Intraduisible
ʿerev
עֶרֶב
soir
Prononciation
É-REV — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
Le v est un vet : le même signe que le b, sans le point qui le durcit.
Ce que le mot dit
Regarde la lumière baisser. Ce n'est pas qu'il y ait moins à voir — c'est que les choses cessent de se découper. L'arbre et la colline deviennent une même masse ; le chemin et le champ se rejoignent.
C'est exactement ce que la racine dit. Erev (עֶרֶב) vient de עָרַב — mêler, brouiller, se confondre. La même racine donne le mot de ce qui est mélangé, et celui du ramassis d'hommes de toutes origines qui sort de Mitsrayim.
Le soir hébreu n'est donc pas « la fin du jour ». C'est le moment où les limites se dissolvent.
Et son opposé exact
Cherche maintenant ce que fait boqer, le matin : sa racine veut dire fendre. Le matin ne ramène pas la lumière — il redécoupe.
- erev (עֶרֶב) — mêler, brouiller : les contours se perdent - boqer (בֹּקֶר) — fendre, discerner : les contours reviennent
C'est un couple, et il n'est pas décoratif. Dans un monde où exister c'est avoir une place distincte, le soir et le matin ne sont pas deux heures : ce sont deux états de la distinction elle-même.
Pourquoi le corpus les nomme dans cet ordre
La formule du récit d'ouverture dit le soir, puis le matin. On y a vu une bizarrerie de calendrier, et c'est plus profond.
L'ordre suit ce que fait la journée : on part du mêlé et l'on va vers le distinct. Chaque jour du récit refait, en petit, le geste qui fonde le récit entier — quelque chose passe de l'indistinct à l'ordonné.
Le mot du commencement, tohu vavohu, dit d'ailleurs la même chose : sans ordre ni fonction ni habitant. Le soir en est l'écho quotidien.
Ce sur quoi cette fiche repose
*Bereshit* 1, où la formule revient six fois, et le §2.4 qui la fixe. La racine עָרַב est attestée pour le mélange bien au-delà du soir.
Formes
erev · haʿerev · vaʿerev · arvayim
Source
6153 · עֶרֶב