Intraduisible
Ruach ha-Qodesh
רוּחַ הַקֹּדֶשׁ
Ruach ha-Qodesh
Prononciation
Rou-ACH ha Qo-DESH — 3 mots, chacun accentué sur sa dernière syllabe, qui est la règle générale (§2.12).
Le ch est un het : serre le fond de la gorge comme pour souffler sur une vitre, et souffle. Jamais le « ch » de « chat », qui se fait avec la langue à l'avant.
Le q est un qof : un k produit tout au fond, contre la luette.
Le sh est un shin : c'est le « ch » de « chat » — dans l'ONT, c'est sh qui porte ce son, jamais ch.
Trois mots, et il faut les prendre un par un pour que la formule cesse d'être un bloc.
Ruach : ce qui ne se voit pas et qui meut — le vent dans un défilé, le souffle qui entre et sort de toi, ce qui fait bouger sans avoir de forme. Un seul mot pour les trois, et la langue n'y voit pas trois sens.
Qodesh : l'état de ce qui a été mis à part pour un office. Une jarre retirée de l'étagère et qui ne servira plus à l'eau ; un jour retiré du compte des jours utiles. Rien n'est qodesh par nature, tout l'est par assignation.
Ha- : l'article. Et il porte plus que sa taille — ce n'est pas une ruach parmi d'autres, c'est la Ruach, celle de YHWH, désignée non par ce qu'elle est mais par ce qu'elle fait : elle sépare, elle assigne, elle met à part.
Voilà pourquoi « le Saint-Esprit » ne peut pas servir ici. La formule française arrive chargée de dix-sept siècles de travail dogmatique — une personne dans une trinité, avec un statut, des processions, des conciles. Toute cette architecture recouvre exactement ce que les trois mots hébreux disent, qui est une opération et non un rang. Et « souffle sacré » n'est pas meilleur : il fait de la mise à part une qualité — comme si le souffle était d'une essence supérieure —, là où l'hébreu dit ce qu'elle accomplit.
C'est cette Ruach qui repose sur le roi promis en *Ésaïe* 11:2, et le passage montre alors ce que « mettre à part » veut dire en acte. Elle y porte six capacités : chokhmah, binah, ʿetsah, gevurah, daʿat, yirah. Non pas six dons empilés — ce qu'elle fait quand elle repose sur quelqu'un.
Et le verset suivant les scelle par un jeu de racines que la traduction perd toujours : vaharicho, « il respirera », vient de רו״ח. Après les six, le texte revient à son premier mot. Le souffle est au commencement et à la fin.