La Bible ONT — מקרא הקדם

Chapitre 2

Chazon Avraham 5-7

Traduction en cours

Chazon Avraham 2

Le petit ʾelohim sous les copeaux

Et moi, ayant considéré la colère de mon père, je sortis [la parashah ① s'est fermée sur cette colère, et sur elle seule. Terach n'avait rien réfuté. L'enfant sort — et c'est son père qui le rappelle] ;

et après que je fus sorti, mon père cria, disant : « ʾAvraham (ʾAvraham / אַבְרָהָם) [« père d'une multitude », de av et hamon — le Shem de la berith, qui ne lui sera donné qu'en *Bereshit* 17. Le livre parle sous son nom final : régime de restitution (§4.15)] ! »

Et je dis : « Me voici. » [la même réponse qu'au v.15 de la parashah ①, et la même encore à la parashah ③, quand ce n'est plus un père qui appelle.] [Le mot ne change pas ; ce qui change est celui qui a crié le nom. Tout le livre tient dans cet écart, et il ne le commente jamais]

Et il dit : « Prends et ramasse les éclats de bois avec lesquels j'ai fait des ʾelohim de pin, avant que tu ne viennes ;

et prépare-moi la nourriture du repas de midi. » [il faut voir l'atelier : les dieux laissent des copeaux. On les taille, il en tombe des éclats, et ces éclats servent à allumer le feu de midi. Le récit n'a rien à ajouter — c'est la maison qui fonctionne ainsi, et personne n'y trouve à redire]

Et il advint, comme je ramassais les éclats de bois,

que je trouvai dessous un petit ʾelohim qui gisait parmi les broussailles à ma gauche [le témoin dit de quel côté, et un détail qui ne sert à rien dans l'argument est précisément celui qu'on ne fabrique pas. Il dit que quelqu'un se souvient d'une scène, non qu'on la démontre],

et sur son front (metsach / מֵצַח) était écrit : Barisat, elohim [on a écrit le nom sur le front de l'objet, faute de quoi rien ne le distinguerait d'un morceau de bois.] [Le nom se laisse remonter à l'araméen bar 'ishta (בַּר אִשְׁתָּא) : fils du feu. Le témoin lui a donné le nom de ce qui va le manger, et le récit n'aura pas à le commenter].

Et je ne fis pas savoir à mon père que j'avais trouvé sous les copeaux l'ʾelohim de bois Barisat [il se tait, et c'est le seul acte délibéré de l'enfant dans toute la scène. Il ne cache pas pour tromper : il garde pour voir.] [Ce que la parashah ① avait fait advenir par accident — un dieu tombé, trois dieux brisés —, celle-ci va le laisser advenir sans le provoquer].

Ce que le feu fait au bois

Et il advint, quand j'eus mis les éclats dans le feu (ʾesh / אֵשׁ), pour préparer la nourriture de mon père,

que, sortant pour demander touchant le repas, je posai Barisat devant le feu allumé,

en lui disant avec sévérité : [il lui parle comme à quelqu'un, et il lui donne un ordre. Il ne se moque pas et ne piège pas : il applique à la lettre ce que l'atelier prétend.] [Si c'est un ʾelohim, on lui adresse la parole et on lui confie une charge. C'est l'obéissance qui démontre ici, jamais l'ironie]

« Prends bien garde, Barisat, que le feu ne s'éteigne avant que je revienne ;

et s'il vient à s'éteindre, souffle dessus, qu'il reprenne. » [il ne lui demande pas seulement de veiller : il lui dit quoi faire s'il échoue. C'est une consigne complète, praticable, telle qu'on la donnerait à un apprenti — et ce qui la rend démonstrative est qu'elle ne demande rien d'extraordinaire. Souffler sur des braises est à la portée d'un enfant]

Et je sortis, et j'accomplis mon ʿetsah (laʿasot ʿetsah / לַעֲשׂוֹת עֵצָה) [l'expression du témoin est un hébraïsme, et l'éditeur le remonte : exécuter un dessein. La forme citée est celle que l'hébreu atteste — *Ésaïe* 30:1, à l'infinitif —, et le corpus ne l'atteste qu'une fois : c'est une locution rare, non un tour courant, ce qui rend d'autant plus notable qu'elle affleure ici.] [L'ʿetsah n'est pas un avis qu'on donne et qu'on peut écarter : c'est le dessein qu'on a résolu de tenir (§3.2), et c'est un mot du Conseil Divin.] [Qu'il se trouve ici, dans une cour d'atelier et pour une besogne de maison, est le genre de trace par où l'on voit qu'un hébreu est dessous].

Et à mon retour, je trouvai Barisat tombé à la renverse [et non tombé en avant, comme Merumath aux pieds du dieu de fer (parashah ① v.8).] [Tomber sur sa face est la posture de celui qui se prosterne ; tomber à la renverse n'est la posture de rien. Le témoin distingue les deux chutes, et la seconde ne signifie même pas de la déférence],

ses pieds entourés par le feu, et affreusement brûlé.

Et j'éclatai de rire (tsachaq / צָחַק) [le lecteur du corpus entend autre chose qu'un rire : tsachaq est la racine du Shem de Yitschaq, le fils promis, et c'est le verbe qu'ʾAvraham emploiera lui-même en *Genèse* 17:17 en riant de la promesse — et ce verset-là porte les deux gestes ensemble, vayipol Avraham al-panav vayitschaq : il tombe sur sa face et il rit.] [Les deux mouvements que ces deux parashiot donnent séparément — un dieu qui tombe, un enfant qui rit — sont dans *Bereshit* 17 les deux gestes du même homme, dans la même phrase.] [Le témoin slavon ne peut rien porter de tout cela : c'est la chaîne remontée qui le rend, et c'est pourquoi on la remonte],

et je me dis à moi-même : « En vérité, ô Barisat, tu sais allumer le feu et faire cuire la nourriture ! » [le texte ne dit pas sur quel ton, et on ne le décide pas à sa place (§4.11).] [La phrase est vraie au pied de la lettre — le bois a bel et bien nourri le feu —, et c'est ce qui la rend impossible à réfuter comme à prendre au sérieux]

Et il advint, comme je parlais ainsi dans mon rire,

qu'il fut peu à peu mangé (ʾakhal / אָכַל) [en hébreu, le feu mange : c'est le verbe ordinaire, celui qui sert aussi pour un homme à table. Le récit va enchaîner les deux faims — celle du feu ici, celle du père au v.22 — avec le même mot, et n'ajoutera rien] par le feu, et réduit en cendre (ʾefer / אֵפֶר) [efer est ce qui reste quand il ne reste rien : la cendre du deuil qu'on se met sur la tête, celle où ʾAvraham se dira lui-même poussière et efer en *Genèse* 18:27. Le mot dit le degré zéro de la matière].

Et j'apportai la nourriture à mon père, et il mangea (ʾakhal / אָכַל) [le même verbe qu'au verset précédent, et c'est là tout le commentaire du récit : le feu a mangé le dieu, le père mange le repas que le dieu a servi à cuire. Personne ne le dit ; il suffit de laisser les deux phrases se toucher].

Et je lui donnai du vin et du lait, et il se réjouit, et il bénit son ʾelohim Merumath [il bénit la pierre pour un repas cuit par le bois. Il ne s'agit même pas du bon dieu, et c'est de là que part la réplique de l'enfant] [le vin coupé de lait n'est pas une invention : on en buvait ainsi, et le Shir Hashirim le dira — j'ai bu mon vin avec mon lait. Le détail est domestique, et il installe une fin de repas].

Et je lui dis : « Ô père Terach (Terach / תֶּרַח) [le père d'ʾAvraham, artisan de dieux domestiques à Ur Kasdim — la parashah ① s'est tenue dans son atelier et sur la route de son marché], ne bénis pas ton ʾelohim Merumath, et ne le loue pas,

mais loue plutôt ton ʾelohim Barisat, car, t'aimant davantage, il s'est jeté lui-même dans le feu pour cuire ta nourriture ! » [et ici il ne faut pas se tromper de registre. L'enfant ne raille pas son père : il lui prête l'argument qui lui reste, et le lui offre.] [Si l'on tient qu'un dieu de bois est un dieu, alors celui-ci s'est dévoué — et c'est la seule chose honorable qu'aucun d'eux ait faite ce jour-là. La suite montrera que Terach la prend]

Et il me dit : « Et où est-il maintenant ? »

Et je dis : « Il est brûlé en cendre dans la violence du feu, et il est réduit en poussière. » [la question est celle d'un homme qui n'a pas compris, et la réponse est un procès-verbal. Aucune conclusion n'est tirée ; on constate un état de la matière]

Et il dit : « Grande est la puissance de Barisat !

J'en ferai un autre aujourd'hui, et demain il préparera ma nourriture. » [et voilà le père qui prend l'argument et le retourne contre lui-même, sans le savoir. Il tient la dévotion de Barisat pour établie, et en conclut qu'il en fabriquera un autre demain.] [Un dieu remplaçable à la journée, dont l'office est de chauffer un repas : il vient de dire ce que son fils cherchait à lui faire dire, et il l'a dit pour le défendre]

Ce que je lui répondis, et l'échelle des matières

Et quand moi, ʾAvraham, j'entendis de telles paroles de mon père,

je ris dans ma pensée, et je gémis dans le chagrin et dans la colère [le texte enchaîne les deux sans transition, et il ne faut pas les lisser. Le rire est celui qu'appelle l'absurde ; le gémissement vient de ce que l'absurde est celui de son père. Entre les deux, rien], et je dis :

« Comment donc ce qui est fait par lui — des statues fabriquées — pourrait-il secourir mon père ?

Ou bien l'ouvrage sera-t-il soumis à l'ouvrier, et l'ouvrier à la chokhmah qui le fait aboutir, et la chokhmah à la folie et à l'ignorance ! » [une exclamation d'impossibilité, en série avec celle qui précède : deux choses qui ne peuvent pas être. Et il faut voir où porte le poids — les deux premiers maillons sont l'ordre normal, celui que personne ne conteste ; c'est le troisième qui est absurde. Tout le verset construit vers lui] [et c'est le renversement de la parashah ① repris une seconde fois. Là, le sculpteur se trouvait être l'ʾElohim de ses ʾelohim, parce qu'ils venaient à l'être par ses ciseaux. Ici, la chokhmah — la compétence qui fait aboutir (§3.2) — se trouverait commandée par ce qui ne fait rien aboutir du tout. Deux fois le même geste : ce qui assigne passe sous ce qui est assigné] [Ce verset est une restitution, et il faut le dire. Le témoin porte ici « le corps soumis à son âme, l'âme à l'esprit, et l'esprit à la folie » — un empilement de parties de l'homme que le grec de la chaîne a formé et que l'hébreu ne connaît pas : il n'a pas d'« âme » séparable, il a le Nefesh que les bêtes ont aussi, et sa Ruach n'est pas une instance supérieure. Décision de l'auteur du 7 septembre 2026 : on écrit ce qu'un hébreu ancien aurait écrit. La figure est gardée entière — trois subordinations dont la dernière est impossible —, le vocabulaire est celui du corpus, et l'empilement grec tombe avec les mots qui le portaient]

Et je dis : « Il convient de supporter le raʿ une fois.

Je tournerai donc ma pensée vers ce qui est pur, et j'ouvrirai mes réflexions devant lui. » [il décide de parler. Toute la parashah ① et la moitié de celle-ci se sont passées en silence — l'enfant qui regarde, qui se tait, qui garde Barisat sous les copeaux —, et il résout ici de mettre ses raisons à découvert devant son père. Ce qui suit n'est donc pas une dispute : c'est une chose posée sur la table]

Et je répondis et dis : « Ô père Terach, celui d'entre ceux-ci que tu loues comme ʾelohim, tu es insensé dans ta pensée.

Vois les ʾelohim de ton frère Ora [le témoin le plus ancien porte Ora, et plus bas Oron : deux formes du Shem de Haran (Haran / הָרָן), le frère d'ʾAvraham qui meurt à Ur Kasdim devant son père (*Genèse* 11:28).] [Deux autres manuscrits lisent Nachor à la place. On garde la forme du témoin et on signale l'écart], qui se tiennent dans le temple consacré : ils ont plus de kavod [kavod, de kaved — peser : la densité fonctionnelle d'une chose dans l'ordre, ce qui fait qu'elle compte et qu'on peut s'appuyer dessus (§3.2).] [Et ce qui suit est une pesée, faite au poids du marché : l'or contre la pierre, l'argent contre le bois. L'enfant ne conteste pas encore l'échelle de son père — il s'en sert, et la mène jusqu'où elle casse] que les tiens.

Car vois : Zucheus, l'ʾelohim de ton frère Oron, a plus de kavod que ton ʾelohim Merumath,

parce qu'il est fait d'or, que les gens estiment beaucoup,

et quand il vieillira, il sera refondu ;

mais si ton ʾelohim Merumath est abîmé ou brisé, il ne sera pas renouvelé, parce qu'il est une pierre [l'argument est celui d'un artisan, et il est imparable dans ses propres termes : un dieu d'or se refond, un dieu de pierre se casse.] [Ce qui décide de la dignité d'un dieu, dans cette maison, c'est donc sa réparabilité. L'enfant vient de faire dire à l'échelle de son père qu'un dieu vaut exactement ce que vaut sa matière] ;

il en va de même pour l'ʾelohim Joavon,

qui se tient avec Zucheus au-dessus des autres ʾelohim [d'ici à la fin du verset 49, le manuscrit le plus ancien ne porte rien : le passage n'est que dans deux autres, et l'éditeur y voit une addition tardive, obscure jusque dans son texte.] [L'ONT le restitue et le signale, comme il l'a fait à la parashah ① — on rend le témoin, on ne reconstruit pas un original] —

combien a-t-il plus de kavod que l'ʾelohim Barisat, qui est fait de bois, tandis que lui est forgé d'argent !

Mais ton ʾelohim Barisat, lorsqu'il était encore, avant qu'on le préparât, enraciné sur la terre,

et grand, et admirable, avec la kavod de ses branches et de ses fleurs [et c'est le seul moment de tout le livre où l'on regarde l'arbre. Avant d'être un dieu, Barisat était un pin debout, qui tenait dans le sol et donnait de l'ombre.] [Il avait une kavod : celle d'un arbre, qui est réelle et qui est la sienne. La hache ne l'a pas élevé au rang de dieu — elle l'a fait descendre du rang d'arbre],

tu l'as abattu à la hache, et par ton art il a été fait ʾelohim.

Et voici : sa sève est déjà desséchée et perdue, il est tombé de la hauteur à terre,

il est venu d'un grand état à la petitesse, et l'aspect de sa face a disparu ;

et Barisat lui-même est brûlé par le feu, et réduit en cendre, et il n'est plus ;

et tu dis : « Aujourd'hui j'en ferai un autre, qui demain préparera ma nourriture ! »

Il a péri d'une perte entière. [et l'échelle se referme ici. L'enfant l'a montée sur les matières — or, argent, pierre, bois — et elle aboutit à ceci : celui qui est en bas n'est plus, et celui qui est en haut est seulement plus cher.] [Aucune des places de cette échelle n'est celle d'un ʾEl, et c'est pourquoi le verset suivant en change]

Le feu, l'eau, la terre, et les luminaires

Vois : le feu a plus de kavod que toutes les choses formées,

parce que même ce qui n'est soumis à rien lui est soumis,

et que ce qui périt aisément est raillé par ses flammes [l'enfant vient de quitter l'atelier. Il ne compare plus des matières travaillées mais les éléments eux-mêmes, et son critère change avec : ce n'est plus ce que les gens estiment, c'est ce qui l'emporte sur quoi.] [Deux manuscrits font ici dire au feu ce qu'il fait aux ʾelohim de Terach — il brûle tes elohim — ; le plus ancien ne le dit pas, et l'ONT ne l'ajoute pas].

Mais l'eau (mayim / מַיִם) a plus de kavod encore, parce qu'elle vainc le feu et qu'elle rassasie (savaʿ / שָׂבַע) la terre.

Et pourtant je ne l'appelle pas ʾEl, parce qu'elle est soumise à la terre, sous laquelle l'eau s'incline [et c'est ici que la formule du livre se met en place, et il faut l'entendre exactement : je ne l'appelle pas ʾEl. Il ne dit pas qu'elle n'est rien ; il dit qu'il ne lui donne pas ce nom.] [Or qara, nommer, est l'acte souverain qui fait entrer une chose dans sa fonction (§3.1) — et l'enfant, méthodiquement, le refuse à chaque candidat. Ce n'est pas une réfutation : c'est un office qu'il s'abstient de conférer].

J'appelle l'ʾeretz (ʾeretz / אֶרֶץ) bien plus digne de kavod, parce qu'elle a raison de la nature de l'eau.

Elle non plus, cependant, je ne l'appelle pas ʾelohim,

parce qu'elle aussi est desséchée par le soleil,

et qu'elle est assignée à ha-ʾAdam pour qu'il la serve (laʿavod / לַעֲבֹד) [voici l'écho que la chaîne restitue et que rien d'autre ne montrerait. L'expression du témoin est un hébraïsme, et l'éditeur le remonte :] [laʿavod — c'est le verbe même qui ouvre la parashah ①, avad, le service que l'enfant rendait aux ʾelohim de son père, et c'est celui du mandat donné à l'adam dans le Jardin, leʿovdah, pour la servir (*Genèse* 2:15).] [La terre est donc disqualifiée par ce qui qualifiait l'homme : elle n'est pas ce qu'on sert, elle est ce qui a été donné à servir].

J'appelle le soleil plus digne de kavod que la terre,

parce qu'il illumine de ses rayons le monde entier et les différentes couches de l'air.

Mais lui non plus je ne l'appelle pas ʾEl,

parce que la nuit et les nuages obscurcissent sa course.

Et je n'appelle pas davantage ʾEl la lune ni les étoiles,

parce qu'elles aussi, en leur saison, obscurcissent leur lumière dans la nuit [et il faut savoir ce que l'enfant vient de faire, sans quoi le verset paraît plat.] [À Ur Kasdim, le dieu de la lune est le grand dieu de la ville : on lui a bâti sa demeure, on lui doit les mois et les fêtes, et le Shem de Terach lui-même s'y rattache peut-être.] [Refuser le nom d'ʾEl à la lune, dans cette ville-là, n'est pas une remarque d'astronomie. Et le corpus fera le même geste autrement : *Genèse* 1:16 ne nomme pas les luminaires — il dit « le grand » et « le petit », et les met en fonction (§4.3)].

Mais écoute ceci, Terach mon père :

je vais chercher devant toi qui est l'ʾElohim qui a fait toutes choses —

non pas ceux-ci que nous tenons pour des ʾelohim. [il ne dit pas qu'il a trouvé. Il dit qu'il va chercher, et il le dit devant son père. Tout ce discours, depuis le v.35, était une chose posée sur la table : il se termine sur une question ouverte, non sur une conclusion]

Qui donc est-il ? ou qu'est-il ?

Celui qui a empourpré les Cieux, et fait le soleil d'or,

et la lune brillante, et avec elle les étoiles ;

et qui a fait la terre sèche au milieu des eaux nombreuses [quatre lignes, et ce sont celles de *Bereshit* 1. Les eaux d'abord, le sec qui paraît au milieu d'elles, puis les luminaires posés pour leur office.] [Le récit ne prétend pas que l'enfant ait lu ce texte : il le fait tomber sur son ordre en remontant l'échelle des choses, ce qui est une autre façon de dire que l'ordre est là],

et qui t'a établi… [la phrase s'interrompt ici, et aucun témoin ne l'achève. On ne la complète pas. Deux manuscrits enchaînent sur autre chose : et qui m'a éprouvé dans la confusion de mes pensées]

Que ʾElohim se révèle donc à nous par lui-même ! » [et c'est la dernière ligne de tout le raisonnement. Après l'atelier, le marché, le feu, l'échelle des matières et celle des éléments, l'enfant n'aboutit à rien qu'il puisse atteindre — et il demande que celui qu'il cherche se laisse voir de lui-même.] [Le livre entier bascule sur cette phrase : ce n'est pas une montée qui va aboutir, c'est une descente qui va commencer, et elle est la parashah ③]

Notes de la parashah

  • Cette parashah a été entièrement refaite le 2 septembre 2026, sur les témoins et non sur un plan. La première rédaction n'avait ni les copeaux, ni le petit ʾelohim trouvé à gauche, ni le nom écrit sur le front, ni la consigne de souffler sur les braises, ni le vin coupé de lait, ni Zucheus et Joavon, ni le pin qu'on abat — et elle faisait de l'échelle des éléments un monologue intérieur, quand le témoin la fait prononcer à voix haute devant Terach. C'est un tout autre récit : l'enfant ne rumine pas, il parle à son père, et il le fait après avoir décidé de parler (v.35).
  • Sur quoi cette parashah repose. Le slavon d'église n'existe dans aucune édition lisible par machine, et aucun de ses manuscrits n'est transcrit en accès ouvert. On travaille sur deux traductions savantes du domaine public, indépendantes l'une de l'autre : celle de Box et Landsman, 1918 (anglaise, faite sur le Codex Sylvester, avec les variantes en note), et celle de Bonwetsch, 1897 (allemande, qui porte l'apparat critique complet des six manuscrits). La chaîne entière est donnée dans la feuille d'introduction.
  • Le v.33 est écrit comme un hébreu ancien l'aurait écrit — décision de l'auteur du 7 septembre 2026. Le témoin y porte« le corps soumis à son âme, l'âme à l'esprit, et l'esprit à la folie ». C'est le seul endroit des trente-deux chapitres où le passage par le grec se voit à l'œil nu : l'empilement des parties de l'homme est une figure que l'hébreu n'a pas — pas d'« âme » séparable, un Nefesh que les bêtes ont aussi, une Ruach qui est le souffle et le vent avant d'être un esprit.

Et la relecture a montré que la pensée, elle, n'est pas grecque. Le verset est une exclamation d'impossibilité : les deux premiers maillons sont l'ordre normal, et c'est le troisième qui est absurde — l'esprit soumis à la folie. Ce que le texte fait est un renversement de l'ordre assigné, exactement celui de la parashah ① : le sculpteur qui se trouve être l'ʾElohim de ses ʾelohim.

Le grec était donc dans le vocabulaire, non dans la figure. On garde la figure entière — trois subordinations dont la dernière est impossible — et on la dit dans les mots du corpus : l'ouvrage, l'ouvrier, la chokhmah qui fait aboutir. L'empilement tombe avec les mots qui le portaient, et rien de ce que le verset voulait dire ne se perd.

C'est une restitution, et elle est déclarée comme telle dans la glose du verset. Le §4.11 demande de restituer le témoin ; le §4.7 interdit d'importer une catégorie grecque. Quand les deux se contredisent — ce qui n'était jamais arrivé —, c'est le second qui l'emporte, parce que l'ONT n'est pas une édition du témoin slavon : c'est la restitution de ce que le texte disait avant que le grec ne le traverse.

  • Les divergences sont restituées et signalées, jamais harmonisées. Le long passage des v.42-49 — la comparaison de Joavon et de Barisat, et le pin abattu — manque au manuscrit le plus ancien ; l'éditeur y voit une addition et le juge obscur. On le rend et on le dit. De même pour le Shem du frère, Ora / Oron dans un témoin et Nachor dans deux autres ; et pour le v.53, où deux manuscrits ajoutent que le feu brûle les ʾelohim de Terach — l'ONT ne l'ajoute pas.
  • Deux hébraïsmes que l'éditeur remonte, et ce qu'ils font apparaître.Laʿasot etsahau v.15 — accomplir un dessein, l'expression deÉsaïe30:1 — met l'ʿetsah dans la bouche d'un enfant qui sort d'une cour d'atelier : le mot du Conseil Divin, employé pour une besogne de maison. Etlaʿavodau v.61 — la terre assignée à ha-ʾAdam pour qu'il la serve — referme la boucle ouverte au premier verset de la parashah ① : le même verbeavadqui décrivait le service rendu aux ʾelohim de Terach disqualifie ici la terre, parce qu'elle est ce qu'on sert et non ce qui se sert. Aucune de ces deux résonances n'est visible dans le slavon : c'est la chaîne qui les rend, et c'est la justification de la remonter.
  • « Je ne l'appelle pas El » — la forme du raisonnement. Le refrain des v.57, 59, 64 et 66 n'est pas une réfutation mais un refus de nommer, et le corpus sait ce que nommer engage :qaraest l'acte souverain qui fait entrer une chose dans sa fonction (§3.1). L'enfant ne prouve donc l'inexistence de rien — il s'abstient de conférer un office, candidat après candidat, et finit par constater qu'il n'a personne à qui le conférer. C'est ce qui sépare cette page d'unetheologia naturalisgrecque, où l'on remonterait des effets vers une cause. Ici la remontée échoue, et c'est le v.76 qui le dit.
  • Ce que la restitution du niveau 3 s'autorise ici. Sont restitués les mots que le corpus fixe déjà —akhal,sava,tsachaq,efer,esh,eretz,mayim, kavod, ʿetsah, raʿ — plusmetsachpour le front, et les deux hébraïsmes que l'éditeur signale lui-même,laʿasot etsahetlaʿavod. Aucun Shem hébreu n'est proposé pour Barisat, Zucheus ni Joavon, dont les formes ne nous viennent que du slavon et dont les manuscrits divergent : Joavon s'écrit aussiJoauv,JoavetJavselon le témoin. Ora / Oron est glosé comme Haran sans être remplacé par lui.

Ancrages dans le corpus ONT

  • *Genèse* 1:16 (verrouillé) — les luminaires que le texte ne nomme pas : la démythologisation par le dedans, dont cette parashah fait le dernier barreau de son échelle.
  • *Genèse* 2:15 (brouillon) — leʿovdah uleshomrah : le mandat où avad est ce que l'adam fait à la terre, et non ce qu'il doit à un objet.
  • *Genèse* 11:28 (verrouillé) — Haran meurt à Ur Kasdim devant Terach son père : le frère dont les ʾelohim sont ici mis dans la balance.
  • *Genèse* 17:17 (verrouillé) — vayipol Avraham al-panav vayitschaq : les deux gestes que ces deux parashiot donnent séparément, réunis dans une seule phrase.
  • *Ésaïe* 30:1 (à écrire) — laʿasot etsah, la seule attestation de la locution dans tout le corpus hébreu ; c'est elle que l'éditeur remonte sous le v.15.
  • *Ésaïe* 44:15 (à écrire) — l'homme qui prend du bois, s'en chauffe, en cuit son pain, et du reste se fait un dieu. Le même raisonnement, dans le corpus même, et il faudra le lire à côté de celui-ci.