La Bible ONT — מקרא הקדם

Chapitre 1

Bereshit 1:1 — 2:3

Traduction en cours

Bereshit 1

L'état sans ordre

Quand (bereshit / בְּרֵאשִׁית) [be- (dans) + reshit (commencement), de la racine ראשׁ — la tête, d'où ce qui vient en tête. Et il faut voir ce que le mot n'a pas : aucun article. Ni ha- ni rien. « Au commencement » ajoute donc un défini que l'hébreu ne porte pas — il n'y a pas LE commencement, il y a un commencer. Deux lectures anciennes en découlent, et le §4.11 demande de ne pas les réduire. Absolue : dans un commencement, ʾElohim orchestra — une proposition entière, refermée sur elle-même. Construite : quand ʾElohim commença à orchestrer — une subordonnée qui attend le verset 3 pour trouver sa principale, et c'est la lecture que Rashi retient. L'ONT rend la seconde, sans que la première cesse d'être disponible] ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) [nom divin laissé intact — intraduisible sans perte. Forme plurielle de eloah (אֱלוֹהַּ), et pourtant le verbe qui la suit est au singulier : ce pluriel n'est pas numérique, c'est un pluriel de plénitude. « Dieu » efface le pluriel ; « les dieux » invente un polythéisme que la grammaire même du verset refuse] commença à orchestrer (baraʾ / בָּרָא) [bara — inaugurer dans l'existence fonctionnelle, attribuer un rôle comme un roi investit son royaume. Le sujet en est toujours ʾElohim, jamais un homme, et aucune matière première n'est jamais nommée avec lui : ce verbe ne dit pas d'où vient l'étoffe, il dit qui assigne la place] les shamayim et l'ʾeretz (ʾet hashamayim veʾet haʾaretz / אֵת הַשָּׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ) [deux fois la particule et (אֵת), que le français ne peut pas rendre : elle n'a aucun sens propre et marque le complément d'objet défini. Sa présence dit que ce qui suit est déterminé et qu'il subit l'action. Et sa reprise devant le second terme porte une information : l'hébreu pouvait écrire un seul et pour les deux, comme on dirait « les cieux et la terre » d'un souffle. Il en met deux. Ce sont donc deux objets distincts, orchestrés chacun pour soi — non un ensemble pris en bloc] [mérisme : nommer les deux bouts pour dire tout l'entre-deux. Non « le ciel et la terre » comme deux objets, mais la totalité du cosmos d'un seul tenant. Et shamayim porte la finale -ayim, qui en hébreu est le duel — la forme réservée à ce qui va par paires : les eaux d'en haut et celles d'en bas] —

L'ʾeretz (vehaʾaretz haytah / וְהָאָרֶץ הָיְתָה) [le sujet passe devant son verbe, et c'est le seul endroit du chapitre. L'ordre neutre de l'hébreu est verbe – sujet, et tout le récit s'y tient : orchestra ʾElohim, formula ʾElohim, nomma ʾElohim. Ici, l'ʾeretz vient d'abord. Ce renversement n'est pas une élégance. Dans une langue sans italiques et sans ponctuation, c'est l'un des seuls outils de relief, et il fait deux choses : il sort de la chaîne du récit — on cesse d'avancer, on décrit un état —, et il met l'ʾeretz en regard de ce qui vient d'être dit. Le verset 1 a nommé les shamayim et l'ʾeretz ; le verset 2 s'arrête sur la seconde, et pas sur les premiers] existait déjà, mais sans ordre ni fonction ni habitant (tohu vavohu / תֹהוּ וָבֹהוּ) [la matière ne manque pas : ce qui manque est le nom, la limite, l'assignation. Un espace présent matériellement et inexistant fonctionnellement. Tenez-vous devant un entrepôt sans inventaire, sans allées, sans portes marquées : tout y est, et rien n'y est trouvable], et la face (pnei / פְּנֵי) [panim — jamais une surface neutre, toujours une surface tournée vers. L'hébreu n'a pas de mot pour « surface » sans orientation] des eaux primordiales (tehom / תְהוֹם) [l'océan sans fond, sans bord, sans rive — les eaux d'avant toute ordination. Le mot est apparenté à Tiamat, la déesse-abîme que Mardouk doit fendre en deux pour bâtir le monde à Babylone. Ici elle n'est pas combattue, elle n'est même pas nommée comme quelqu'un : c'est de l'eau] était plongée dans les ténèbres (choshekh / חֹשֶׁךְ) [l'absence de lumière, donc l'impossibilité de distinguer. Ce n'est pas une couleur, c'est une condition : là où rien ne se sépare, rien ne peut être nommé, donc rien n'existe encore au sens où ce corpus l'entend]. Et le Ruach (ruach / רוּחַ) [souffle, vent, esprit — trois dimensions qu'aucun mot français ne tient ensemble. Le ch final est un het, et le petit a qui le précède est un patach furtif, glissé là pour qu'on puisse le prononcer : rou-ACH, jamais « rouh »] d'ʾElohim (ruach ʾelohim / רוּחַ אֱלֹהִים) [état construit : deux noms liés sans aucune préposition, le premier perdant son autonomie au profit du second. L'hébreu ne dit pas « le souffle de ʾElohim » — il soude les deux mots, et le lien est plus serré que ne le rend le français] couvait (merachefet / מְרַחֶפֶת) [de rachaf (רָחַף), au piel, la forme intensive : non pas planer distraitement mais couver avec insistance, comme l'aigle au-dessus de sa nichée en *Deutéronome* 32:11 — le seul autre endroit du corpus où ce verbe reparaît. Une présence qui prépare une éclosion] la face des eaux.

Jour-Un — La Lumière

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) formula (vayomer / וַיֹּאמֶר) [vayomer — de amar (אָמַר) : la parole performative, qui accomplit en s'énonçant. Et la forme mérite d'être vue, car tout le chapitre est bâti dessus. Seul, yomer dirait il dira. Précédé de ce va- particulier — qui redouble la consonne suivante —, il dit il dit, et c'est lui qui fait avancer chaque phrase de récit du corpus. Le nom qu'on lui donne engage une théorie. On l'appelle d'ordinaire vav conversif, ce qui suppose qu'une conjonction retourne un temps — et une conjonction ne fait pas cela. La lecture concurrente y voit le reste d'un système plus ancien, où une forme brève existait pour le récit au passé, le vav n'étant qu'un compagnon. On dit aussi consécutif, ou inversif : le flottement des noms est le signe que la chose n'est pas tranchée. Pour lire, la valeur narrative est stable ; pour comprendre, il faut savoir qu'on emploie un nom et non un fait] :
« Qu'advienne (yehi / יְהִי) [jussif : la forme brève du yiqtol, qui porte la volonté à la troisième personne — qu'il soit. Ce n'est ni un ordre adressé (l'impératif n'existe qu'à la deuxième personne) ni une prédiction : c'est une volonté qui institue. Et le verset répond par la même racine, vayehi — ce qui est voulu et ce qui advient portent le même mot] la Lumière (ʾor / אוֹר) [non la lumière physique — l'Ordre lui-même, ce qui rend possible toute distinction. Le soleil ne paraîtra qu'au quatrième jour, et ce n'est pas une maladresse du texte : la condition de la distinction précède les objets qui distinguent]. »
Et la Lumière advint (vayehi ʾor / וַיְהִי אוֹר) [trois mots en hébreu, trois syllabes pour la parole et deux pour son effet. La brièveté est le sens : rien ne s'interpose entre le formuler et l'advenir].

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) examina (vayarʾ / וַיַּרְא) [vayar — de raʾah (רָאָה) : le regard du maître d'œuvre, non celui de l'admirateur. On inspecte pour vérifier qu'une chose remplit son office] la Lumière et constata qu'elle était tov (tov / טוֹב) [tov — intraduisible. Ni « belle » ni « moralement bonne » : ce qui est pleinement ajusté à sa destination. Opposé fonctionnel : raʿ. Premier emploi dans l'ONT]. Et ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) distingua (vayavdel / וַיַּבְדֵּל) [vayavdel — de badal (בָּדַל), au hiphil, la forme causative : non « il était séparé » mais il fit qu'il y ait séparation. C'est le geste fondateur du chapitre, et c'est celui que la binah nommera : séparer entre] la Lumière des Ténèbres.

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) nomma (vayiqraʾ / וַיִּקְרָא) [vayiqra — de qara (קָרָא) : l'acte souverain par excellence. Nommer n'est pas étiqueter une chose qui existait déjà : c'est la faire entrer dans l'ordre, lui assigner sa place et son office. Ce que personne n'a nommé n'a pas encore de fonction, donc pas encore d'existence] la Lumière : « Jour » (yom / יוֹם) [la durée pendant laquelle l'Ordre est manifeste — le temps habitable]. Et il nomma les Ténèbres : « Nuit » (laylah / לָיְלָה) [non le chaos qui revient : l'Ordre qui se retire selon un rythme réglé. Les Ténèbres ne sont pas vaincues, elles reçoivent un nom et un créneau].

Il y eut un soir (ʿerev / עֶרֶב) [de arav (עָרַב) — se mêler : le moment où les contours se confondent, où la distinction du jour cesse d'être tenable], puis un matin (boqer / בֹּקֶר) [de baqar (בָּקַר) — examiner, discerner : le moment où les choses redeviennent discernables. Les deux mots nomment le rythme de la distinction elle-même, non deux positions du soleil] — ce fut le Jour Un (yom ʾechad / יוֹם אֶחָד) [non « le premier jour ». Echad est le cardinal un, pas l'ordinal premier : les cinq jours suivants porteront bien des ordinaux, celui-ci non. Il ne s'agit pas du premier d'une série mais de l'unité qui fonde la série. C'est le mot du Shema].

Deuxième Jour — La Voûte

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) formula (vayomer / וַיֹּאמֶר) :
« Qu'advienne une Voûte (raqiaʿ / רָקִיעַ) [de raqaʿ (רָקַע) — battre le métal pour l'étendre. Le mot vient de l'atelier du forgeron, non de l'astronomie : une feuille martelée jusqu'à devenir mince et large. Non le dôme de cristal des Grecs, mais une surface tenue en tension entre deux domaines d'eau] au milieu des eaux (hamayim / הַמַּיִם) [mayim porte lui aussi la finale du duel, -ayim, comme shamayim au verset 1 — l'hébreu ne conçoit pas ces eaux au singulier], et qu'elle soit séparatrice (mavdil / מַבְדִּיל) [participe hiphil de badal, la même racine qu'au verset 4 : la Voûte n'est pas définie par sa matière mais par son opération. Elle n'est pas une chose qui sépare, elle est le séparant] entre les eaux et les eaux. »

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) mit en place (vayaʿas / וַיַּעַשׂ) [vayaʿas — de asah (עָשָׂה) : réaliser concrètement. Non un second acte après la parole, mais sa face structurelle — l'hébreu ne connaît pas l'écart entre décider et faire] la Voûte et distingua (vayavdel / וַיַּבְדֵּל) les eaux qui étaient en dessous de la Voûte des eaux qui étaient au-dessus de la Voûte. Et il advint, et demeura conformément à ce qui avait été formulé (vayehi khen / וַיְהִי-כֵן) [formule d'accomplissement (§2.4). Khen — ainsi, de cette façon : non seulement la chose advient, mais elle demeure dans l'état où la parole l'a posée].

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) nomma (vayiqraʾ / וַיִּקְרָא) la Voûte : « Cieux » (shamayim / שָׁמַיִם) [ni un séjour divin ni un au-delà : ce qu'on voit au-dessus de soi. L'étymologie la plus tenue y lit sham (שָׁם), « là », et mayim (מַיִם), « les eaux » — là où sont les eaux. Quand il pleut, ce sont ses écluses qui s'ouvrent (*Genèse* 7:11)].

Il y eut un soir (ʿerev / עֶרֶב), puis un matin (boqer / בֹּקֶר) — ce fut le deuxième jour (yom sheni / יוֹם שֵׁנִי) [et rien n'est déclaré tov ce jour-là. Le corpus omet la formule d'évaluation, seule fois des six jours. Le texte ne dit pas pourquoi, et l'ONT ne tranche pas — mais on remarquera que la séparation des eaux n'est pas encore achevée : elle attend le troisième jour, où le tov paraîtra deux fois].

Troisième Jour — La Terre et la végétation

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) formula (vayomer / וַיֹּאמֶר) :
« Que les eaux (mayim / מַיִם) qui sont en dessous des shamayim se rassemblent (yiqavu / יִקָּווּ) [de qavah (קָוָה) — se tendre vers, attendre, la racine même de l'espérance. Le niphal y met la voix passive-réflexive : elles ne sont pas poussées de force, elles sont convoquées et s'y rendent] en un lieu unique (maqom ʾechad / מָקוֹם אֶחָד) [maqom — de qum (קוּם), se lever, tenir debout : non un emplacement indifférent, un lieu qui maintient ce qu'il contient. Et echad, le même mot qu'au Jour Un], et que le sol sec (hayabashah / הַיַּבָּשָׁה) [il existait déjà, sous les eaux. Il n'est pas fabriqué : il est rendu visible, donc discernable, donc nommable, donc habitable] apparaisse. »
Et il advint, et demeura conformément à ce qui avait été formulé (vayehi khen / וַיְהִי-כֵן).

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) nomma (vayiqraʾ / וַיִּקְרָא) le sol sec : « Terre » (ʾeretz / אֶרֶץ) [le domaine habitable, enfin nommé donc enfin fonctionnel : ce qui était tohu vavohu au verset 2 entre ici dans son existence]. Et le rassemblement des eaux (miqveh hamayim / מִקְוֵה הַמַּיִם) [état construit, de la même racine qavah qu'au verset 9. C'est le mot qui donnera le mikveh, le bassin d'immersion : des eaux tenues dans une limite, et c'est la limite qui fait le bassin], il le nomma : « Mers » (yammim / יַמִּים) [pluriel véritable cette fois, non un duel : plusieurs bassins distincts, chacun en son lieu. Et yam était à Ougarit le nom d'un dieu que Baal devait abattre — ici c'est une étendue d'eau qu'on nomme]. Et ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) examina (vayarʾ / וַיַּרְא) et constata que c'était tov (tov / טוֹב).

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) formula (vayomer / וַיֹּאמֶר) :
« Que l'ʾeretz fasse germer (tadsheʾ / תַּדְשֵׁא) [hiphil, causatif : non « que l'ʾeretz germe » mais qu'elle fasse germer. La nuance porte tout — ʾElohim ne plante pas, il délègue à l'ʾeretz une capacité productrice qu'elle exercera d'elle-même au verset 12] de la végétation (desheʾ / דֶּשֶׁא) [la verdure prise en bloc — ce qui couvre le sol et le rend habitable] : des plantes à graines (ʿesev mazriaʿ zeraʿ / עֵשֶׂב מַזְרִיעַ זֶרַע) [classées non par apparence mais par mode de perpétuation. Mazriaʿ est un hiphil de zaraʿ : ce qui fait porter de la semence] et des arbres fruitiers (ʿetz pri / עֵץ פְּרִי) dont la semence est en eux (asher zarʿo-vo / אֲשֶׁר זַרְעוֹ-בוֹ) [principe d'autosuffisance : chaque végétal porte en lui de quoi se continuer, sans qu'il faille y revenir], chacun selon son espèce (lemino / לְמִינוֹ) [non une classification de botaniste — un principe d'ordre : chaque chose reste fidèle à sa place. Ce qui garde son espèce garde sa fonction], sur l'ʾeretz. »
Et il advint, et demeura conformément à ce qui avait été formulé (vayehi khen / וַיְהִי-כֵן).

Et l'ʾeretz fit sortir (vatotseʾ haʾaretz / וַתּוֹצֵא הָאָרֶץ) [le sujet a changé, et c'est l'essentiel du verset : ce n'est plus ʾElohim qui agit, c'est l'ʾeretz. Une fois sa fonction assignée, elle l'accomplit d'elle-même. Le cosmos de ce corpus n'est pas une marionnette tenue à bout de fil : c'est un système qui, une fois ordonné, tient tout seul] de la végétation (desheʾ / דֶּשֶׁא) : des plantes à graines (ʿesev mazriaʿ zeraʿ / עֵשֶׂב מַזְרִיעַ זֶרַע) chacune selon son espèce (leminehu / לְמִינֵהוּ), et des arbres fruitiers (etz oseh-pri / עֵץ עֹשֶׂה-פְּרִי) dont la semence est en eux (asher zarʿo-vo / אֲשֶׁר זַרְעוֹ-בוֹ), chacun selon son espèce (leminehu / לְמִינֵהוּ). Et ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) examina (vayarʾ / וַיַּרְא) et constata que c'était tov (tov / טוֹב).

Il y eut un soir (ʿerev / עֶרֶב), puis un matin (boqer / בֹּקֶר) — ce fut le troisième jour (yom shelishi / יוֹם שְׁלִישִׁי).

Quatrième Jour — Les luminaires

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) formula (vayomer / וַיֹּאמֶר) :
« Que des luminaires (meʾorot / מְאֹרֹת) [de or (אוֹר), la Lumière du verset 3 — mais ce ne sont pas la même chose, et le texte le marque en les séparant de trois jours. Le verset 3 inaugure l'Ordre invisible ; ici paraissent les instruments par lesquels il se mesure. On peut avoir la distinction avant d'avoir l'horloge] adviennent dans la Voûte, les shamayim (raqiaʿ hashamayim / רְקִיעַ הַשָּׁמָיִם) [état construit : la Voûte des shamayim, les deux mots soudés sans préposition] pour distinguer (lehavdil / לְהַבְדִּיל) [hiphil de badal, à l'infinitif : les luminaires reprennent le geste même du verset 4. Ils ne font rien de neuf, ils entretiennent la séparation fondatrice] le Jour de la Nuit, et qu'ils servent de signes (leʾotot / לְאֹתֹת) [ot — un signe qui pointe au-delà de lui-même. Le même mot désignera l'arc dans la nuée et la milah dans la chair], de temps fixés (moʿadim / מוֹעֲדִים) [non les saisons : les rendez-vous convoqués, de la racine yaʿad, fixer une rencontre. Le soleil et la lune sont ici des instruments de calendrier liturgique, ce qui est exactement le contraire d'en faire des dieux : on ne prend pas rendez-vous avec sa montre], et pour les jours (yamim / יָמִים) et les années (shanim / שָׁנִים) [mérisme temporel — la plus courte unité et la plus longue, pour dire tout le temps qui tient entre elles]. »

Et qu'ils servent de luminaires (meʾorot / מְאוֹרֹת) dans la Voûte, les shamayim (raqiaʿ hashamayim / רְקִיעַ הַשָּׁמָיִם) pour illuminer (lehaʾir / לְהָאִיר) [hiphil de or : faire qu'il y ait lumière sur l'ʾeretz. Le verbe dit le transport, non la source] l'ʾeretz.
Et il advint, et demeura conformément à ce qui avait été formulé (vayehi khen / וַיְהִי-כֵן).

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) mit en place (vayaʿas / וַיַּעַשׂ) les deux grands luminaires (meʾorot / מְאֹרֹת) : le grand luminaire (hamaʾor hagadol / הַמָּאוֹר הַגָּדֹל) [délibérément non nommé. Shemesh et yareach — soleil et lune — existent en hébreu, et le texte refuse de les employer ici, parce que ce sont les noms de deux divinités chez tous les voisins. Ce qu'on adorait devient « la grande lampe », désignée par son office] pour gouverner (lememshelet / לְמֶמְשֶׁלֶת) [de mashal (מָשַׁל) — une autorité déléguée sur un domaine, non une violence. Un intendant, pas un conquérant] le Jour, et le petit luminaire (hamaʾor haqaton / הַמָּאוֹר הַקָּטֹן) pour gouverner la Nuit — et les étoiles (hakokhavim / הַכּוֹכָבִים) [trois mots, jetés en fin de phrase. Chez les voisins elles gouvernent le destin des hommes et l'on bâtit des ziggurats pour les lire. Ici elles arrivent après la petite lampe, sans verbe propre. Le mépris est dans la syntaxe].

ʾElohim les installa (vayiten / וַיִּתֵּן) [vayiten — de natan (נָתַן) : donner, poser, attribuer une place précise. Le geste de l'architecte qui pose les lampes dans le plafond qu'il vient de tendre] dans la Voûte, les shamayim (raqiaʿ hashamayim / רְקִיעַ הַשָּׁמָיִם) pour illuminer (lehaʾir / לְהָאִיר) l'ʾeretz,

pour gouverner (velimshol / וְלִמְשֹׁל) [même racine mashal qu'au verset 16 : les luminaires maintiennent la distinction inaugurée au verset 4. Leur office n'est pas d'éclairer joliment, il est de tenir le partage] le Jour et la Nuit, et pour distinguer (ulehavdil / וּלְהַבְדִּיל) la Lumière des Ténèbres. Et ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) examina (vayarʾ / וַיַּרְא) et constata que c'était tov (tov / טוֹב).

Il y eut un soir (ʿerev / עֶרֶב), puis un matin (boqer / בֹּקֶר) — ce fut le quatrième jour (yom reviʿi / יוֹם רְבִיעִי).

Cinquième Jour — Les créatures des eaux et des airs

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) formula (vayomer / וַיֹּאמֶר) :
« Que les eaux pullulent (yishretsu / יִשְׁרְצוּ) [de sharats (שָׁרַץ) — foisonner de manière dense. Comme l'ʾeretz au verset 11, les eaux sont convoquées à produire : ʾElohim ne fabrique pas les poissons un à un] de Nefesh vivants (nefesh chayah / נֶפֶשׁ חַיָּה) [état construit. Nefesh — non « l'âme » grecque, une part détachable qui survivrait au corps : le mot désigne d'abord la gorge, puis le souffle qui y passe, puis le vivant tout entier en tant qu'il respire et désire. Un Nefesh ne s'oppose pas à un corps ; il est un corps qui vit] qui grouillent (sherets / שֶׁרֶץ) [une catégorie de mode d'être, non d'espèce : ce qui se meut en masse serrée dans un milieu dense], et que des créatures ailées (ʿof / עוֹף) [« ce qui vole » — encore une catégorie définie par l'office, non par l'anatomie] volent au-dessus de l'ʾeretz sur la face (al-pnei / עַל-פְּנֵי) [panim — la surface tournée vers, comme au verset 2] de la Voûte, les shamayim (raqiaʿ hashamayim / רְקִיעַ הַשָּׁמָיִם). »

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) orchestra (vayivraʾ / וַיִּבְרָא) [bara reparaît, et c'est la première fois depuis le verset 1. Le corpus a employé asah et vayiqra pendant quatre jours ; il change de verbe ici, et il ne le fera plus qu'une fois, au verset 27. Trois emplois, trois seuils : le cosmos, le vivant, l'humain] les grands dragons des eaux (hataninim hagedolim / הַתַּנִּינִם הַגְּדֹלִים) [ce sont les monstres primordiaux des voisins, ceux que Mardouk et Baal doivent vaincre pour que le monde tienne. Ici : aucun combat, aucune victoire, pas même une menace. Ils sont orchestrés, comme les moineaux, et rangés dans la liste. C'est le verset le plus polémique du chapitre, et il ne polémique pas — il énumère], et tous les Nefesh vivants (nefesh chayah / נֶפֶשׁ חַיָּה) qui grouillent (sherets / שֶׁרֶץ) dans les eaux selon leur espèce (leminehem / לְמִינֵהֶם), et toutes les créatures ailées (kol-of kanaf / כָּל-עוֹף כָּנָף) [kanaf — l'aile, c'est-à-dire ce par quoi un domaine devient habitable] selon leur espèce (leminehu / לְמִינֵהוּ). Et ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) examina (vayarʾ / וַיַּרְא) et constata que c'était tov (tov / טוֹב).

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) les dota (vayevarekh / וַיְבָרֶךְ) [vayevarekh — de barakh (בָּרַךְ), au piel. Jamais « bénir », qui en français évoque une formule prononcée sur quelqu'un. La racine est celle de berekh (בֶּרֶךְ), le genou — on plie le genou pour recevoir, et ce qu'on reçoit est une capacité. ʾElohim ne souhaite pas du bien : il transmet le pouvoir de se perpétuer], en disant :
« Soyez féconds (peru / פְּרוּ), multipliez-vous (revu / רְבוּ), et remplissez (milʾu / מִלְאוּ) [remplir le domaine assigné. Un espace ordonné n'est pas achevé tant qu'il est vide : il lui manque ses habitants, comme à une maison bâtie et non occupée] les eaux des Mers, et que les créatures ailées se multiplient sur l'ʾeretz. »

Il y eut un soir (ʿerev / עֶרֶב), puis un matin (boqer / בֹּקֶר) — ce fut le cinquième jour (yom chamishi / יוֹם חֲמִישִׁי).

Sixième Jour — Le vivant terrestre et l'adam

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) formula (vayomer / וַיֹּאמֶר) :
« Que l'ʾeretz fasse émerger (totseʾ haʾaretz / תּוֹצֵא הָאָרֶץ) [comme au verset 12 : les bêtes sortent du sol, elles en sont issues. Ce sont des êtres de terre, et le verset 25 le redira par le mot même de adamah] des Nefesh vivants (nefesh chayah / נֶפֶשׁ חַיָּה) selon leur espèce : les grands quadrupèdes (behemah / בְּהֵמָה) [les bêtes de l'espace proche — celles qu'on mène, qu'on attelle, qu'on trait. La catégorie n'est pas zoologique, elle est de proximité], les rampants (remes / רֶמֶשׂ) [de ramas (רָמַשׂ) — se mouvoir au ras du sol, en contact avec lui], et les bêtes sauvages (chayto-eretz / חַיְתוֹ-אֶרֶץ) [de chayah (חַיָּה), le vivant à l'état brut, celui qui habite hors de l'espace tenu par l'homme], chacune selon son espèce (lemineha / לְמִינָהּ). »
Et il advint, et demeura conformément à ce qui avait été formulé (vayehi khen / וַיְהִי-כֵן).

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) mit en place (vayaʿas / וַיַּעַשׂ) les bêtes sauvages (chayat haʾaretz / חַיַּת הָאָרֶץ) selon leur espèce, les grands quadrupèdes (behemah / בְּהֵמָה) selon leur espèce, et tous les rampants de l'ʾadamah (remes haʾadamah / רֶמֶשׂ הָאֲדָמָה) [adamah, non eretz, et la distinction va porter tout le récit suivant : eretz est le domaine, adamah est la glaise, la matière qu'on prend dans la main. C'est la racine du mot adam, et le verset 26 va l'employer] selon leur espèce. Et ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) examina (vayarʾ / וַיַּרְא) et constata que c'était tov (tov / טוֹב).

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) formula (vayomer / וַיֹּאמֶר) :
« Faisons (naʿaseh / נַעֲשֶׂה) [cohortatif : la forme de la volonté à la première personne, que nous fassions. Elle a pour pendant le jussif du verset 3, yehi, qui la porte à la troisième — l'hébreu distingue par la forme ce que le français rend par un même « que ». Et c'est le seul pluriel du chapitre. Tout le reste est au singulier, verbe compris, malgré la forme plurielle du nom ʾElohim. Ici seulement il dit « faisons ». La lecture que ce corpus retient est celle du Conseil Divin — l'assemblée céleste devant laquelle YHWH délibère, attestée en Melakhim alef 22 et *Iyov* 1. Ce n'est pas une décision prise seul] l'Être façonné du sol (ʾadam / אָדָם) [non encore un nom propre : le générique de l'espèce. Et son nom est celui de la matière dont il vient — adamah, la glaise du verset 25. Le français ne peut pas rendre ce lien d'un seul mot ; la périphrase le rend visible] comme notre représentant fonctionnel (tselem / צֶלֶם) [ni ressemblance physique ni étincelle spirituelle. Dans tout le Proche-Orient ancien, un tselem est la statue d'un roi dressée dans une province qu'il ne peut visiter : elle ne lui ressemble pas, elle le représente, et l'outrager c'est l'outrager lui. Et il faut voir ce que le verset fait de cette idée : dans les empires voisins, seul le roi est le tselem du dieu. Ici, c'est l'espèce entière], modelé sur notre manière d'être (demut / דְּמוּת) [de damah (דָּמָה) — ressembler. Le mot tempère tselem : représentant, oui, mais conforme à la manière de celui qu'il représente, non un mandataire libre de ses méthodes]. Et qu'il gouverne (veyirdu / וְיִרְדּוּ) [de radah (רָדָה) — la gouvernance du vice-roi, celui qui administre au nom d'un autre et lui en répond. Y compris sur les dragons du verset 21 : ce que les nations adoraient est confié à la garde de l'homme] sur les poissons de la Mer, sur les créatures ailées des shamayim, sur les grands quadrupèdes, sur toute l'ʾeretz et sur tous les rampants qui rampent sur l'ʾeretz. »

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) orchestra (vayivraʾ / וַיִּבְרָא) l'Être façonné du sol (ʾadam / אָדָם) comme son représentant fonctionnel (betsalmo / בְּצַלְמוֹ) —
comme représentant fonctionnel d'ʾElohim (betselem ʾelohim / בְּצֶלֶם אֱלֹהִים) il l'orchestra —
mâle (zakhar / זָכָר) et femelle (neqevah / נְקֵבָה) [le verset passe du singulier au pluriel en une ligne : « il l'orchestra », puis « il les orchestra ». Le texte ne dit pas comment l'un devient deux, et l'ONT ne le résout pas (§4.11). Ce qu'il dit est net, et c'est déjà beaucoup : le tselem est porté par les deux, et le mandat du verset 28 est adressé aux deux. Aucun des deux ne représente ʾElohim par procuration de l'autre] il les orchestra.

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) les dota (vayevarekh / וַיְבָרֶךְ) [même verbe qu'au verset 22, mais deux choses ont changé. La dotation ne porte plus seulement la fécondité, elle porte un mandat de gouvernance. Et surtout : ʾElohim parle à sa créature, non plus à son sujet. C'est la première parole adressée dans tout le corpus] et leur dit :
« Soyez féconds (peru / פְּרוּ), multipliez-vous (revu / רְבוּ), et remplissez (milʾu / מִלְאוּ) l'ʾeretz. Prenez-en charge (vekhivshuha / וְכִבְשֻׁהָ) [de kavash (כָּבַשׁ) — poser le pied sur, prendre possession. Le mot est fort et le corpus ne l'adoucit pas : c'est celui de l'occupation d'un territoire. Ce qui en règle l'usage n'est pas sa douceur, c'est à qui l'on en répond : un vice-roi qui ruine la province qu'il administre en répond devant le roi] et gouvernez (urdu / וּרְדוּ) [radah, comme au verset 26. Les luminaires gouvernent le temps, l'homme gouverne le vivant : ensemble ils couvrent la gouvernance déléguée du cosmos entier] sur les poissons de la Mer, sur les créatures ailées des shamayim et sur toutes les créatures vivantes qui rampent sur l'ʾeretz. »

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) leur dit :
« Voilà ce que j'établis (hineh / הִנֵּה) [particule d'attention solennelle : non « regardez », mais l'ouverture d'une proclamation. On l'emploie quand ce qui suit engage] : je vous attribue (natati / נָתַתִּי) [de natan (נָתַן), le verbe du verset 17 où il posait les lampes. L'accompli : la chose est actée, non promise] toutes les plantes à graines qui sont sur la face de toute l'ʾeretz, et tous les arbres portant des fruits à graines — cela vous servira de nourriture (leʾokhlah / לְאָכְלָה) [de akhal (אָכַל), manger. Le végétal seulement, et le verset 30 le dira aussi des bêtes : dans le cosmos pleinement ajusté, rien de vivant ne se nourrit d'un vivant. La permission de la viande attendra *Bereshit* 9, après le mabbul — c'est-à-dire après que le monde a cessé d'être ce qu'il était ici]. »

Et à toutes les bêtes sauvages de l'ʾeretz, à toutes les créatures ailées des shamayim, à tout ce qui rampe sur l'ʾeretz — en qui est un Nefesh vivant (nefesh chayah / נֶפֶשׁ חַיָּה) [la même formule qu'au verset 20 pour les poissons, et c'est délibéré : le Nefesh n'est pas le propre de l'homme. Ce qui l'en distingue n'est pas ce qu'il a en lui, c'est l'office qu'il a reçu — le tselem, et rien d'autre] — j'attribue toute la verdure des plantes pour nourriture (leʾokhlah / לְאָכְלָה).
Et il advint, et demeura conformément à ce qui avait été formulé (vayehi khen / וַיְהִי-כֵן).

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) examina (vayarʾ / וַיַּרְא) tout ce qu'il avait accompli (kol asher asah / כָּל-אֲשֶׁר עָשָׂה) — et voilà que c'était tov meʾod (tov meʾod / טוֹב מְאֹד) [tov meʾod — intraduisible. Six fois le corpus a dit tov d'une pièce ; ici il le dit de l'ensemble, et c'est la seule fois. Meʾod n'est pas un « très » d'insistance : c'est la plénitude atteinte. Ce qui est loué n'est aucun des éléments, c'est leur ajustement mutuel].

Il y eut un soir (ʿerev / עֶרֶב), puis un matin (boqer / בֹּקֶר) — ce fut le Sixième Jour (yom hashishi / יוֹם הַשִּׁשִּׁי) [le seul des six à porter l'article défini en hébreu. Les autres sont « un deuxième jour », « un troisième » ; celui-ci est LE sixième, celui vers lequel les autres allaient].

Le Septième Jour — L'Intronisation

Les shamayim et l'ʾeretz et toute leur légion (tsevaʾam / צְבָאָם) [tsava (צָבָא) — l'armée rangée en ordre de bataille, et par extension toute troupe organisée. Ni métaphore guerrière ni poésie : la totalité de ce qui peuple le cosmos, chacun à son poste] atteignirent leur plénitude (vayekhulu / וַיְכֻלּוּ) [de kalah (כָּלָה) — non « ils furent terminés » comme une tâche qu'on raye. Kalah dit l'achèvement par plénitude : ce qui est arrivé à son terme parce que plus rien n'y manque].

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) acheva au septième jour son œuvre architecturale (melakhto / מְלַאכְתּוֹ) [melakhah (מְלָאכָה) — le travail qualifié de l'artisan, non la peine du journalier. C'est le mot employé pour la construction du Mishkan en *Shemot* 31 et 35, et ce n'est pas un hasard de vocabulaire : le cosmos est le premier sanctuaire, et ce qui suit est une prise de possession] qu'il avait accomplie, et il marqua une cessation (vayishbot / וַיִּשְׁבֹּת) [de shavat (שָׁבַת) — cesser, et non se reposer. Aucune fatigue n'est en cause : c'est le geste souverain de poser les outils parce que l'œuvre est pleine. Dans les récits de fondation du Proche-Orient, le dieu qui s'assied dans son temple achevé est le dieu qui règne : la cessation est une intronisation] au septième jour de toute son œuvre architecturale qu'il avait accomplie.

ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) dota (vayevarekh / וַיְבָרֶךְ) le septième jour et le consacra (vayeqadesh / וַיְקַדֵּשׁ) [de qadash (קָדַשׁ), au piel : mettre à part pour un office, retirer de l'usage ordinaire. Non « rendre pur ». Et voyez ce qui est mis à part le premier dans tout le corpus : ni un lieu, ni un objet, ni un homme — un temps. Le premier sacré de l'hébreu est temporel, et il l'est avant qu'aucun sanctuaire n'existe], car en ce jour il avait marqué une cessation de toute son œuvre architecturale qu'ʾElohim (ʾelohim / אֱלֹהִים) avait orchestrée (baraʾ / בָּרָא) pour accomplir.