La Bible ONT — מקרא הקדם

Chapitre 1

Chazon Avraham 1-4

Traduction en cours

Chazon Avraham 1

Dans le temple, une pierre déjà tombée

Au jour où je rabotais (pasal / פָּסַל) [le verbe de celui qui taille — c'est de lui que vient pesel, la chose taillée, le mot que l'hébreu emploie pour ce que le français appelle une idole. Il faut mesurer l'écart : « idole » parle de ce qu'on croit, pesel parle de ce qu'on a fait avec un outil.] [Et la toute première ligne du livre ne dit pas qu'ʾAvraham servait des dieux : elle dit qu'il les fabriquait. Il avait le métier de son père, et il l'avait bien] les ʾelohim de Terach (Terach / תֶּרַח) mon père et les ʾelohim de Nachor (Nachor / נָחוֹר) son frère [le témoin porte « son frère », et l'ONT le rend tel quel — mais un manuscrit l'omet, et l'éditeur note que la construction du récit demanderait « mon ».] [Nachor est le frère d'ʾAvraham selon *Genèse* 11:26, et il porte le Shem de leur grand-père : dans ces maisons, le nom de l'aïeul revient au petit-fils. L'ambiguïté n'est pas tranchée ici (§4.11)],

comme je cherchais (baqash / בָּקַשׁ) [chercher jusqu'à trouver — le mot dit une poursuite, non une curiosité. Le livre reconnaît d'emblée à l'enfant une quête, et non une opinion : il ne conteste rien encore, il cherche] qui est en vérité l'ʾEl puissant,

moi, ʾAvraham (ʾAvraham / אַבְרָהָם) [« père d'une multitude », de av et hamon. C'est le Shem de la berith, et il ne lui sera donné qu'en *Bereshit* 17 — bien après cette scène.] [Le livre parle donc sous le nom final : c'est le régime de restitution (§4.15), par lequel le témoin déclare de qui la vision relève, non à quel âge elle fut reçue], au temps où le sort m'échut,

quand j'accomplissais le service (ʿavad / עָבַד) de mon père Terach pour ses ʾelohim [avad, c'est le verbe du service sacerdotal. Les lévites avad le Mishkan, les kohanim avad le Temple, et l'adam avad le Jardin comme un prêtre son sanctuaire (§3.1).] [Le geste de cet enfant avait donc la forme exacte d'un office, et c'est ce qui rend la scène grave au lieu de la rendre risible : la ferveur est juste, la charge est vide]

de bois et de pierre, d'or et d'argent, de bronze et de fer [six matières, et le témoin les nomme toutes. Ce n'est pas un ornement : c'est un inventaire d'atelier, et le récit s'en servira deux fois — pour ranger les dieux par ce qu'ils valent au marché (parashah ②), et parce que la matière est la seule chose qui distingue vraiment ces dieux les uns des autres.] [Le même relevé de matières se lit dans *Daniel* 5:4, quand un roi boit devant les dieux d'or, d'argent, de bronze, de fer, de bois et de pierre] ;

étant entré dans leur temple pour le service,

je trouvai celui dont le Shem était Merumath, taillé dans la pierre (ʾeven / אֶבֶן) [l'éditeur, hébraïsant de métier, remonte le nom : even merumah (אֶבֶן מְרוּמָה), la pierre de tromperie.] [Le témoin donne donc à cette idole un nom qui dit déjà ce qu'elle est, et le récit n'aura pas besoin de la juger — il lui suffira de l'appeler par son nom],

tombé en avant aux pieds de l'ʾelohim de fer Nahon [et voici le détail qui fait toute la scène : il est trouvé déjà tombé, et tombé aux pieds d'un autre. Personne ne l'a renversé.] [Un dieu de pierre gît prosterné devant un dieu de fer, dans la position même que l'homme prend devant YHWH — et ce sera le geste d'ʾAvraham lui-même en *Genèse* 17:3] [le nom flotte entre les témoins : Nahon dans l'un, Naviison dans un deuxième, Nahin dans un troisième. On garde la forme de l'édition et on signale l'écart plutôt que de choisir en silence].

Et quand je le vis, mon cœur (lev / לֵב) [le lev hébreu n'est pas le siège de l'émotion mais celui de la pensée et de la décision (§3.2). « Être troublé dans son lev », c'est voir un calcul se défaire, non s'attendrir] fut troublé,

et je considérai que je ne pourrais pas le remettre à sa place, moi, ʾAvraham, seul,

parce qu'il était lourd, étant d'une grande pierre [et c'est le seul poids qu'il ait. Le corpus a un mot pour la pesanteur qui compte — kavod, de kaved, être lourd : la densité fonctionnelle d'une chose dans l'ordre, ce qui fait qu'on peut s'appuyer sur elle (§3.2).] [Ici, la seule lourdeur est celle du bloc dans les bras d'un enfant. Le dieu pèse sur son porteur et ne pèse nulle part ailleurs].

Et je sortis, et je le fis savoir à mon père ;

et il entra avec moi,

et comme nous le remuions tous deux pour le remettre à sa place, sa tête (rosh / רֹאשׁ) tomba de lui — et je le tenais encore par la tête [le récit prend soin de dire qu'ils sont deux, et que la tête reste dans la main de l'enfant. Ce n'est pas une maladresse d'enfant : c'est un objet qui cède sous deux paires de bras. Le témoin ne charge personne].

Et quand mon père vit que la tête de Merumath était tombée de lui, il me dit : « ʾAvraham ! » Et je dis : « Me voici. » [« Me voici » — hinneni, la réponse de celui qui se tient à disposition. Elle sera reprise deux fois dans ce livre, et la seconde fois c'est une voix venue du feu qui appellera. Le mot est le même ; celui qui appelle ne l'est pas]

Et il me dit : « Apporte-moi une hache, des petites, de la maison. » [la réponse d'un artisan à qui il manque un outil. Aucune crainte, aucun rite, aucune parole. Le récit ne commente pas : il rapporte l'ordre, et le silence est ici l'information (§4.9)]

Et je la lui apportai.

Et il tailla comme il faut un autre Merumath d'une autre pierre, sans tête,

et la tête qui était tombée du premier, il la posa dessus ;

et le reste de Merumath, il le mit en pièces [trois gestes, et chacun défait le précédent : il taille un corps neuf, il le complète d'une tête étrangère, il broie l'original. Ce qui se tient debout à la fin n'est plus rien de ce qui était tombé, et porte pourtant le même Shem.] [Or le Shem, dans ce monde, est l'existence même (§3.2) : ce qui se transfère ainsi d'un bloc à l'autre par la décision d'un ouvrier n'était l'existence de personne].

Cinq autres, et la route du marché

Et il fit cinq autres ʾelohim, et il me les donna, et il m'ordonna de les vendre dehors, dans la rue de la ville [on les vend. C'est ce que le résumé perd toujours, et c'est le fait le plus dur du chapitre : ce ne sont pas seulement les dieux d'une maison, c'est un article de commerce, et le fils est le commis.] [Dans une ville comme Ur Kasdim, on fabrique des dieux domestiques comme on fabrique des jarres ; on en a plusieurs chez soi, on les hérite, on les emporte en voyage — et on en achète].

Et je sellai l'âne (chamor / חֲמוֹר) de mon père, et je les posai dessus, et j'allai vers l'auberge pour les vendre.

Et voici, des marchands de Fandana en ʾAram (ʾAram / אֲרָם) [le nom du pays au nord-orient, celui de la parenté d'ʾAvraham (*Genèse* 10:22 ; *Genèse* 24:10). Fandana est très probablement Paddan-Aram, la « plaine d'Aram » de *Genèse* 25:20 — l'éditeur le note, et l'ONT garde la forme du témoin en signalant l'identification plutôt qu'en l'imposant] voyageaient avec des chameaux, allant vers Mitsrayim (Mitsrayim / מִצְרַיִם) pour commercer [c'est la route des caravanes, et le corpus la connaît : c'est celle que descendront les marchands d'épices auxquels un homme sera vendu par ses propres frères (*Genèse* 37:25).] [Le récit ne place pas sa scène dans un ailleurs mythique — il la met sur une route qui existe, à l'heure où des bêtes chargées la remontent].

Et je leur parlai.

Et l'un de leurs chameaux poussa un cri,

et l'âne prit peur et fit un écart et renversa les ʾelohim ;

et trois d'entre eux furent brisés, et deux furent préservés [voilà la démonstration, et elle tient en trois lignes. Aucune puissance n'intervient, aucun jugement n'est prononcé, personne ne lève la main : une bête a peur, et trois dieux se brisent. Et pas un ne s'est retenu de tomber. Le récit ne conclut rien — il compte : trois et deux].

Et quand les hommes d'ʾAram virent que j'avais des ʾelohim, ils me dirent :

« Pourquoi ne nous as-tu pas dit que tu avais des ʾelohim ? Nous les aurions achetés avant que l'âne entendît le cri du chameau, et ils n'auraient pas été perdus.

Donne-nous du moins ceux qui restent, et nous te donnerons le juste prix pour ceux qui sont brisés comme pour ceux qui ont été préservés. » [et ils paient les débris au même titre que les entiers. Il ne faut pas y voir de la générosité : pour un marchand, un dieu brisé est de la matière, et la matière garde son cours.] [C'est le récit qui l'établit, sans un mot de commentaire — ces dieux ont un prix, et le prix ne dépend pas de leur intégrité]

Car j'étais en souci dans mon cœur : comment rapporterais-je à mon père le prix de la vente ? [le souci de l'enfant n'est pas religieux, il est domestique : il rentre avec de la marchandise cassée et il devra rendre des comptes. C'est de cette inquiétude d'apprenti que va sortir le raisonnement le plus grave du livre]

Et les trois brisés, je les jetai dans les eaux du fleuve Gur, qui était en ce lieu ;

et ils s'enfoncèrent dans la profondeur, et il n'y eut plus rien d'eux [trois formules en deux versets pour dire la même chose : ils s'enfoncent, il n'en reste rien. Ce qu'on jette à l'eau ne remonte pas — et l'enfant s'en servira comme argument au v.46.] [Un témoin fait jeter les morceaux dans la mer Salée plutôt que dans un fleuve ; c'est là que le droit rabbinique postérieur prescrira de noyer une idole, précisément parce qu'elle n'en peut plus ressortir].

Ce que je considérai sur le chemin

Comme j'allais encore par le chemin, mon cœur fut troublé en moi, et ma pensée se dispersa.

Et je dis en mon cœur : [le raisonnement se fait en marchant, entre le marché et la maison, avec de l'argent dans la main et un âne au bout d'une corde. Le livre ne le place ni dans un temple ni devant un maître : il le place sur une route]

« Quelle est cette œuvre mauvaise que fait mon père ?

N'est-il pas plutôt l'ʾElohim de ses ʾelohim, puisqu'ils viennent à l'être par ses ciseaux et ses tours, et par sa science (chokhmah / חָכְמָה) [la chokhmah n'est pas la sagesse contemplative des Grecs : c'est la compétence qui fait aboutir (§3.2), celle du tisserand, du forgeron, du marin — celle dont Betsalel sera rempli pour bâtir le Mishkan.] [La même habileté, tournée vers l'autre bout. Ce qui sépare l'atelier de Terach de celui de Betsalel n'est pas le savoir-faire : c'est qui a assigné l'ouvrage],

et n'est-il pas plutôt convenable qu'ils adorent mon père, puisqu'ils sont son ouvrage ? » [la phrase que tout le livre porte, et elle n'est ni une insolence ni une raillerie : c'est un constat de place. Dans ce monde, est ʾElohim celui qui assigne les fonctions — qui donne forme, nom et rôle (§3.1, bara, qara, natan).] [Or c'est exactement ce que fait Terach. L'enfant n'attaque pas l'ordre de son père : il le prend au sérieux jusqu'au bout, et constate que dans cet ordre-là, la place du dieu est occupée par le sculpteur] [et ce passage n'est pas dans tous les témoins. Deux manuscrits le portent, le plus ancien ne l'a pas, et l'éditeur y voit une addition tardive.] [On le restitue — c'est le témoin qu'on rend, non un texte qu'on reconstruit —, et on le signale, parce que la pensée, elle, est bien dans le manuscrit ancien : elle y est simplement dite plus loin, à voix haute et devant Terach, au v.54]

Voici, Merumath est tombé et n'a pas pu se relever (qum / קוּם) [qum — se tenir debout, et par là tenir. C'est le verbe de la berith : YHWH meqim son alliance, il la fait se tenir (*Bereshit* 8). Ici, c'est un homme qui doit s'y reprendre à deux fois pour faire tenir son dieu debout] dans son propre temple [le lieu compte : pas dans une remise, pas sur une route — chez lui, dans le seul endroit du monde où il est censé être quelque chose],

ni moi seul n'ai pu le remuer jusqu'à ce que mon père vînt, et que nous fussions deux ;

et comme nous étions ainsi trop faibles, sa tête tomba de lui,

et il la posa sur une autre pierre d'un autre ʾelohim, qu'il avait fait sans tête.

Et les cinq autres furent brisés en tombant de l'âne —

eux qui n'ont pu ni se secourir eux-mêmes,

ni faire de mal à l'âne qui les avait brisés ;

et leurs morceaux ne sont pas remontés du fleuve. » [quatre constats, et pas une prémisse. Chacun relève une charge non tenue — se relever, se garder, se venger, revenir — et aucun ne conclut à l'existence ou à l'inexistence de quoi que ce soit.] [C'est toute la différence avec une preuve : on ne remonte pas des effets vers une cause, on vérifie un office. C'est le mode propre à ce livre, et il est hébreu de part en part]

Et je dis en mon cœur : « S'il en est ainsi, comment Merumath, l'ʾelohim de mon père, ayant la tête d'une autre pierre et étant lui-même fait d'une autre pierre,

pourrait-il délivrer un homme, ou entendre la prière d'un homme et le récompenser ? » [trois offices nommés, et ce sont exactement ceux qu'on attend d'un dieu domestique : délivrer, entendre, récompenser.] [La question ne porte pas sur son être mais sur sa capacité, et le récit vient de montrer qu'il n'en tient aucune. Un dieu qu'on répare ne délivre rien ; un dieu qui n'a pas de tête à soi n'entend pas]

L'argent, et la colère

Et comme je pensais ainsi, j'arrivai à la maison de mon père ;

et ayant abreuvé l'âne et lui ayant mis du foin,

j'apportai l'argent et le mis dans la main de mon père Terach [il soigne la bête avant de rentrer l'argent. Le détail ne sert à rien dans l'argument, et c'est pour cela qu'il compte : le récit prend le temps du réel — un âne qu'on abreuve, du foin qu'on met, et seulement ensuite la conversation].

Et quand il le vit, il se réjouit, et il dit : « Béni sois-tu, ʾAvraham, de mes ʾelohim, parce que tu as apporté le prix des ʾelohim, en sorte que mon travail n'a pas été vain. » [il bénit par ses dieux le fils qui vient de lui rapporter l'argent de leurs débris. Le récit laisse la phrase se juger seule, et elle s'en charge] [et le mot « béni » est ici plus lourd qu'il n'y paraît. Barakh, dans le corpus, ce n'est pas souhaiter du bien : c'est transmettre une capacité fonctionnelle (§3.1). Terach prétend transmettre, par ses dieux, ce que ses dieux n'ont pas]

Et je répondis et lui dis : « Écoute, ô mon père Terach !

Bénis soient tes ʾelohim de toi, car c'est toi qui es leur ʾElohim, puisque tu les as faits [la phrase du chemin, cette fois prononcée, et c'est ici qu'elle se tient dans tous les témoins. Elle ne raille pas :] [elle retourne d'un mot la bénédiction que le père vient d'employer. Si l'on bénit un fils par ses dieux, alors on bénit les dieux par leur auteur — et l'auteur, c'est lui] ;

car leur bénédiction est ruine, et leur pouvoir est vain ;

eux qui ne se sont pas secourus eux-mêmes, comment donc te secourraient-ils, ou me béniraient-ils ? [l'argument tient en une ligne et il est entièrement fonctionnel : on n'attend pas d'un dieu qu'il soit puissant en général, on attend qu'il tienne ce qu'on lui a confié. Celui qui ne se garde pas lui-même ne garde personne]

J'ai été bon envers toi dans cette affaire, parce que par mon intelligence je t'ai rapporté l'argent des ʾelohim brisés. » [le trait final est presque comique et parfaitement sérieux : il revendique d'avoir bien vendu les débris. Et il a raison — c'est le seul service que ces dieux aient rendu ce jour-là, et c'est un service commercial]

Et quand il entendit ma parole, il s'irrita violemment contre moi,

parce que j'avais dit des paroles dures contre ses ʾelohim [la colère est la seule réponse, et le récit s'arrête là. Terach ne réfute rien, n'explique rien, ne défend rien : il se fâche.] [La parashah suivante partira exactement de ce silence-là — et ce sera le père lui-même qui, en voulant sauver un dieu de bois, prononcera contre lui l'argument décisif].

Notes de la parashah

  • Cette parashah a été entièrement refaite le 2 septembre 2026, sur les témoins et non sur un plan. La première rédaction reposait sur les scènes de la stratigraphie, elles-mêmes établies sans le texte sous les yeux : elle inventait un ʾAvraham qui portait Merumath et le laissait tomber, et elle ignorait tout du temple, des six matières, des cinq dieux vendus, de l'âne, du chameau, des marchands et du fleuve. Le témoin dit autre chose, et il dit plus. Barisat, que la première rédaction plaçait ici, appartient à la parashah ② : c'est le chapitre V.
  • Sur quoi cette parashah repose, nommément. Le slavon d'église n'existe dans aucune édition lisible par machine, et aucun manuscrit n'en est transcrit en accès ouvert. On travaille donc sur deux traductions savantes du domaine public, indépendantes l'une de l'autre : celle de Box et Landsman, 1918 (anglaise, faite sur le Codex Sylvester, avec les variantes en note), et celle de Bonwetsch, 1897 (allemande, qui porte l'apparat critique complet et les sigles des six manuscrits). La feuille d'introduction donne la chaîne entière — hébreu, grec, slavon, éditions, ONT — et la façon dont elle se remonte.
  • Merumath porte un nom qui parle, et c'est l'éditeur — hébraïsant de formation — qui le remonte :even merumah(אֶבֶן מְרוּמָה), la pierre de tromperie. Barisat, qui paraîtra à la parashah ②, se litbar 'ishta(בַּר אִשְׁתָּא) en araméen : fils du feu — et c'est le feu qui le mangera. Le témoin donne donc à ses idoles des noms qui annoncent leur sort, ce qui dispense le récit de tout commentaire. Aucun de ces deux noms ne reçoit la marque des Shemot, et c'est un arbitrage : le §2.10 réserve la couche à ce qui est un Shem, or le v.20 montre un nom qu'un artisan transfère d'un bloc à l'autre. On emploie donc l'accentuation, qui signale un nom sans en promettre la fiche. À confirmer par l'auteur — c'est le premier cas du corpus où un nom propre est refusé à la couche.
  • Les elohim de Terach, et pourquoi le mot n'est pas changé. L'hébreu emploieelohimpour le Créateur et pour les dieux d'une maison, sans marque qui les sépare, et l'ONT ne s'autorise pas à en ajouter une : ce serait trancher à la place du texte (§4.11). La seule distinction que le corpus reconnaisse est celle du v.37, et elle est fonctionnelle — est ʾElohim celui qui assigne. À confirmer par l'auteur : c'est le premier emploi de `ʾelohim` pour des dieux fabriqués.
  • Une divergence entre témoins est restituée et signalée, jamais harmonisée. Le raisonnement intérieur des v.36-38 manque au manuscrit le plus ancien et se lit dans deux autres ; l'éditeur y voit une addition. L'ONT le rend et le signale en glose. Le fait notable est que la même pensée se trouve dans le manuscrit ancien au v.54, dite tout haut : l'addition anticipe, elle n'invente pas. Même traitement pour le nom du dieu de fer, qui flotte entre trois formes, et pour le fleuve, qu'un témoin remplace par la mer Salée.
  • Ce que la restitution du niveau 3 s'autorise ici. Ce livre ne nous parvient dans aucune langue qui soit la sienne, et toute translittération y est une restitution raisonnée (intro). Sont restitués les mots que le corpus fixe déjà —avad,qum,lev,even,rosh, chokhmah — pluspasal, que la chaîne donne par le grec et qui porte l'étymologie depesel,baqashpour la quête du v.2, etchamorpour l'âne. Aucun Shem hébreu n'est proposé pour Nahon, Fandana ni Gur, dont les formes ne nous viennent que du slavon — et dont les manuscrits divergent entre eux.
  • Aram et non « Syrie ». Les deux traductions écrivent « Syrie » ; le §4.12 impose la forme du corpus, et ʾAram est le nom queGenèse10:22 emploie. De même Mitsrayim et non « Égypte ».
  • L'ordre du raisonnement. Cette parashah ne démontre pas, elle discerne. Les v.43-46 ne sont pas des prémisses menant à une conclusion sur l'existence d'un être : ce sont quatre constats de charge non tenue, et le v.47 en tire une question. Le registre de la démonstration — la remontée des effets vers une cause — est proscrit dans tout ce livre : c'est ce qui sépare cette page d'unetheologia naturalisgrecque, et c'est aussi pourquoi ʾAvraham n'aboutira pas seul. Il faudra qu'une voix l'appelle, et c'est la parashah ③.

Ancrages dans le corpus ONT

  • *Genèse* 11:26-32 (verrouillé) — Terach, Nachor, Haran, Ur Kasdim : la maison où cette scène se tient.
  • *Genèse* 17:3 (verrouillé) — vayipol Avram al-panav : ʾAvraham tombe sur sa face, dans la position exacte où il trouve Merumath au v.8.
  • *Genèse* 25:20 (à écrire) — Paddan-Aram, que Fandana recouvre selon toute vraisemblance.
  • *Genèse* 37:25 (à écrire) — la caravane qui descend vers Mitsrayim : la même route, au même trafic.
  • *Yovelim* 11-12 (livre n° 06, déjà au corpus) — ʾAvraham enfant se sépare du culte de Terach. Témoin juif du IIᵉ siècle avant l'ère, indépendant de celui-ci, et qui raconte la même rupture autrement.