La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

daʿat

דַּעַת

daʿat

Prononciation

da-ʿAT — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).

Le ' est un alef ou ayin : un petit arrêt de la glotte qui coupe la syllabe, comme dans « ah ! ah ! » prononcé nettement.

Un berger entre dans son enclos au petit jour. On lui demanderait combien il a de bêtes qu'il hésiterait peut-être. Mais il sait laquelle boitera avant qu'elle boite, laquelle mettra bas la première, laquelle s'écarte quand l'orage monte. Il ne les a pas comptées : il a passé ses nuits avec elles.

C'est cela, yada. Et c'est pourquoi, quand le texte dit que l'Être façonné du sol connut Chavah sa femme et qu'elle conçut, le lecteur français croit lire une pudeur — une façon polie de ne pas nommer la chose. Il n'y a aucune pudeur. Le mot est employé dans son sens plein : il n'existe pas de connaissance plus exacte de quelqu'un que celle-là, et la langue n'en cherche pas d'autre.

Voilà la coupure avec ce que nous appelons connaître. Notre savoir se tient en face : il regarde un objet, le décrit, le mesure, et se juge d'autant plus sûr qu'il reste extérieur à ce qu'il examine — c'est la position que la philosophie grecque appellera theoria, le regard porté sur. La daʿat (daʿat / דַּעַת) fait l'inverse. Elle suppose d'être dedans. On ne connaît pas une terre en la survolant, on la connaît en la travaillant ; on ne connaît pas un homme par ce qu'on a lu de lui.

Ce qui éclaire d'un coup l'arbre du Jardin. Il n'est pas l'arbre de la connaissance en général : c'est l'arbre de la daʿat de tov et de raʿ. Et l'Être façonné du sol possède déjà de la daʿat — c'est depuis elle qu'il nomme les Nefesh vivants, du dedans de l'ordre où il se tient. Ce que l'arbre propose n'est donc pas un contenu de plus. C'est une autre manière de connaître : se placer au-dessus de l'ordre pour le juger, au lieu d'y participer. Passer de la daʿat à la theoria. Le récit ne raconte pas la naissance du savoir — il raconte le jour où l'homme a voulu connaître du dehors.

Tu comprends alors pourquoi ce mot commande tout le reste. Un lecteur du 21ᵉ siècle à qui l'on explique le monde antique de l'extérieur — voici ce qu'ils croyaient, voici comment ils se représentaient les choses — n'en aura jamais la daʿat. Il en aura de l'information. Il restera devant une vitrine.

Dans *Ésaïe* 11:2, la daʿat est appariée à yirah : connaître du dedans, et se tenir à son rang. Les deux vont ensemble parce qu'on ne peut pas entrer dans ce qu'on prétend surplomber.

Source

1847 · דַּעַת

Dans le corpus

12 occurrences