La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

raʿ

רַע

raʿ

Formes : raʿ, raʿat, raʿim

Prononciation

RA — une syllabe.

Une lame qui ne coupe plus. Une terre qui ne porte pas. Un puits qui donne une eau qu'on ne peut pas boire. L'hébreu a un mot pour cet état, et c'est ra (raʿ / רַע). Il ne dit pas que la chose est méchante : il dit qu'elle rate ce pour quoi elle est.

C'est l'exact envers de tov, et il faut les tenir ensemble ou on ne comprend ni l'un ni l'autre. Si tov constate qu'une chose est ajustée à sa destination, ra constate qu'elle s'en écarte. Le couple n'est pas moral, il est fonctionnel — deux verdicts sur un ajustement, comme on dit d'un mur qu'il est d'aplomb ou de travers.

Ce que « le Mal » recouvre, avec sa majuscule, est donc une importation. La pensée grecque, puis la théologie qui en hérite, ont fait du mal une réalité en soi — une puissance, un principe, parfois une personne. L'hébreu ne connaît rien de tel. Il connaît de la dysfonction : de l'ordre qui se défait, des choses qui ne tiennent plus leur rang, un monde qui cesse d'être habitable parce que trop de choses y sont de travers.

Relis alors ce qui précède les eaux. Le texte ne dit pas que les hommes sont devenus méchants au sens où nous l'entendrions. Il dit que toute l'inclination des pensées de leur cœur n'était que ra tout le jour — c'est-à-dire : plus rien, chez eux, ne fonctionnait comme cela devait. Ce n'est pas une accusation morale, c'est un constat de ruine structurelle. Et ce qui suit n'est pas une punition mais la conséquence : un monde qui ne tient plus se défait, et les eaux d'en haut rejoignent les eaux d'en bas.

L'arbre, enfin. Il n'offre pas la connaissance du Bien et du Mal, mais la daʿat du tov et du ra : la capacité de trancher soi-même ce qui est ajusté et ce qui ne l'est pas. Le glissement est minuscule et il change tout — l'homme ne devient pas capable de faute, il se fait juge de l'ordre depuis une place qui n'est pas la sienne.

Source

7451 a · רַע

Dans le corpus

42 occurrences