La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

yirah

יִרְאָה

yirah

Formes : yirah, yirat YHWH

Prononciation

yi-RA — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).

Le h final est un he, et il ne se prononce pas : c'est une lettre-support, qui porte la voyelle sans ajouter de son. On dit yi-RA. Ne pas l'aspirer — et ne pas le confondre avec le he initial de hineni, qui s'entend, lui.

Une montagne fume au bord d'un désert. Le peuple se tient en bas, à distance marquée, et ce qui monte de là-haut n'est pas une menace : c'est une présence trop grande pour l'endroit où ils sont. Personne ne fuit. Personne ne se jette en avant non plus. Ils se tiennent à leur place — et c'est exactement ce que le mot dit.

« Crainte » ne convient pas, « peur » encore moins. Ces mots-là nomment un affect, quelque chose qui vous prend et que vous subissez. La yirah n'est pas un sentiment : c'est une posture, la seule qui soit juste quand on se trouve devant ce qui vous dépasse. Elle a le même mouvement que le serviteur qui reste debout à trois pas du trône — non parce qu'il tremble, mais parce que c'est là que se tient un serviteur.

Le corpus le confirme par ceux qui la portent. La yirah n'écrase pas Avraham, elle ne fait pas fuir Iyov ; elle les met au bon endroit. Elle est l'exact contraire du mouvement du Jardin, où l'homme s'est placé au-dessus de l'ordre pour le juger. Se tenir à son rang, ou se croire au-dessus : tout le récit se joue là.

C'est pourquoi elle appartient à la même famille qu'ʾemunah et teshuvah. Aucune des trois n'est un état intérieur. L'ʾemunah n'est pas une conviction mais une fidélité qui tient dans la durée ; la teshuvah n'est pas un remords mais un demi-tour effectif ; la yirah n'est pas une frayeur mais une place occupée. La langue hébraïque décrit des postures, là où la nôtre cherche des sentiments — et une traduction qui rend l'une par l'autre déplace tout le corpus vers l'intériorité.

Sa forme construite, yirat YHWH, ferme les six capacités de *Ésaïe* 11:2. Et le verset suivant les scelle par un jeu que la traduction perd toujours : vaharicho be-yirat YHWH — « il respirera dans la yirat YHWH ». Le verbe vient de רו״ח, les consonnes mêmes de Ruach. Après chokhmah, binah, ʿetsah, gevurah et daʿat, le texte revient à son premier mot : le souffle. Les six ne sont pas six dons posés côte à côte — elles sont ce que fait la Ruach ha-Qodesh quand elle repose sur quelqu'un.

Source

3374 · יִרְאָה

Dans le corpus

1 occurrence