Intraduisible
ʿetsah
עֵצָה
ʿetsah
Prononciation
e-TSA — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
Le ts est un tsade : d'un seul geste, comme dans « tsar ».
Le h final est un he, et il ne se prononce pas : c'est une lettre-support, qui porte la voyelle sans ajouter de son. On dit e-TSA. Ne pas l'aspirer — et ne pas le confondre avec le he initial de hineni, qui s'entend, lui.
Un roi en fuite descend la vallée, ses hommes derrière lui, et l'on vient lui dire que son conseiller le plus écouté est passé à son fils révolté. Le roi ne répond pas qu'il perd un allié. Il dit : fais tourner en folie l'etsah d'Achitofel. Et le texte, qui n'a pas l'habitude des compliments, ajoute que l'etsah (ʿetsah / עֵצָה) de cet homme, en ce temps-là, valait comme si l'on consultait le davar d'Elohim.
Un avis ne vaut pas qu'on prie contre lui. Ce qui se joue là n'est pas une opinion parmi d'autres : c'est un plan arrêté, qui va s'exécuter, et dont chacun sait qu'il porte.
C'est ce que le français perd. Un conseil, chez nous, se donne et se refuse ; il n'engage personne, ni celui qui le formule ni celui qui l'écoute. L'etsah est la sortie de la délibération — la racine yaʿats couvre le fait de peser et celui de trancher, et le mot ne nomme que le second moment. Non pas ce qu'on pense de la question : ce qu'on a résolu de faire.
D'où sa place dans le vocabulaire du Conseil Divin, cette assemblée où le gouvernement du monde se décide avant de s'accomplir dans l'histoire. Quand les neviʾim annoncent que l'etsah de YHWH tiendra, ils ne vantent pas la qualité de son jugement. Ils disent que ce qui a été arrêté là s'accomplira, et que les empires qui manœuvrent contre ne font que rendre visible leur propre inconsistance.
C'est ce qui rend exact l'appariement de *Ésaïe* 11:2, où l'etsah va avec gevurah : le dessein, et le pouvoir de le mener à terme. Séparés, chacun manque de l'autre — un plan sans capacité reste un vœu, une capacité sans plan n'est qu'une force qui s'exerce au hasard. Et c'est très exactement le défaut des puissants du corpus : les gibborim ont la contrainte et n'ont aucun dessein. La Ruach ha-Qodesh porte les deux ensemble, et c'est cet assemblage-là qui sépare le roi promis du gibbor.
Rendre le couple par « conseil et force » perd donc deux fois : « conseil » affaiblit ce qui engage, « force » réduit à la vigueur ce qui est capacité d'aboutir.
Source
6098 · עֵצָה
Dans le corpus
4 occurrences
- Chazon avraham 2:15Et je sortis, et j'accomplis mon ʿetsah.
- Chazon avraham 2:15Et je sortis, et j'accomplis mon ʿetsah [l'expression du témoin est un hébraïsme, et l'éditeur le remonte : exé…
- Chazon avraham 2…tsah au v.15 — accomplir un dessein, l'expression de Ésaïe 30:1 — met l'ʿetsah dans la bouche d'un enfant qui sort d'une cour d'atelier : le mot du Co…
- Chazon avraham 2…orpus fixe déjà — akhal, sava, tsachaq, efer, esh, eretz, mayim, kavod, ʿetsah, raʿ — plus metsach pour le front, et les deux hébraïsmes que l'éditeur…