Bereshit 13
Bereshit 13:1-18
Traduction en cours
Le retour à Kena'an
Et Avram monta de Mitsrayim vers le Négev (hanegev / הַנֶּגֶב), lui et sa Ishah et tout ce qu'il avait — et Lot (Lot / לוֹט) [Lot — neveu d'Avram] avec lui.
Et Avram était très lourd (kaved me'od / כָּבֵד מְאֹד) [kaved me'od — très lourd. De la même racine que kavod : kaved est l'adjectif, kavod est la forme nominale — même réalité de pesanteur fonctionnelle. Avram est kaved : il a du poids dans l'ordre cosmique, et ce poids s'exprime concrètement en bétail, en argent, en or. La richesse d'Avram n'est pas un détail économique — c'est la kavod que YHWH lui a transmise en Mitsrayim, rendue visible dans ses troupeaux] en bétail (miqneh / מִקְנֶה) [miqneh — le bétail, le cheptel. De qanah (acquérir, posséder) : le bétail comme forme d'accumulation fonctionnelle dans le monde pastoral ancien], en argent et en or.
Et il alla par ses marches (lemas'av / לְמַסָּעָיו) [lemas'av — par ses campements successifs, ses étapes de déplacement. De masa (lever le camp). Avram refait le chemin à rebours — il retrace exactement sa route d'aller] depuis le Négev jusqu'à Bet-El (Bet-El / בֵּית-אֵל), jusqu'au lieu où était sa tente au début (barishonah / בָּרִאשׁוֹנָה) [barishonah — au commencement, dans le premier temps. De rishon (premier) — même racine que bereshit. Avram revient à son point de départ géographique et fonctionnel] — entre Bet-El et Ai (ha'Ai / הָעַי).
Au lieu de l'autel (mizbeach / מִזְבֵּחַ) [autel bâti en Bereshit 12:8 à son premier passage. Le retour au lieu de l'autel est un retour au lieu de l'invocation — Avram ne bâtit pas un nouvel autel : il retrouve celui qu'il avait posé] qu'il avait fait là au début — et là Avram invoqua par le Shem de YHWH (vayiqra beshem YHWH / וַיִּקְרָא בְּשֵׁם יְהוָה) [vayiqra beshem YHWH — formule exacte de Bereshit 12:8. Avram reprend l'invocation là où il l'avait laissée : la descente en Mitsrayim était un écart géographique, le retour à l'autel est un retour à la relation].
La séparation d'Avram et de Lot
Et à Lot (Lot / לוֹט) aussi, qui allait avec Avram, il y avait du bétail (miqneh / מִקְנֶה) et du gros bétail (baqar / בָקָר) et des tentes (ohalim / אֹהָלִים) [ohalim — les tentes. Structure de l'existence nomade : installations mobiles, non des bâtiments permanents. Lot a accumulé les mêmes catégories de richesses qu'Avram].
Et la Terre ne put les porter (velo-nasa otam ha'arets / וְלֹא-נָשָׂא אֹתָם הָאָרֶץ) [lo nasa otam — ne put pas les porter. Nasa est le verbe du port, de ce qu'on soulève et soutient. La Terre elle-même est décrite comme incapable de soutenir le poids des deux : leur kavod combinée dépasse la capacité d'accueil du territoire] pour demeurer ensemble (lashevet yahdav / לָשֶׁבֶת יַחְדָּו) — car leurs biens étaient abondants (rav / רַב) [rav — nombreux, abondants. Leurs possessions ont tellement augmenté que l'espace ne suffit plus. L'abondance elle-même crée la séparation] et ils ne pouvaient demeurer ensemble.
Et il y eut une contention (riv / רִיב) [riv — contention, litige, dispute de ressources. Terme du domaine juridique et pastoral. Non pas une querelle personnelle — une collision fonctionnelle entre deux sphères d'existence qui ne peuvent plus coexister dans le même espace] entre les bergers (ro'im / רֹעִים) du bétail d'Avram et les bergers du bétail de Lot. Et le Kena'ani (hakena'ani / הַכְּנַעֲנִי) et le Périzzi (haperizi / הַפְּרִזִּי) [Kena'ani et Périzzi — deux peuples habitant alors le pays. Le Périzzi : de peraz (village ouvert, non fortifié) — le peuple des campagnes non murées. Le texte pose discrètement : le conflit entre les bergers se déroule dans un pays qui appartient à d'autres. La promesse est là — mais le pays est peuplé] habitaient alors dans le pays.
Et Avram formula à Lot : « Qu'il n'y ait pas de contention (riv) entre moi et toi, et entre mes bergers et tes bergers — car nous sommes des ish frères (anshei ahim / אַנְשֵׁי אַחִים) [anshei ahim — des ish, pluriel construit, qui sont frères. Avram invoque le lien d'alliance entre eux pour justifier l'absence de conflit. Le riv entre frères serait une trahison de la relation fondamentale].
N'est-ce pas toute la Terre devant toi ? Sépare-toi (hipared / הִפָּרֶד) [hipared — impératif de parad : se séparer. Non pas une rupture hostile — une séparation fonctionnelle pour que chacun puisse déployer son existence dans son propre espace] donc de moi. Si tu vas vers la gauche (hasemol / הַשְּׂמֹאל) — j'irai vers la droite (hayamin / הַיָּמִין), et si vers la droite — j'irai vers la gauche. »
Et Lot leva les yeux (vayisa Lot et-einav / וַיִּשָּׂא-לוֹט אֶת-עֵינָיו) [vayisa et-einav — il leva ses yeux. Geste du regard qui évalue et choisit. Lot choisit par la vue — ce qu'il voit décide de ce qu'il prend. Le contraste avec Avram sera net : Avram reçoit une promesse de YHWH sur ce qu'il ne peut pas encore voir ; Lot prend ce que ses yeux lui montrent] et vit (vayar / וַיַּרְא) [vayar — le regard évaluateur. Mais ici c'est Lot qui examine — même verbe que le regard de YHWH en Bereshit 1, mais le sujet est humain et le critère est la visibilité, non la fonction] que toute la plaine (kikar / כִּכַּר) [kikar — le disque, la rondelle : terme qui dit la forme plate et circulaire du bassin du Yarden vu d'en haut. Réalité géographique précise — non pas "plaine" au sens générique] du Yarden (hayarden / הַיַּרְדֵּן) [Yarden — le grand fleuve de Kena'an qui descend du septentrion vers la mer de sel. De yarad (descendre) : le fleuve qui descend. Frontière naturelle entre l'orient et l'occident du pays promis] était entièrement irriguée (kulah mashqeh / כֻּלָּהּ מַשְׁקֶה) [mashqeh — irriguée, abreuvée. De shaqa : abreuver. Le bassin du Yarden est un système d'irrigation naturel — eau abondante, terre productive] — avant que YHWH ne détruise (lifnei shahet YHWH / לִפְנֵי שַׁחֵת יְהוָה) Sedom (Sedom / סְדֹם) [Sedom — grande ville de la plaine du Yarden, dans la région sud de Kena'an. Premier emploi dans l'ONT : la beauté de la plaine est décrite avant la catastrophe — l'éden de Lot est un éden condamné. La mention de la destruction encadre la vision de Lot : ce qu'il voit comme plénitude est déjà marqué par ce qui vient] et Amorah (Amorah / עֲמֹרָה) [Amorah — deuxième grande ville de la plaine du Yarden, jumelle de Sedom. Les deux cités seront détruites en Bereshit 19] — comme le jardin de YHWH (kegan YHWH / כְּגַן-יְהוָה) [kegan YHWH — comme le jardin de YHWH : écho délibéré de l'Eden de Bereshit 2-3. La plaine du Yarden est comparée à l'espace de plénitude originelle — sauf qu'elle sera détruite. Lot choisit un Eden qui disparaîtra], comme le pays de Mitsrayim (ke'erets Mitsrayim / כְּאֶרֶץ מִצְרַיִם) [ke'erets Mitsrayim — deuxième terme de comparaison : fertilité et irrigation abondante. Avram vient d'en revenir — Lot projette quelque chose de semblable à ce qu'ils ont quitté] — en allant vers Tsoar (Tso'ar / צֹעַר) [Tso'ar — de tsa'ar (petit, insignifiant). Petite ville au bout de la plaine — elle réapparaîtra en Bereshit 19 comme lieu de refuge de Lot lors de la destruction de Sedom].
Et Lot choisit pour lui (vayivhar-lo Lot / וַיִּבְחַר-לוֹ לוֹט) [vayivhar-lo — il choisit pour lui-même. Le pronom réflexif lo accentue le caractère unilatéral du choix : Lot prend ce qui lui convient. Choix par les yeux, pour soi — en contraste avec l'appel de YHWH à Avram d'aller vers ce que YHWH lui fera voir] toute la plaine du Yarden — et Lot leva le camp vers l'Orient (miqqedem / מִקֶּדֶם) [miqqedem — vers l'orient / depuis l'orient : même terme qu'en Bereshit 11:2 (les bâtisseurs de Bavel venaient de/vers l'orient) et Bereshit 4:16 (Qayin s'établit à l'orient d'Eden). Dans tout Bereshit, le mouvement vers l'orient est le mouvement d'éloignement fonctionnel — de l'espace ordonné vers l'espace non encore ordonné. Lot se déplace vers l'orient : la structure narrative dit l'éloignement avant même que le récit le commente] — et ils se séparèrent (vayiparedu / וַיִּפָּרְדוּ) [vayiparedu — même racine que hipared (v.9). La séparation proposée par Avram est maintenant accomplie. Formulation hébraïque : chacun se sépare "d'au-dessus de son frère" (ish me'al ahiv) — la relation d'alliance est toujours présente dans la description même de la rupture] chacun d'au-dessus de son prochain.
Avram demeura (yashav / יָשַׁב) dans le pays de Kena'an — et Lot demeura dans les villes de la plaine, et dressa ses tentes jusqu'à Sedom [Sedom — la grande cité de la plaine du Yarden. Lot dresse ses tentes jusqu'à Sedom, non dedans — il campe aux abords. Mais la direction est établie : la proximité de Sedom est posée avant que sa dysfonction soit déclarée au verset suivant].
Et les ish (anshei / אַנְשֵׁי) [anshei — pluriel construit d'anashim, pluriel irrégulier d'ish] de Sedom [Sedom — la cité de la plaine du Yarden dont Lot s'est approché au v.12] étaient foncièrement ra (ra'im / רָעִים) [ra'im — pluriel de ra (état de dysfonction cosmique) — déjà posé en Bereshit 2:9. Non pas "méchants" au sens moral : des ish dont l'existence est structurellement hors de l'ordre fonctionnel] et déviants (vehatahim / וְחַטָּאִים) [vehatahim — déviants, de chata (dévier de la cible). Ra est l'état, chata est l'acte : les hommes de Sedom sont à la fois dans un état dysfonctionnel ET en acte de déviation continue. Le texte cumule les deux dimensions] face à YHWH (laYHWH / לַיהוָה) [laYHWH — face à YHWH, devant YHWH. La dysfonction n'est pas abstraite : elle se définit par rapport à YHWH. Le texte ne précise pas la nature des actes — il pose le rapport à YHWH comme critère de la dysfonction] — à l'excès (me'od / מְאֹד) [me'od — à l'excès. Le même me'od que dans tov me'od de Bereshit 1:31. Là c'était la plénitude de la fonction cosmique ; ici c'est la plénitude de la dysfonction. L'intensificateur dit les deux extrêmes du spectre].
Le renouvellement de la promesse
Et YHWH formula à Avram — après que Lot se fut séparé de lui (aharei hifared Lot meimav / אַחֲרֵי הִפָּרֶד-לוֹט מֵעִמּוֹ) [aharei hifared — après la séparation de Lot. La chronologie est précise : c'est après le départ de Lot que YHWH parle à Avram. La séparation n'est pas une perte — elle ouvre l'espace de la promesse. YHWH renouvelle et étend sa parole à Avram au moment même de son apparent appauvrissement] : « Lève donc les yeux (sa na einekha / שָׂא-נָא עֵינֶיךָ) [sa na einekha — lève donc tes yeux. YHWH adresse à Avram le même geste que Lot venait d'accomplir (v.10). Mais là où Lot levait les yeux et choisissait par lui-même, YHWH dirige le regard d'Avram. Même geste — autorité différente] et vois depuis le lieu où tu es — vers le septentrion et vers le midi et vers l'orient et vers l'occident (tsafonah vanegbah veqedemah veyammah / צָפֹנָה וָנֶגְבָּה וָקֵדְמָה וָיָמָּה) [mérisme des quatre directions : septentrion, midi, orient, occident — la totalité de l'espace. Ce que Lot voyait dans une seule direction est remplacé par la vision des quatre horizons. La promesse d'Avram n'est pas limitée à ce qu'un regard peut embrasser d'un seul côté].
Car toute la Terre que tu vois — c'est à toi que je la donnerai et à ta descendance (ulezar'akha / וּלְזַרְעֲךָ) [zera — la semence, la descendance : déjà posé en Bereshit 12:7. La promesse de la Terre et la promesse de la descendance sont ici données ensemble — deux composantes d'une seule réalité fonctionnelle] ad-olam (ad-olam / עַד-עוֹלָם) [ad-olam — jusqu'à l'olam, jusqu'à l'horizon temporel que le regard humain ne peut pas discerner. Olam (déjà posé en Bereshit 3:22, 6:3-4, 8:12, 8:16) : la limite que nul ne voit, non pas "pour l'éternité" au sens abstrait grec. La promesse s'étend là où le temps se dérobe au regard].
Et je rendrai ta descendance comme la poussière de la Terre (ke'afar ha'arets / כַּעֲפַר הָאָרֶץ) [ke'afar ha'arets — comme la poussière du sol. Afar est la matière même d'où l'adam a été façonné en Bereshit 2:7 (afar min ha'adamah). La descendance d'Avram sera aussi innombrable que les particules du sol originel — la promesse est ancrée dans la matière première de l'humanité. Non pas une image de fragilité : l'afar est l'élément fondateur, primordial] — à tel point que si un ish (ish / אִישׁ) peut compter la poussière de la Terre, ta descendance aussi pourra être comptée.
Lève-toi, parcours la Terre (qum hithalekh ba'arets / קוּם הִתְהַלֶּךְ בָּאָרֶץ) [qum hithalekh ba'arets — lève-toi et parcours la Terre en cheminant. Hithalekh — le verbe du cheminement continu, de la même racine que le hithalekh de Khanokh ("il chemina avec Elohim" en Bereshit 5:24) et de Noach ("il chemina avec Elohim" en Bereshit 6:9). Mais ici le cheminement est dans la Terre — Avram est appelé à parcourir fonctionnellement ce qu'il reçoit, à en prendre possession par le mouvement même de ses pieds] — pour sa longueur et pour sa largeur (leorkah ulerokhbah / לְאָרְכָּהּ וּלְרָחְבָּהּ) [mérisme : longueur et largeur — la totalité dimensionnelle de l'espace. On a vu les quatre directions (v.14), maintenant les deux axes de mesure. La promesse est exhaustive : aucune dimension n'est exclue] — car c'est à toi que je la donnerai. »
L'autel à Hevron
Et Avram dressa ses tentes (vaya'ahel / וַיֶּאֱהַל) [vaya'ahel — il dressa sa tente. De ohel (tente) — l'installation nomade, non la construction permanente. Avram ne bâtit pas une ville comme Qayin ou Nimrod — il plante sa tente : l'existence du voyageur répondant à une parole] et vint demeurer aux chênes de Mamre (elonei Mamre / אֵלֹנֵי מַמְרֵא) [elonei Mamre — les chênes ou térébinthes de Mamre. Elon : le grand arbre, lieu de présence et de révélation dans les traditions proche-orientales. Mamre : allié d'Avraham qui apparaîtra explicitement en Bereshit 14] — à Hevron (Hevron / חֶבְרוֹן) [Hevron — de haver : s'associer, se lier. Le lieu de l'alliance. Première mention dans l'ONT — premier ancrage durable d'Avraham dans le pays promis, et lieu futur de la sépulture de Sarah en Bereshit 23] — et il bâtit là un autel (mizbeach / מִזְבֵּחַ) [troisième autel d'Avram dans l'ONT : Shekhem (Bereshit 12:7), Bet-El (Bereshit 12:8), Hevron (ici). Là où YHWH parle ou se manifeste, Avram bâtit un autel — réponse fonctionnelle à la parole divine, ancrage dans le lieu de la rencontre] à YHWH.