La Bible ONT — מקרא הקדם

Chapitre 17

Bereshit 17:1-27

Bereshit 17

ʾEl Shaddai — la Berith Inscrite dans la Chair

ʾAvram (ʾAvram / אַבְרָם) [av (אָב) : père + ram (רָם) : élevé — "père élevé" ; premier shem avant la reformulation du v.5] avait quatre-vingt-dix-neuf ans [quatre-vingt-dix-neuf ans — treize années ont passé depuis la naissance de Yishmaʿel, quand ʾAvram en avait quatre-vingt-six (*Genèse* 16:16). Le récit ne dit rien de cet intervalle : entre deux paroles de YHWH, il y a treize ans que personne ne raconte]. YHWH se laissa voir (vayeraʾ / וַיֵּרָא) [niphal de raʾah — mode de la révélation aux patriarches : l'initiative appartient à YHWH, non à ʾAvram. Déjà en *Genèse* 12:7 et 15:1] par ʾAvram et lui formula (vayomer ʾelav / וַיֹּאמֶר אֵלָיו) [vayomer — de amar (אָמַר) : la parole performative, qui accomplit en s'énonçant ce qu'elle énonce (§3.1). Elav : « vers lui » — cette parole-ci n'ordonne pas le cosmos comme en *Bereshit* 1 ; elle est adressée à un seul homme, et elle commence par nommer celui qui parle avant de rien demander] : "Je suis ʾEl Shaddai (ʾEl Shaddai / אֵל שַׁדַּי) [ʾEl Shaddai — intraduisible. Étymologie débattue : de shadad (שָׁדַד) : être d'une puissance absolue ; ou de l'akkadien šadu : montagne — "ʾEl de la montagne" ; ou she-dai (שֶׁ-דַּי) : "Celui-qui-suffit". Ce nom divin accompagne les moments où YHWH accomplit l'impossible humain. Distinct d'ʾElohim (fonction cosmique), de YHWH (nom personnel), d'ʾEl ʿElyon (souveraineté cosmique) et d'ʾEl Roï (vision et présence). Premier emploi dans l'ONT] — chemine (hithalekh / הִתְהַלֵּךְ) [hithalekh — même verbe continu que pour Chanokh (*Genèse* 5:22) et Noach (*Genèse* 6:9) : marcher avec YHWH comme mode d'existence permanent, non comme acte ponctuel] devant ma face et sois intègre (tamim / תָּמִים) [tamim — entier, sans fissure interne. Cohérence avec *Genèse* 6:9 — Noach était ʾish tsadiq, intègre (tamim) dans ses générations. ʾAvram est appelé à la même intégrité structurelle : non pas perfection morale abstraite, mais non-division entre ce qu'il est et ce à quoi il est appelé].

Je poserai (veʾetnah / וְאֶתְּנָה) [veʾetnah — de natan (נָתַן) : poser, installer, attribuer (§3.1) ; à la forme cohortative, celle par laquelle celui qui parle déclare ce qu'il a résolu. YHWH ne propose pas de conclure un accord : il pose la berith comme on installe une chose à sa place] ma berith entre moi et toi — et je te multiplierai à l'extrême (meod meod / מְאֹד מְאֹד) [meʾod redoublé — l'hébreu n'a pas de superlatif : pour dire l'extrême, il répète le mot. C'est le meʾod de tov meʾod en *Genèse* 1:31, dit deux fois de suite. La langue est portée à sa limite pour un ʾish qui n'a qu'un fils, né d'une shifchah].

Alors ʾAvram tomba sur sa face (vayipol Avram al-panav / וַיִּפֹּל אַבְרָם עַל-פָּנָיו) [vayipol — de napal (נָפַל) : tomber. Prostration totale : le corps prend au sol la position que la parole vient d'établir. Ce n'est pas une politesse d'usage — c'est l'alignement du corps sur la souveraineté qui vient d'être déclarée] — et ʾElohim lui parla (vayedabber ʾito ʾElohim / וַיְדַבֵּר אִתּוֹ אֱלֹהִים) [vayedabber — piel de davar : parole de relation personnelle directe, adressée à quelqu'un. Distinct de vayomer (v.1) : ici la parole est de l'ordre de l'adresse et de la relation, non de la seule déclaration performative. Le passage de YHWH (v.1) à ʾElohim (v.3) dans le même récit : les deux noms désignent la même réalité sous deux angles — le personnel et le fonctionnel cosmique] en ces termes :

"Moi — voici [l'hébreu place le pronom seul en tête, avant tout verbe : « moi, voici ». YHWH se pose lui-même comme premier terme de la berith, et jusqu'au v.8 tous les verbes auront pour sujet lui seul — rien n'est encore attendu de ʾAvram], ma berith est avec toi. Tu seras père d'une multitude de goyim (av hamon goyim / אַב-הֲמוֹן גוֹיִם) [hamon (הָמוֹן) : multitude, foule grondante — non pas un nombre abstrait mais une multiplicité vivante. goyim — intraduisible. De goy (גּוֹי) : le peuple-nation dans sa réalité territoriale, ethnique et politique constituée. Non pas "les nations" (abstraction) ni "les gentils" (catégorie religieuse tardive). La promesse déborde la lignée biologique d'ʾAvram pour englober une multiplicité de communautés constituées].

Et ton Shem ne sera plus appelé ʾAvram [« appelé » : qara (§3.1), l'acte souverain de nommer, ici au passif. Ce n'est ni ʾAvram qui se renomme ni l'usage des hommes qui tranche : le Shem est repris par celui-là même qui l'assigne] — et ton Shem sera ʾAvraham (ʾAvraham / אַבְרָהָם) [ʾAvraham — av (אָב) : père + hamon (הָמוֹן) : multitude. Le Shem reformulé porte la promesse : ʾAvram ("père élevé") cède à ʾAvraham ("père d'une multitude"). Ce n'est pas un changement administratif — c'est la reformulation de l'existence fonctionnelle dans l'ordre cosmique. Le Shem dit désormais ce qu'il sera, non ce qu'il fut], car je t'ai posé père d'une multitude de goyim. [l'hébreu ne porte ki (כִּי) qu'une seule fois, devant la dernière proposition, et le français le suit. Les deux premiers énoncés sont joints par un simple ve- : vehayah shimkha ʾAvraham (וְהָיָה שִׁמְךָ אַבְרָהָם) — « et ton Shem sera ʾAvraham ». Le retrait de l'ancien Shem et la pose du nouveau sont alignés, non subordonnés : le texte ne rend pas compte de l'un par l'autre. Le seul « car » du verset les fonde tous deux sur ce qui vient après — la fonction posée, père d'une multitude de goyim]

Je te ferai fructifier [« faire fructifier » — de parah (פָּרָה), porter du fruit, au causatif : YHWH ne constate pas une fécondité, il la fait advenir. C'est le verbe de la dotation de *Genèse* 1:22 et 1:28 — peru urevu —, adressé ici à un corps de quatre-vingt-dix-neuf ans] à l'extrême — je ferai de toi des goyim — des rois (melakhim / מְלָכִים) [melakhim — de malakh (מָלַךְ) : régner. Des rois sortiront d'un ʾish qui ne possède pas un pouce de la terre où il campe et n'a pas de fils de Sarai. La promesse ne décrit pas ce qui est : elle institue ce qui tiendra] sortiront de toi.

J'établirai (vahaqimoti / וַהֲקִימֹתִי) [hiphil de qum : faire se tenir debout — même racine que les berith de *Genèse* 6:18 et 9:9. La berith se tient (qum) par la parole de YHWH seul] ma berith entre moi et toi — et ta descendance (zeraʿ / זֶרַע) [zera — la semence, la lignée organique. Posé comme objet central de la promesse en *Genèse* 12:7 et 15:18] après toi dans leurs générations [« dans leurs générations » (ledorotam) — la berith n'est pas passée avec un homme mais avec une chaîne : on y entrera par naissance, sans avoir rien décidé. C'est ce qui rendra nécessaire un signe porté dans le corps (v.10) et non une parole donnée : un nourrisson ne promet rien] — comme berith-olam (berith ʿolam / בְּרִית עוֹלָם) [berith-olam — déjà posée en *Genèse* 9:16 avec Noach. ʿolam : l'horizon temporel que le regard humain ne peut pas discerner (intraduisible — premier emploi en *Genèse* 3:22). YHWH engage sa parole sans terme visible, sans condition formulée à l'autre] — pour être ʾElohim pour toi et pour ta descendance après toi [lihyot lekha l'Elohim (לִהְיוֹת לְךָ לֵאלֹהִים) — formule covenantale : YHWH s'engage fonctionnellement à être l'ʾElohim d'ʾAvraham. Le nom fonctionnel cosmique devient ici l'objet d'un engagement de relation personnelle — la berith dite depuis l'intérieur du nom divin lui-même. Cette formule traversera tout le corpus : *Exode* 6:7, *Lévitique* 26:12, *Jérémie* 31:33]. [« pour être » rend lihyot (לִהְיוֹת), un infinitif construit précédé du lamed : une subordination réelle en hébreu, mais dont la valeur n'est pas fixée. Le même lamed donne le but (« pour être »), le résultat (« de sorte à être ») ou l'apposition (« à savoir : être ʾElohim pour toi »), qui déplierait simplement ce qu'est la berith-olam au lieu d'en désigner la fin. Le français choisit le but ; l'hébreu ne choisit pas (§4.11)]

Je te donnerai, à toi et à ta descendance après toi, l'ʾeretz de tes séjours (ʾeretz megureikhah / אֶרֶץ מְגֻרֶיךָ) [megureikhah — de gur (גּוּר) : séjourner sans posséder, habiter en étranger. ʾAvraham séjourne en Kenaʿan sans en être le maître. La promesse donne comme possession future ce dans quoi il n'est encore qu'hôte] — tout le pays de Kenaʿan (kol eretz kenaʿan / כָּל-אֶרֶץ כְּנַעַן) [le pays porte le Shem du peuple qui l'occupe (*Genèse* 10:15-19), celui-là même sur qui Noach avait prononcé l'arur en *Genèse* 9:25. Ce qui est donné à ʾAvraham est une ʾeretz qui s'appelle encore du nom d'un autre, et où il n'a pour l'instant qu'un droit d'hôte] — comme ʾachuzat-ʿolam (ʾachuzat ʿolam / אֲחֻזַּת עוֹלָם) [ʾachuzat-ʿolam — possession dans l'ʿolam. Akhuzah (אֲחֻזָּה) : la prise, le bien tenu en propre. L'ʾeretz devient possession portée jusqu'à l'horizon temporel que le regard humain ne peut pas discerner — non pas titre légal abstrait, mais ancrage qui s'étend au-delà du visible] — et je serai leur ʾElohim."

ʾElohim formula à ʾAvraham : "Et toi [« et toi » (veʾattah) — le premier moment du chapitre où quelque chose est attendu d'ʾAvraham. Les versets 4 à 8 n'énonçaient que des actes de YHWH. Ce qui suit n'est donc pas la condition de la berith, qui tient d'elle-même depuis *Bereshit* 15 : c'est son signe] — tu garderas (tishmor / תִּשְׁמֹר) [shamar (שָׁמַר) : garder, veiller sur — le verbe de la garde assignée. Même racine que la garde du Jardin en *Genèse* 2:15. ʾAvraham est appelé à tenir ce qui lui est confié comme on tient une garde] ma berith — toi et ta descendance après toi dans leurs générations.

Voici ma berith que vous garderez entre moi et vous, et ta descendance après toi — tout mâle (zakhar / זָכָר) [zakhar — le mâle ; mais la racine z-k-r signifie aussi "se souvenir, faire mémoire". Le mâle porte dans sa chair le signe de la mémoire de la berith] parmi vous sera soumis à la milah [milah (milah / מִילָה) — intraduisible. De mul (מוּל) : circoncire. L'acte par lequel le signe de la berith est incisé dans la chair. Non pas "circoncision" seul : milah est l'inscription corporelle permanente de l'appartenance à l'ordre de la berith. Premier emploi dans l'ONT] [l'hébreu redouble le verbe — himmol yimmol, l'infinitif posé devant le conjugué : la tournure du droit, celle qui ne souffre aucune exception. Et il est au passif : nul ne se circoncit soi-même, on reçoit le signe de la main d'un autre].

Vous circoncirez [« circoncire » — de mul (מוּל) : trancher ce qui couvre. C'est la racine même de milah : en hébreu le nom du signe et le verbe du geste sont un seul mot, que le français sépare en deux sans lien apparent] la chair de votre ʿorlah (basar ʿarlatchem / בְּשַׂר עָרְלַתְכֶם) [ʿorlah — intraduisible. De aral (עָרַל) : être couvert, non ouvert. La chair de l'ʿorlah est le lieu où le signe de la berith sera inscrit. Mais le terme a une portée plus large : ʿorlah du levav (*Deutéronome* 10:16 — le levav inattentif à YHWH), ʿorlah des lèvres (*Exode* 6:12 — Moïse qui dit ne pas savoir parler), ʿorlah du fruit des trois premières années (*Lévitique* 19:23 — ce qui couvre avant la consécration). L'ʿorlah est ce qui couvre la fonction avant qu'elle soit ouverte. Premier emploi dans l'ONT] — ce sera pour signe (ʾot / אוֹת) [ot — signe fonctionnel déjà posé en *Genèse* 9:12 pour l'arc dans la nuée. Le signe n'est pas ornemental — il opère dans l'ordre de la berith] de berith entre moi et vous.

Et à huit jours (ben-shemonat yamim / בֶּן-שְׁמֹנַת יָמִים) [huit — au-delà du cycle de sept qui est le cycle de plénitude de la création. Le huitième jour est le premier jour d'après la plénitude — celui qui inaugure ce qui vient après l'ordre accompli. La milah au huitième jour place l'inscription de la berith dans le registre de l'inauguration] — tout mâle sera soumis à la milah dans vos générations — le né dans la maison et l'acheté à prix d'argent (miqnat-kesef / מִקְנַת-כֶּסֶף) [l'esclave acquis, distinct de l'esclave né dans la maison. Les deux sont inclus dans le signe : la milah n'est pas réservée à la lignée biologique d'ʾAvraham] de tout fils de l'étranger (ben nekhar / בֶּן-נֵכָר) [ben nekhar — fils d'un étranger, celui qui n'appartient pas à la maison par naissance. Inclus dans la berith par appartenance à la maison d'ʾAvraham : le signe est domestique autant que biologique] qui n'est pas de ta descendance. [l'hébreu juxtapose deux noms joints par un simple ve- : yelid bayit umiqnat kesef (יְלִיד בַּיִת וּמִקְנַת כֶּסֶף), « né de maison et acquis d'argent ». Ce ne sont pas deux cas entre lesquels on choisit — ce sont deux catégories nommées côte à côte, et le français les aligne de même. Le v.27 reprend la paire telle quelle au moment de l'exécution : « les nés dans la maison et les achetés à prix d'argent ». Ce que la prescription range, le récit le compte]

La milah sera pratiquée pour celui né dans ta maison et pour l'acheté à prix d'argent [le verset reprend le v.12 presque mot pour mot. L'hébreu du droit répète au lieu de renvoyer : un énoncé permanent doit pouvoir être cité seul, détaché de ce qui le précède, sans rien perdre] — et ma berith sera dans votre chair comme berith-olam [« ma berith sera dans votre chair » — elle n'est plus seulement dite (v.4-8) ni seulement vue, comme l'arc dans la nuée de *Genèse* 9:13 : elle est portée. Ce qu'un ʾish ne peut ni poser ni reprendre, il le porte sur son basar jusqu'à sa mort].

Et le mâle incirconcis (ʿarel / עָרֵל) [ʿarel — de la même racine qu'ʿorlah : celui qui a encore son ʿorlah, dont la chair n'a pas reçu le signe de la berith] — qui n'aura pas circoncis la chair de son ʿorlah — cette nefesh [« cette Nefesh » — l'hébreu ne dit pas « cet homme ». Il nomme le principe vital lui-même, ce par quoi on est un vivant parmi les vivants. Le retranchement n'atteint donc pas un rang social : il atteint ce qui vit] sera retranchée de son peuple (venichreta hanefesh hahiʾ meʿammeha / וְנִכְרְתָה הַנֶּפֶשׁ הַהִוא מֵעַמֶּיהָ) [nikhreta — niphal de karat (כָּרַת) : couper, trancher. Être retranché du peuple (karet / כָּרֵת) est la sanction la plus grave du droit divin hébraïque : coupure de la chaîne de transmission, exclusion de la communauté de la berith. La nefesh retranchée perd sa place dans le système ordonné — non seulement socialement, mais fonctionnellement] — il a rompu (hefer / הֵפֵר) [hefer de parar (פָּרַר) : briser, invalider. La berith n'est pas rompue par YHWH — elle est rompue par celui qui refuse l'inscription. C'est l'homme qui se coupe lui-même de la berith en refusant son signe] ma berith.

ʾElohim formula à ʾAvraham : "Sarai (Sarai / שָׂרַי) [Sarai — forme avec suffixe possessif -i : "ma princesse". Premier shem de celle qui deviendra Sarah] ta ʾishah — tu n'appelleras plus son Shem Sarai, car Sarah est son Shem (Sarah / שָׂרָה) [Sarah — sarah (שָׂרָה) : souveraine, celle qui gouverne — de sar (שַׂר) : chef, prince. Le Shem passe du possessif particulier ("ma princesse") à l'universel souverain ("la souveraine"). Comme ʾAvraham, Sarah reçoit un Shem qui dit ce qu'elle est dans l'ordre de la berith — non plus dans la relation humaine seule mais dans le cosmos]. [le ki (כִּי) qui suit une négation se lit couramment en adversatif : « tu n'appelleras plus son Shem Sarai — mais Sarah est son Shem ». C'est la lecture la plus attendue de la tournure lo… ki. Le français « car » retient la valeur causale, qui reste possible — comparer le ki du v.5, qui suit une proposition affirmative et y est bien causal. Les deux lectures sont dans l'hébreu ; le texte ne tranche pas (§4.11)]

Je la doterai (uverakhti / וּבֵרַכְתִּי) [barakh — doter de capacité fonctionnelle active. Déjà en *Genèse* 1:28. La dotation ici est la capacité de porter et d'enfanter malgré l'âge : YHWH dote en opérant dans la réalité ce que la logique naturelle déclare impossible] — et de toi aussi je lui donnerai un fils [« de toi aussi » — l'hébreu insiste sur l'origine : le fils viendra de Sarah, et non d'une shifchah comme Yishmaʿel (*Genèse* 16:1-4). Ce que le droit familial du Proche-Orient permettait de tenter, la berith ne le reprend pas à son compte]. Je la doterai et elle deviendra des goyim — des rois de peuples (melakhim ʿamim / מְלָכִים עַמִּים) [amim — les peuples. La promesse du v.6 est redite pour Sarah dans les mêmes mots : des goyim, des rois qui sortent. Ce n'est pas une bénédiction d'accompagnement donnée à l'épouse — c'est la même promesse, portée deux fois] sortiront d'elle."

ʾAvraham tomba sur sa face et rit (vayitschaq / וַיִּצְחַק) [vayitschaq — de tsachaq (צָחַק) : rire. Le texte ne tranche pas : est-ce le rire de l'incrédulité ou le rire de la joie ? L'ambiguïté est dans le verbe. Ce même verbe donnera son Shem à Yitschaq (v.19) : le rire d'ʾAvraham est programme avant même que la promesse soit nommée] — et formula en son lev (vayomer bilibbo / וַיֹּאמֶר בְּלִבּוֹ) [parole intérieure, non adressée à YHWH — la tension entre ce qui est dit au lev (v.17-18) et la réponse de ʾElohim (v.19) est lisible dans la structure du passage] : "À un centenaire (ben-meah shanah / בֶּן-מֵאָה שָׁנָה) [littéralement « fils de cent ans » : l'hébreu dit l'âge en filiation — on est le fils d'un nombre d'années. ʾAvraham se compte lui-même comme fils d'un âge à l'instant précis où on lui annonce un fils] naîtra-t-il ? Et Sarah, fille de quatre-vingt-dix ans (bat-tishʿim shanah / בַּת-תִּשְׁעִים שָׁנָה) [« fille de quatre-vingt-dix ans » — la même tournure pour Sarah. ʾAvraham pose les deux nombres l'un après l'autre : c'est sur eux que porte le rire, et il ne les énonce qu'en dedans], enfantera-t-elle ?"

ʾAvraham dit à ʾElohim : "Ah ! que vive Yishmaʿel (Yishmaʿel / יִשְׁמָעֵאל) [Yishmaʿel — yishmaʿ (יִשְׁמַע) : il entend + el (אֵל) — "ʾEl entend". Posé en *Genèse* 16:11. ʾAvraham demande que la promesse passe par l'enfant qui existe déjà] devant ta face [« devant ta face » — c'est la position même que le v.1 assignait à ʾAvraham : « chemine devant ma face ». Il ne demande pas que Yishmaʿel survive, il demande pour lui la place qu'on vient de lui donner à lui] !"

ʾElohim formula : "Cependant (ʾaval / אֲבָל) [aval — particule adversative forte : "non, mais". Non pas une négation de la dotation d'Yishmaʿel (v.20), mais la distinction de la ligne de la berith] — Sarah ta ʾishah t'enfantera un fils — tu appelleras son Shem Yitschaq (Yitschaq / יִצְחָק) [Yitschaq — de tsachaq (צָחַק) : rire — "il rira / il rit". Son Shem porte le rire d'ʾAvraham (v.17), anticipera le rire de Sarah (*Genèse* 18:12) et le rire de Sarah à sa naissance (*Genèse* 21:6). Le Shem est programme fonctionnel : le fils de l'impossible est celui dont le Shem est rire — non moquerie, mais éclat de ce que YHWH accomplit par-delà la logique]. J'établirai ma berith avec lui comme berith-olam — et avec sa descendance après lui.

Et pour Yishmaʿel — je t'ai entendu (shamaʿti / שָׁמַעְתִּי) [shamaʿti — de shamaʿ (שָׁמַע) : entendre. Écho délibéré du Shem : YHWH fait dans sa parole ce que le Shem de Yishmaʿel annonce — « ʾEl entend ». Le Shem posé en *Genèse* 16:11 se vérifie ici sur le fils lui-même] : voici, je l'ai doté — je le ferai fructifier et multiplier à l'extrême. Il engendrera douze princes (shenim-asar nesiyim / שְׁנֵים-עָשָׂר נְשִׂיאִים) [nesiyim — de nasa (נָשָׂא) : élever, porter — les chefs portés, les princes. Les douze princes d'Yishmaʿel font écho structurel aux douze fils de Yaakov — la multiplicité de la dotation divine hors de la ligne de la berith est pleine, non résiduelle] — et je ferai de lui un grand goy (goy gadol / גּוֹי גָּדוֹל) [goy gadol — la formule même de la promesse faite à ʾAvram en *Genèse* 12:2. Yishmaʿel reçoit les mots de la promesse ; la berith, elle, ira à Yitschaq (v.21). Le texte distingue les deux sans rien retirer au premier].

Mais ma berith [l'hébreu met la berith en tête de phrase, avant le verbe : c'est elle qu'on met en avant, et elle seule. Tout le reste — la fécondité, les douze princes, le grand goy — vient d'être accordé à Yishmaʿel au verset précédent], je l'établirai avec Yitschaq — que Sarah t'enfantera à ce temps fixé (lamoʿed hazeh / לַמּוֹעֵד הַזֶּה) [moʿed — le rendez-vous assigné dans l'ordre cosmique. Posé en *Genèse* 1:14 pour les luminaires. La naissance de Yitschaq est un moʿed : un événement dans le temps calendé par YHWH, non une irruption imprévisible] — l'année qui vient."

Il cessa de parler avec lui (vayekhal ledabber ʾito / וַיְכַל לְדַבֵּר אִתּוֹ) [vayekhal — piel de kalah (כָּלָה) : mener à plénitude, achever dans sa totalité (§3.1). Le même verbe qu'en *Genèse* 2:1-2, quand les shamayim et l'ʾeretz atteignent leur plénitude et qu'ʾElohim marque une cessation. La parole n'est pas interrompue : elle est achevée] — et ʾElohim monta (vayaʿal ʾelohim meʿal ʾavraham / וַיַּעַל אֱלֹהִים מֵעַל אַבְרָהָם) [alah : monter — même racine qu'ʾEl ʿElyon (elyon) et que l'ʿolah. Le retrait de la présence divine suit l'accomplissement de la parole : la berith a été formulée et posée, il n'y a rien à ajouter].

Ce jour-là même (beʿetsem hayom hazeh / בְּעֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה) [beʿetsem — de etsem (עֶצֶם) : os, solidité — "en ce jour dans sa solidité". Formule d'insistance sur l'immédiateté et la totalité de l'accomplissement : pas d'écart entre la parole et l'acte d'ʾAvraham], ʾAvraham prit Yishmaʿel son fils et tous ceux qui étaient nés dans sa maison et tous ceux qui avaient été achetés à prix d'argent — tout mâle parmi les ʾish (ʾanshei / אַנְשֵׁי) [anshei — pluriel construit d'ʾish : « les ʾish de la maison ». La maisonnée entière — les fils, les nés sous le toit, les achetés — reçoit le signe dans la même journée : personne n'est laissé hors de ce qui est inscrit] de la maison d'ʾAvraham — et il circoncit (vayamol / וַיָּמָל) [vayamol — de mul (מוּל), la racine de milah (v.10). ʾAvraham tient lui-même le couteau sur toute sa maison, et le texte ne dit rien de la douleur ni du nombre d'hommes : il énumère des catégories, non des corps] la chair de leur ʿorlah en ce jour-là même, comme ʾElohim lui avait formulé [formule d'exécution : le récit constate que la parole a été suivie sans écart, comme vayehi khen — « et il advint, et demeura conformément à ce qui avait été formulé » — clôt chaque jour de *Bereshit* 1. Entre le davar et l'acte, aucun intervalle].

ʾAvraham avait quatre-vingt-dix-neuf ans quand il circoncit la chair de son ʿorlah [le même âge qu'au v.1 : le chapitre s'ouvre et se ferme sur ce nombre. Entre les deux, une parole est venue et le geste a suivi — dans la même journée, sans qu'un anniversaire ait eu le temps de passer].

Et Yishmaʿel son fils avait treize ans quand la chair de son ʿorlah fut circoncise [treize ans — l'âge date le chapitre depuis *Bereshit* 16 : Yishmaʿel était né quand son père en avait quatre-vingt-six. Il reçoit le signe de la berith sans être celui avec qui elle est établie (v.21) : le signe et la ligne ne se recouvrent pas].

En ce jour-là même furent circoncis ʾAvraham et Yishmaʿel son fils [beʿetsem hayom hazeh — « en ce jour-là dans sa solidité » : la formule du v.23, où elle paraissait déjà deux fois, revient ici une troisième. Le récit martèle la date au lieu de la mentionner ; ce qu'il fixe n'est pas un fait mais un jour, celui d'où la maison se comptera désormais].

Et tous les ʾish (ʾanshei / אַנְשֵׁי) [les ʾish de la maison, une seconde fois (v.23). Le chapitre ne se ferme pas sur ʾAvraham mais sur eux : le signe a atteint jusqu'aux achetés et aux fils de l'étranger, que ni la naissance ni la promesse ne rattachaient à la lignée] de sa maison — les nés dans la maison et les achetés à prix d'argent à des fils de l'étranger — furent circoncis avec lui.