Intraduisible
binah
בִּינָה
binah
Prononciation
bi-NA — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
Le h final est un he, et il ne se prononce pas : c'est une lettre-support, qui porte la voyelle sans ajouter de son. On dit bi-NA. Ne pas l'aspirer — et ne pas le confondre avec le he initial de hineni, qui s'entend, lui.
Deux femmes se présentent devant le roi. Elles habitent la même maison, elles ont accouché à trois jours d'intervalle, un des enfants est mort dans la nuit. Chacune dit que le vivant est le sien. Il n'y a pas de témoin, pas de preuve, rien que deux paroles qui se contredisent mot pour mot.
Ce que Shlomo avait demandé pour gouverner, quelques chapitres plus tôt, ce n'était ni la richesse ni la longue vie : c'était un cœur qui écoute, pour discerner entre le tov et le ra. Entre. Le mot hébreu pour « entre » est bein, et c'est de lui qu'est faite la binah (binah / בִּינָה).
Voilà ce que le mot désigne, et pourquoi « intelligence » le manque. Notre intelligence saisit : elle absorbe un contenu, elle fait entrer dans l'esprit. La binah ne saisit rien — elle trace une frontière. Elle sait où finit ceci et où commence cela. Devant deux paroles identiques, elle ne cherche pas à comprendre davantage : elle cherche par où les séparer.
Ce geste, tu l'as déjà vu avant qu'il porte un nom. La première page du corpus ne fabrique presque rien : elle sépare. La lumière d'avec l'obscurité, les eaux d'en haut d'avec les eaux d'en bas, le sec d'avec la mer, le jour d'avec la nuit. Rien n'est produit à partir de rien — des frontières sont tracées, et de chaque côté quelque chose se met à exister. Une chose sans limite n'est encore rien : elle n'a pas de place, donc pas d'emploi, donc pas d'existence. La binah est cette opération-là, tenue par un homme.
Ce qui éclaire, en retour, ce qui se perd au Jardin. L'arbre n'est pas celui de la connaissance en général : c'est celui de la daʿat de tov et de raʿ, la capacité de trancher soi-même où passe la limite au lieu de la recevoir. Ce n'est pas de savoir qu'il s'agit. C'est de savoir qui trace.
Dans *Ésaïe* 11:2, la binah est appariée à chokhmah. Les traductions donnent « sagesse et intelligence » et la paire de synonymes efface tout : la chokhmah fait aboutir, la binah sépare entre. On peut mener un ouvrage à terme sans savoir distinguer deux situations ; on peut distinguer finement sans rien achever. La ruach de YHWH porte les deux, et le texte prend soin de les nommer l'une après l'autre.
Source
998 · בִּינָה
Dans le corpus
1 occurrence