nom reste énigmatique dans les sources extérieures] roi de Shin'ar, de Aryokh (Aryokh / אַרְיוֹךְ) [Aryokh — roi d'Ellasar (Ellasar / אֶלָּסָר) : cité-état de la région de Shin'ar, non localisée avec certitude dans les sources extérieures] roi d'Ellasar, de Kedorlaomer (Kedorlaomer / כְּדָרְלָעֹמֶר) [Kedorlaomer — roi d'Elam (Elam / עֵילָם) : le puissant empire à l'orient de Shin'ar, dans l'actuel Iran du midi. Kedorlaomer est le roi dominant de cette coalition — c'est à lui que les cinq rois étaient soumis depuis douze ans] roi d'Elam — et de Tid'al (Tid'al / תִּדְעָל) [Tid'al — roi des Goyyim (Goyyim / גּוֹיִם) : "des peuples, des nations". Titre qui désigne un chef de coalition de peuples mêlés sans territoire fixe unifié] roi des Goyyim —

qu'ils firent la guerre à Bera (Bera / בֶּרַע) [Bera — roi de Sedom. De ra (dysfonction structurelle) : son Shem porte la marque du ra déjà posé sur Sedom en Bereshit 13:13] roi de Sedom, à Birsha (Birsha / בִּרְשַׁע) [Birsha — roi d'Amorah. De rasha (impiété, hors de l'ordre) : même logique onomastique que Bera — les deux noms portent la dysfonction dans leur structure même] roi d'Amorah, à Shinav (Shinav / שִׁנְאָב) [Shinav — roi d'Adma (Adma / אַדְמָה), ville de la plaine du Yarden déjà mentionnée dans les frontières de Kena'an en Bereshit 10 et dans la vision de Lot en Bereshit 13] roi d'Adma, à Shemever (Shemever / שֶׁמְאֵבֶר) [Shemever — roi de Tsevoyim (Tsevoyim / צְבֹיִם), autre ville de la plaine, voisine d'Adma dans la liste des cités de la plaine] roi de Tsevoyim — et au roi de Bela (Bela / בֶּלַע) [Bela — de bala : engloutir, avaler. Ville aussi connue sous le nom de Tsoar — la "petite" ville du regard de Lot en Bereshit 13:10] — c'est Tsoar.

Tous ceux-là se joignirent dans la vallée de Siddim (emeq haSiddim / עֵמֶק הַשִּׂדִּים) [emeq haSiddim — la dépression de Siddim. Au temps d'Avram, c'était une plaine fertile irriguée — le texte l'identifie avec la mer de Sel (la mer Morte actuelle), signalant une transformation géographique survenue après la destruction de Sedom] — c'est la mer de Sel (yam haMelah / יָם הַמֶּלַח).

Douze ans ils servirent (avadu / עָבְדוּ) [avadu — ils servirent. Avad : le service du vassal envers son suzerain — ces cinq rois étaient sous la domination de Kedorlaomer depuis douze ans] Kedorlaomer — et la treizième année ils se rebellèrent (maradou / מָרָדוּ) [maradou — ils se rebellèrent. Marad : le terme technique de la rupture vassalique. La rébellion de la treizième année déclenche la campagne punitive des quatre rois].

Et la quatorzième année vint Kedorlaomer et les rois qui étaient avec lui — et ils frappèrent les Refaim (Refaim / רְפָאִים) [Refaim — peuple ancien des régions orientales du Yarden. De rafa : les ombres, les morts — ou terme pour une race de stature redoutable. Leur présence évoque les Nephilim de Bereshit 6 — un vestige des peuples d'avant l'ordre actuel des nations] à Ashterot-Qarnayim (Ashterot-Qarnayim / עַשְׁתְּרֹת קַרְנַיִם) [Ashterot-Qarnayim — ville de Transjordanie septentrionale. Ashterot : forme plurielle d'Ashtaroth, déesse phénicienne — le nom de la ville porte l'horizon cultuel cananéen], les Zouzim (Zouzim / זוּזִים) [Zouzim — peuple ancien de Transjordanie, probablement les mêmes que les Zamzummim de Devarim 2:20] à Ham (Ham / הָם), les Emim (Emim / אֵימִים) [Emim — de emah : terreur. "Les terribles". Peuple d'une stature redoutable habitant la plaine de Moav selon Devarim 2:10-11 — les anciens peuples géants que les nations successives ont déplacés] à Shaveh-Qiryatayim (Shaveh-Qiryatayim / שָׁוֵה קִרְיָתַיִם) [Shaveh-Qiryatayim — "la plaine des deux villes". Région de Transjordanie méridionale]

et les Horiens (Horim / הַחֹרִים) [Horim — de hor (caverne) : les habitants des cavernes, peuple pré-édomite de la montagne de Seir. Ils seront déplacés par les fils d'Esav selon Devarim 2:12] dans leur montagne de Seir (har Seir / הַר-שֵׂעִיר) [har Seir — le massif montagneux au midi de la mer de Sel, territoire qui deviendra Edom. Première occurrence dans l'ONT] jusqu'à El-Paran (El-Paran / אֵיל פָּארָן) [El-Paran — aux abords du désert de Paran (Paran / פָּארָן) : le grand désert entre Kena'an et le Sinaï. Première occurrence — ce désert sera le lieu de l'errance de Hagar (Bereshit 21) et du séjour d'Israël dans Bemidbar] qui est au bord du désert.

Puis ils revinrent et arrivèrent à En-Mishpat (En-Mishpat / עֵין מִשְׁפָּט) [En-Mishpat — "la source du jugement". Identifiée avec Qadesh (Qadesh / קָדֵשׁ) : "la sacrée". Oasis au midi de Kena'an, carrefour majeur du désert, qui deviendra lieu de campement d'Israël dans Bemidbar. Première occurrence dans l'ONT] — c'est Qadesh — et ils frappèrent tout le champ des Amaleqites (Amaleqim / עֲמָלֵקִים) [Amaleqim — les Amalécites : peuple du désert méridional entre Kena'an et Mitsrayim. Leur désignation ici est anachronique — ils prendront ce nom de leur ancêtre Amaleq, petit-fils d'Esav, non encore né. Le texte projette le nom connu du lecteur sur une réalité ancienne] — et aussi les Amorites (Emori / הָאֱמֹרִי) [Emori — les Amorites : peuple kena'ani de l'intérieur des terres. Avram lui-même est allié à trois Amorites (v.13) — le même peuple se retrouve parmi les frappés et parmi les alliés d'Avram, signe de la complexité des relations inter-peuples de Kena'an] qui habitaient à Hatsatson-Tamar (Hatsatson-Tamar / חַצְצֹן תָּמָר) [Hatsatson-Tamar — "le fendage du palmier". Identifiée avec En-Guedi, oasis à l'occident de la mer de Sel].

Alors sortirent le roi de Sedom, le roi d'Amorah, le roi d'Adma, le roi de Tsevoyim et le roi de Bela — c'est Tsoar — et ils s'alignèrent pour la bataille dans la vallée de Siddim,

contre Kedorlaomer roi d'Elam, Tid'al roi des Goyyim, Amrafel roi de Shin'ar et Aryokh roi d'Ellasar — quatre rois contre cinq.

La chute de Sedom et la capture de Lot

Et la vallée de Siddim était pleine, puits sur puits, de bitume (be'erot be'erot khemar / בֶּארֹת בֶּארֹת חֵמָר) [be'erot be'erot — répétition intensive hébraïque : puits sur puits. Khemar : l'asphalte naturel, le goudron. Les gisements de bitume du bassin de la mer de Sel sont attestés dans l'Antiquité — le terrain lui-même est un piège pour les fuyards] — et les rois de Sedom et d'Amorah s'enfuirent et y tombèrent (vayipelu-shammah / וַיִּפְּלוּ-שָׁמָּה) [vayipelu shammah — ils tombèrent là. Dans les puits de bitume de leur propre vallée : la défaite se referme sur eux dans le sol même de leur territoire] — et les rescapés (hanish'arim / הַנִּשְׁאָרִים) fuyèrent vers la montagne.

Et ils prirent tous les biens de Sedom et d'Amorah et tous leurs vivres (okhel / אֹכֶל) — et ils s'en allèrent.

Et ils prirent Lot — fils du frère d'Avram — et ses biens, et s'en allèrent. Et il habitait à Sedom.

Avram délivre Lot

Et vint le survivant (hapalît / הַפָּלִיט) [hapalît — le fuyard, l'échappé. De palat : s'échapper, se sauver. Un seul survivant parvient à Avram] et il dit à Avram l'Ivri (Avram ha-ivri / אַבְרָם הָעִבְרִי) [ha-ivri — l'Hébreu. Première occurrence de ce terme dans tout l'ONT. Double étymologie dans le texte : de avar (traverser) — celui qui a traversé, peut-être l'Euphrate ; ET de Ever (Ever / עֵבֶר), l'ancêtre nommé en Bereshit 10:21-24 dont descend la lignée d'Avram. Le texte ne tranche pas entre les deux lectures — l'ambiguïté est dans la structure même du mot] — or il demeurait aux chênes de Mamre (elonei Mamre / אֵלֹנֵי מַמְרֵא) [Mamre (Mamre / מַמְרֵא) — de mara : être robuste, vigoureux. Amorite de Hevron, allié d'Avram. Les chênes qui portent son Shem sont déjà mentionnés en Bereshit 13:18 comme lieu d'ancrage d'Avram à Hevron] l'Amorite (ha-Emori / הָאֱמֹרִי), frère d'Eshkol (Eshkol / אֶשְׁכֹּל) [Eshkol — de eshkol : grappe de raisin. Nom pastoral — allié amorite d'Avram] et frère d'Aner (Aner / עָנֵר) [Aner — troisième frère amorite, allié d'Avram à Hevron] — et ils étaient maîtres-de-l'alliance (ba'alei berit / בַּעֲלֵי בְרִית) [ba'alei berit Avram — les maîtres de l'alliance d'Avram. Ba'al + berit : ceux qui sont seigneurs d'un traité formel avec Avram. Structure d'alliance inter-peuples — Avram n'est pas isolé : il est inscrit dans un réseau de berith avec ces trois Amorites de Hevron] d'Avram.

Et Avram entendit que son frère (ahiv / אָחִיו) [ahiv — son frère. Ahi appliqué au neveu — la terminologie de la fraternité englobe les liens élargis de la maisonnée, comme en Bereshit 13:8] avait été capturé (nishbah / נִשְׁבָּה) [nishbah — capturé, emmené en captivité. De shavah : prendre en captivité. Le même terme qui donnera shevut (captivité) dans les textes prophétiques] — et il mobilisa (vayareq / וַיָּרֶק) [vayareq — il vida, il tira dehors. De riq : vider. Le terme dit l'acte de tirer ses hommes de leur logement comme on tire une épée de son fourreau — une mobilisation totale et rapide] ses hommes d'armes entraînés (hanikh / חֲנִיכָיו) [hanikh — ses initiés, ses hommes d'armes formés. De hanakh : initier, former, dédier. Même racine que Hanukkah (la dédicace du Temple). Ces 318 hommes "nés dans sa maison" sont des guerriers dédiés — non pas une armée professionnelle mais des hommes formés dans la maisonnée d'Avram], nés dans sa maison — trois cent dix-huit — et il poursuivit jusqu'à Dan (Dan / דָּן) [Dan — ville au septentrion de Kena'an. Le nom Dan est anachronique ici : la ville s'appelait Laïsh à cette époque et ne prendra le nom de Dan qu'après la conquête par la tribu de Dan (Shoftim 18). Le texte utilise le nom connu du lecteur pour l'orienter géographiquement].

Et il se divisa contre eux de nuit (vayekhaleq alehem laïlah / וַיֵּחָלֵק עֲלֵיהֶם לַיְלָה) [vayekhaleq — il se divisa, il répartit ses forces. Tactique militaire nocturne : l'attaque de nuit par division des forces surprend un ennemi en retraite], lui et ses serviteurs — et il les frappa et les poursuivit jusqu'à Hovah (Hovah / חוֹבָה) [Hovah — de havah : ruine, désastre. Lieu au septentrion de Dammesek — son Shem dit peut-être ce que les ennemis y ont trouvé] qui est au septentrion de Dammesek (Dammesek / דַּמָּשֶׂק) [Dammesek — Damas. Grande cité de Syrie au septentrion de Kena'an, carrefour commercial majeur de l'Antiquité. Première occurrence dans l'ONT — elle marquera la limite septentrionale de la poursuite d'Avram].

Et il ramena tous les biens — et aussi Lot son frère et ses biens il ramena — et les femmes et le peuple (ha'am / הָעָם) [ha'am — le peuple, la population. Avram ramène non seulement les biens matériels mais les Nefesh elles-mêmes — la totalité de ce qui avait été pris].

Malki-tsedeq et le roi de Sedom

Et le roi de Sedom sortit à sa rencontre (liqrato / לִקְרָאתוֹ) [liqrato — à sa rencontre. Sortie protocolaire du roi vers le conquérant victorieux — geste de reconnaissance et d'ouverture de négociation] après son retour de frapper Kedorlaomer et les rois qui étaient avec lui — à la vallée de Shaveh (emeq Shaveh / עֵמֶק שָׁוֵה) — c'est la vallée du Roi (emeq haMelekh / עֵמֶק הַמֶּלֶךְ) [emeq Shaveh / emeq haMelekh — "la vallée plane" ou "la vallée du Roi". Lieu identifié dans les traditions ultérieures à la vallée du Cédron, aux abords de Yerushalaim. Première occurrence].

Et Malki-tsedeq (Malki-tsedeq / מַלְכִּי-צֶדֶק) [Malki-tsedeq — "mon roi est le tsedeq". Tsedeq (צֶדֶק) : l'ordre juste cosmique, la conformité fonctionnelle au bon fonctionnement de la réalité — le tsedeq royal désigne le maintien de l'ordre cosmique par le roi qui gouverne. Son Shem dit sa fonction : un roi dont l'autorité est fondée dans le bon ordre. Premier emploi de tsedeq dans l'ONT. — Il est remarquable que Malki-tsedeq soit le seul personnage majeur de tout Bereshit à apparaître sans généalogie (toledot), sans père, sans ancêtres, sans descendance. Dans un livre structuré autour des toledot — les engendrements qui tracent les lignées et les fonctions —, cette absence n'est pas un oubli : elle dit que Malki-tsedeq n'existe pas par sa lignée mais par sa fonction seule. Il surgit dans le récit, accomplit son geste de bénédiction, et disparaît — sans passé ni avenir narratifs. Son existence dans le texte est entièrement fonctionnelle. — Dans l'idéologie royale proche-orientale, le roi est le garant du tsedeq : il maintient l'ordre cosmique qui permet à la cité de fonctionner — les récoltes, la justice, la protection. Malki-tsedeq cumule en une seule personne les deux fonctions normalement distinctes : melekh (roi) et kohen (prêtre). Ce cumul dit que l'autorité de Shalem est d'une nature intégrale — le politique et le sacré ne sont pas dissociés. — La réaction d'Avram est capitale : il accepte la bénédiction de Malki-tsedeq et lui donne la dîme. Dans la logique fonctionnelle hébraïque, recevoir une dotation (barakh) d'un autre, c'est reconnaître sa kavod. Donner la dîme, c'est reconnaître une autorité. Avram, l'homme de YHWH, reconnaît la kavod de ce roi-prêtre de Shalem — et identifiera son El Elyon à YHWH au v.22] roi de Shalem (Shalem / שָׁלֵם) [Shalem — de shalom : paix, intégralité, plénitude. Identifiée dans les traditions ultérieures à Yerushalaim (Tehilim 76:3), mais le texte lui-même ne fait pas cette identification — l'ambiguïté est maintenue] fit sortir du pain (lehem / לֶחֶם) et du vin (yayin / יָיִן) [lehem ve-yayin — pain et vin : geste d'hospitalité royale envers le conquérant victorieux. Le texte ne commente pas davantage — le silence narratif est maintenu] — et il était kohen (kohen / כֹּהֵן) [kohen — intraduisible. Non pas "prêtre" au sens romain/catholique — catégorie anachronique qui réduit le terme à la seule fonction sacrificielle. Le kohen hébreu est l'intermédiaire fonctionnel : celui qui maintient l'interface entre le domaine humain et le domaine divin, qui tient les deux côtés ouverts l'un à l'autre. Premier emploi du terme dans l'ONT. Malki-tsedeq cumule les deux fonctions : melekh (roi, garant de l'ordre cosmique) et kohen (intermédiaire entre les deux domaines) — cumul institutionnel rare mais attesté dans le Proche-Orient ancien. Sa fonction de kohen le rend apte à bénir et à recevoir la dîme] de El Elyon (El Elyon / אֵל עֶלְיוֹן) [El Elyon — "El le Souverain élevé". Elyon de alah (עָלָה) : monter, s'élever. Premier emploi de ce nom divin dans tout l'ONT. Intraduisible — même traitement qu'Elohim et YHWH. Dans les cosmologies proche-orientales voisines, Elyon est le titre du dieu suprême au sommet du panthéon. Malki-tsedeq, prêtre non-israélite de Shalem, emploie ce nom — et Avram l'identifiera à YHWH au v.22].

Et il le dota (vayevarekhehu / וַיְבָרְכֵהוּ) et dit : « Doté soit Avram de El Elyon (El Elyon / אֵל עֶלְיוֹן), fondateur et maître des Cieux et de la Terre (qoneh shamayim va'arets / קֹנֵה שָׁמַיִם וָאָרֶץ) [qoneh shamayim va'arets — fondateur et maître des Cieux et de la Terre. Qanah (קָנָה) : double dimension inséparable — créer/fonder ET acquérir/posséder. Formule du dieu suprême dans les textes proche-orientaux anciens : le dieu qui a fondé le cosmos en est le souverain permanent. El Elyon est à la fois créateur et possesseur de l'espace cosmique dans sa totalité].

Et doté soit El Elyon qui a livré tes ennemis dans ta main (migen tsarekha beyadekha / מִגֵּן צָרֶיךָ בְּיָדֶךָ) [migen — de magen (bouclier) : El Elyon a "bouclayé" tes ennemis, les a livrés sous ta protection. L'image est celle du bouclier qui bascule — le bouclier d'Avram s'est retourné contre ses ennemis] » — et il lui donna la dîme (ma'aser / מַעֲשֵׂר) [ma'aser — la dîme, le dixième. De eser (dix) : le dixième prélevé comme reconnaissance d'une autorité souveraine. Premier emploi dans l'ONT. Le sujet est grammaticalement ambigu : "il lui donna" (vayiten lo ma'aser mikol) — est-ce Avram qui donne la dîme à Malki-tsedeq (lecture traditionnelle et la plus probable dans le contexte), ou Malki-tsedeq qui remet une part à Avram ? L'hébreu laisse les deux lectures disponibles — l'ONT ne tranche pas] de tout.

Et le roi de Sedom formula à Avram : « Donne-moi les Nefesh (hanefesh / הַנֶּפֶשׁ) [hanefesh — les Nefesh, les personnes vivantes. Le roi de Sedom réclame ses habitants — il renonce aux biens matériels mais exige les Nefesh. Sans ses habitants, la cité n'existe pas fonctionnellement] — et les biens prends pour toi. »

Et Avram formula au roi de Sedom : « Je lève ma main (haraimoti yadi / הֲרִימֹתִי יָדִי) [haraimoti yadi — je lève ma main. Geste du serment solennel — lever la main vers le ciel engage l'être entier devant la présence divine. La formule du serment dans le monde hébreu antique] vers YHWH El Elyon (YHWH El Elyon / יְהוָה אֵל עֶלְיוֹן) [YHWH El Elyon — Avram combine les deux noms : YHWH, le Dieu de son alliance personnelle, ET El Elyon, le titre qu'employait Malki-tsedeq. La combinaison dit qu'Avram reconnaît le même Dieu sous les deux noms : ce que le prêtre de Shalem appelle El Elyon, Avram l'identifie à YHWH. Ce geste théologique est le moment le plus dense du chapitre — la rencontre des deux horizons de nommage du même Dieu], fondateur et maître des Cieux et de la Terre —

si je prenais (im... eqqah / אִם... אֶקַּח) [serment négatif hébraïque à protase sans apodose : "si je prends..." — la malédiction reste sous-entendue. L'ellipse renforce la solennité : ce qui n'est pas dit pèse plus que ce qui l'est] un fil (hut / חוּט) ou une courroie de sandale (seroukh-na'al / שְׂרוֹךְ-נַעַל) [hut / seroukh-na'al — le fil et la courroie de sandale : les deux objets les plus infimes de la vie quotidienne. Mérisme par les extrêmes : ni la plus petite ni la plus grande chose de ce qui t'appartient] ou rien de ce qui t'appartient — de peur que tu dises : "C'est moi qui ai enrichi Avram" (he'esharte / הֶעֱשַׁרְתִּי) [he'esharte — je t'ai enrichi. De osher (richesse) : Avram refuse que sa kavod soit interprétée comme une dette envers Sedom. Sa kavod vient de YHWH — non du roi de la cité dysfonctionnelle].

Rien pour moi — sinon ce qu'ont mangé les jeunes hommes (hane'arim / הַנְּעָרִים) [hane'arim — les jeunes gens, les combattants de la troupe. Na'ar : le jeune homme en état de service] — et la part des ish (anashim / הָאֲנָשִׁים) qui sont allés avec moi : Aner, Eshkol et Mamre — eux prendront leur part. »