Bereshit 17
Bereshit 17:1-27
El Shaddai — la Berith Inscrite dans la Chair
Avram (Avram / אַבְרָם) [av (אָב) : père + ram (רָם) : élevé — "père élevé" ; premier shem avant la reformulation du v.5] avait quatre-vingt-dix-neuf ans. YHWH se laissa voir (vayera / וַיֵּרָא) [niphal de ra'ah — mode de la révélation aux patriarches : l'initiative appartient à YHWH, non à Avram. Déjà en Bereshit 12:7 et 15:1] par Avram et lui formula (vayomer elav / וַיֹּאמֶר אֵלָיו) : "Je suis El Shaddai (El Shaddai / אֵל שַׁדַּי) [El Shaddai — intraduisible. Étymologie débattue : de shadad (שָׁדַד) : être d'une puissance absolue ; ou de l'akkadien šadu : montagne — "El de la montagne" ; ou she-dai (שֶׁ-דַּי) : "Celui-qui-suffit". Ce nom divin accompagne les moments où YHWH accomplit l'impossible humain. Distinct d'Elohim (fonction cosmique), de YHWH (nom personnel), d'El Elyon (souveraineté cosmique) et d'El Roï (vision et présence). Premier emploi dans l'ONT] — chemine (hithalekh / הִתְהַלֵּךְ) [hithalekh — même verbe continu que pour Khanokh (Bereshit 5:22) et Noach (Bereshit 6:9) : marcher avec YHWH comme mode d'existence permanent, non comme acte ponctuel] devant ma face et sois intègre (tamim / תָּמִים) [tamim — entier, sans fissure interne. Cohérence avec Bereshit 6:9 — Noach était ish tsadiq, intègre (tamim) dans ses générations. Avram est appelé à la même intégrité structurelle : non pas perfection morale abstraite, mais non-division entre ce qu'il est et ce à quoi il est appelé].
Je poserai (ve'etnah / וְאֶתְּנָה) [forme cohortative : déclaration solennelle de ce qu'il va accomplir] ma berith entre moi et toi — et je te multiplierai à l'extrême (meod meod / מְאֹד מְאֹד).
Alors Avram tomba sur sa face (vayipol Avram al-panav / וַיִּפֹּל אַבְרָם עַל-פָּנָיו) [prostration totale — alignement corporel sur la reconnaissance de la souveraineté de YHWH] — et Elohim lui parla (vayedabber ito Elohim / וַיְדַבֵּר אִתּוֹ אֱלֹהִים) [vayedabber — piel de davar : parole de relation personnelle directe, adressée à quelqu'un. Distinct de vayomer (v.1) : ici la parole est de l'ordre de l'adresse et de la relation, non de la seule déclaration performative. Le passage de YHWH (v.1) à Elohim (v.3) dans le même récit : les deux noms désignent la même réalité sous deux angles — le personnel et le fonctionnel cosmique] en ces termes :
"Moi — voici, ma berith est avec toi. Tu seras père d'une multitude de goyim (av hamon goyim / אַב-הֲמוֹן גוֹיִם) [hamon (הָמוֹן) : multitude, foule grondante — non pas un nombre abstrait mais une multiplicité vivante. Goyim — intraduisible. De goy (גּוֹי) : le peuple-nation dans sa réalité territoriale, ethnique et politique constituée. Non pas "les nations" (abstraction) ni "les gentils" (catégorie religieuse tardive). La promesse déborde la lignée biologique d'Avram pour englober une multiplicité de communautés constituées].
Et ton shem ne sera plus appelé Avram — car ton shem sera Avraham (Avraham / אַבְרָהָם) [Avraham — av (אָב) : père + hamon (הָמוֹן) : multitude. Le shem reformulé porte la promesse : Avram ("père élevé") cède à Avraham ("père d'une multitude"). Ce n'est pas un changement administratif — c'est la reformulation de l'existence fonctionnelle dans l'ordre cosmique. Le shem dit désormais ce qu'il sera, non ce qu'il fut], car je t'ai posé père d'une multitude de goyim.
Je te ferai fructifier à l'extrême — je ferai de toi des goyim — des rois (melakhim / מְלָכִים) sortiront de toi.
J'établirai (vahaqimoti / וַהֲקִימֹתִי) [hiphil de qum : faire se tenir debout — même racine que les berith de Bereshit 6:18 et 9:9. La berith se tient (qum) par la parole de YHWH seul] ma berith entre moi et toi — et ta descendance (zera / זֶרַע) [zera — la semence, la lignée organique. Posé comme objet central de la promesse en Bereshit 12:7 et 15:18] après toi dans leurs générations — comme berith-olam (berith olam / בְּרִית עוֹלָם) [berith-olam — déjà posée en Bereshit 9:16 avec Noach. Olam : l'horizon temporel que le regard humain ne peut pas discerner (intraduisible — premier emploi en Bereshit 3:22). YHWH engage sa parole sans terme visible, sans condition formulée à l'autre] — pour être Elohim pour toi et pour ta descendance après toi [lihyot lekha l'Elohim (לִהְיוֹת לְךָ לֵאלֹהִים) — formule covenantale : YHWH s'engage fonctionnellement à être l'Elohim d'Avraham. Le nom fonctionnel cosmique devient ici l'objet d'un engagement de relation personnelle — la berith dite depuis l'intérieur du nom divin lui-même. Cette formule traversera tout le corpus : Shemot 6:7, Vayiqra 26:12, Yirmeyahu 31:33].
Je te donnerai, à toi et à ta descendance après toi, la Terre de tes séjours (eretz megureikhah / אֶרֶץ מְגוּרֶיךָ) [megureikhah — de gur (גּוּר) : séjourner sans posséder, habiter en étranger. Avraham séjourne en Kena'an sans en être le maître. La promesse donne comme possession future ce dans quoi il n'est encore qu'hôte] — tout le pays de Kena'an (kol eretz kena'an / כָּל-אֶרֶץ כְּנַעַן) — comme akhuzat-olam (akhuzat olam / אֲחֻזַּת עוֹלָם) [akhuzat-olam — possession dans l'olam. Akhuzah (אֲחֻזָּה) : la prise, le bien tenu en propre. La Terre devient possession portée jusqu'à l'horizon temporel que le regard humain ne peut pas discerner — non pas titre légal abstrait, mais ancrage qui s'étend au-delà du visible] — et je serai leur Elohim."
Elohim formula à Avraham : "Et toi — tu garderas (tishmor / תִּשְׁמֹר) [shamar (שָׁמַר) : garder, veiller sur — le verbe de la garde assignée. Même racine que la garde du Jardin en Bereshit 2:15. Avraham est appelé à tenir ce qui lui est confié comme on tient une garde] ma berith — toi et ta descendance après toi dans leurs générations.
Voici ma berith que vous garderez entre moi et vous, et ta descendance après toi — tout mâle (zakhar / זָכָר) [zakhar — le mâle ; mais la racine z-k-r signifie aussi "se souvenir, faire mémoire". Le mâle porte dans sa chair le signe de la mémoire de la berith] parmi vous sera soumis à la milah [milah (milah / מִילָה) — intraduisible. De mul (מוּל) : circoncire. L'acte par lequel le signe de la berith est incisé dans la chair. Non pas "circoncision" seul : milah est l'inscription corporelle permanente de l'appartenance à l'ordre de la berith. Premier emploi dans l'ONT].
Vous circoncirez la chair de votre orlah (basar arlatchem / בְּשַׂר עָרְלַתְכֶם) [orlah — intraduisible. De aral (עָרַל) : être couvert, non ouvert. La chair de l'orlah est le lieu où le signe de la berith sera inscrit. Mais le terme a une portée plus large : orlah du cœur (Devarim 10:16 — le cœur inattentif à YHWH), orlah des lèvres (Shemot 6:12 — Moïse qui dit ne pas savoir parler), orlah du fruit des trois premières années (Vayiqra 19:23 — ce qui couvre avant la consécration). L'orlah est ce qui couvre la fonction avant qu'elle soit ouverte. Premier emploi dans l'ONT] — ce sera pour signe (ot / אוֹת) [ot — signe fonctionnel déjà posé en Bereshit 9:12 pour l'arc dans la nuée. Le signe n'est pas ornemental — il opère dans l'ordre de la berith] de berith entre moi et vous.
Et à huit jours (ben-shemonat yamim / בֶּן-שְׁמֹנַת יָמִים) [huit — au-delà du cycle de sept qui est le cycle de plénitude de la création. Le huitième jour est le premier jour d'après la plénitude — celui qui inaugure ce qui vient après l'ordre accompli. La milah au huitième jour place l'inscription de la berith dans le registre de l'inauguration] — tout mâle sera soumis à la milah dans vos générations — qu'il soit né dans la maison ou acheté à prix d'argent (miqnat-keseph / מִקְנַת-כֶּסֶף) [l'esclave acquis, distinct de l'esclave né dans la maison. Les deux sont inclus dans le signe : la milah n'est pas réservée à la lignée biologique d'Avraham] de tout fils de l'étranger (ben nekhar / בֶּן-נֵכָר) [ben nekhar — fils d'un étranger, celui qui n'appartient pas à la maison par naissance. Inclus dans la berith par appartenance à la maison d'Avraham : le signe est domestique autant que biologique] qui n'est pas de ta descendance.
La milah sera pratiquée pour celui né dans ta maison et pour l'acheté à prix d'argent — et ma berith sera dans votre chair comme berith-olam.
Et le mâle incirconcis (arel / עָרֵל) [arel — de la même racine qu'orlah : celui qui a encore son orlah, dont la chair n'a pas reçu le signe de la berith] — qui n'aura pas circoncis la chair de son orlah — cette nefesh sera retranchée de son peuple (venichreta hanefesh hahi me'ammeha / וְנִכְרְתָה הַנֶּפֶשׁ הַהִוא מֵעַמֶּיהָ) [nikhreta — niphal de karat (כָּרַת) : couper, trancher. Être retranché du peuple (karet / כָּרֵת) est la sanction la plus grave du droit divin hébraïque : coupure de la chaîne de transmission, exclusion de la communauté de la berith. La nefesh retranchée perd sa place dans le système ordonné — non seulement socialement, mais fonctionnellement] — il a rompu (hefer / הֵפֵר) [hefer de parar (פָּרַר) : briser, invalider. La berith n'est pas rompue par YHWH — elle est rompue par celui qui refuse l'inscription. C'est l'homme qui se coupe lui-même de la berith en refusant son signe] ma berith.
Elohim formula à Avraham : "Sarai (Sarai / שָׂרַי) [Sarai — forme avec suffixe possessif -i : "ma princesse". Premier shem de celle qui deviendra Sarah] ta ishah — tu n'appelleras plus son shem Sarai, car Sarah est son shem (Sarah / שָׂרָה) [Sarah — sarah (שָׂרָה) : souveraine, celle qui gouverne — de sar (שַׂר) : chef, prince. Le shem passe du possessif particulier ("ma princesse") à l'universel souverain ("la souveraine"). Comme Avraham, Sarah reçoit un shem qui dit ce qu'elle est dans l'ordre de la berith — non plus dans la relation humaine seule mais dans le cosmos].
Je la doterai (uverakhti / וּבֵרַכְתִּי) [barakh — doter de capacité fonctionnelle active. Déjà en Bereshit 1:28. La dotation ici est la capacité de porter et d'enfanter malgré l'âge : YHWH dote en opérant dans la réalité ce que la logique naturelle déclare impossible] — et de toi aussi je lui donnerai un fils. Je la doterai et elle deviendra des goyim — des rois de peuples (melakhim amim / מְלָכִים עַמִּים) sortiront d'elle."
Avraham tomba sur sa face et rit (vayitshaq / וַיִּצְחַק) [vayitshaq — de tsachaq (צָחַק) : rire. Le texte ne tranche pas : est-ce le rire de l'incrédulité ou le rire de la joie ? L'ambiguïté est dans le verbe. Ce même verbe donnera son shem à Yitshaq (v.19) : le rire d'Avraham est programme avant même que la promesse soit nommée] — et formula en son cœur (vayomer bilibbo / וַיֹּאמֶר בְּלִבּוֹ) [parole intérieure, non adressée à YHWH — la tension entre ce qui est dit au cœur (v.17-18) et la réponse de Elohim (v.19) est lisible dans la structure du passage] : "À un centenaire (ben-meah shanah / בֶּן-מֵאָה שָׁנָה) naîtra-t-il ? Et Sarah, fille de quatre-vingt-dix ans (bat-tish'im shanah / בַּת-תִּשְׁעִים שָׁנָה), enfantera-t-elle ?"
Avraham dit à Elohim : "Ah ! que vive Ishma'el (Yishma'el / יִשְׁמָעֵאל) [Ishma'el — yishma' (יִשְׁמַע) : il entend + el (אֵל) — "El entend". Posé en Bereshit 16:11. Avraham demande que la promesse passe par l'enfant qui existe déjà] devant ta face !"
Elohim formula : "Cependant (aval / אֲבָל) [aval — particule adversative forte : "non, mais". Non pas une négation de la dotation d'Ishma'el (v.20), mais la distinction de la ligne de la berith] — Sarah ta ishah t'enfantera un fils — tu appelleras son shem Yitshaq (Yitshaq / יִצְחָק) [Yitshaq — de tsachaq (צָחַק) : rire — "il rira / il rit". Son shem porte le rire d'Avraham (v.17), anticipera le rire de Sarah (Bereshit 18:12) et le rire de Sarah à sa naissance (Bereshit 21:6). Le shem est programme fonctionnel : le fils de l'impossible est celui dont le shem est rire — non moquerie, mais éclat de ce que YHWH accomplit par-delà la logique]. J'établirai ma berith avec lui comme berith-olam — et avec sa descendance après lui.
Et pour Ishma'el — je t'ai entendu (shama'ti / שָׁמַעְתִּי) [écho délibéré du shem : YHWH accomplit dans sa parole ce que le shem d'Ishma'el annonce — "El entend"] : voici, je l'ai doté — je le ferai fructifier et multiplier à l'extrême. Il engendrera douze princes (shenim-asar nesiyim / שְׁנֵים-עָשָׂר נְשִׂיאִים) [nesiyim — de nasa (נָשָׂא) : élever, porter — les chefs portés, les princes. Les douze princes d'Ishma'el font écho structurel aux douze fils de Yaakov — la multiplicité de la dotation divine hors de la ligne de la berith est pleine, non résiduelle] — et je ferai de lui un grand goy (goy gadol / גּוֹי גָּדוֹל).
Mais ma berith, je l'établirai avec Yitshaq — que Sarah t'enfantera à ce temps fixé (lamo'ed hazeh / לַמּוֹעֵד הַזֶּה) [mo'ed — le rendez-vous assigné dans l'ordre cosmique. Posé en Bereshit 1:14 pour les luminaires. La naissance de Yitshaq est un mo'ed : un événement dans le temps calendé par YHWH, non une irruption imprévisible] — l'année qui vient."
Il cessa de parler avec lui (vayekhal ledabber ito / וַיְכַל לְדַבֵּר אִתּוֹ) — et Elohim monta (vaya'al elohim me'al avraham / וַיַּעַל אֱלֹהִים מֵעַל אַבְרָהָם) [alah : monter — même racine qu'El Elyon (elyon) et que l'olah. Le retrait de la présence divine suit l'accomplissement de la parole : la berith a été formulée et posée, il n'y a rien à ajouter].
Ce jour-là même (be'etsem hayom hazeh / בְּעֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה) [be'etsem — de etsem (עֶצֶם) : os, solidité — "en ce jour dans sa solidité". Formule d'insistance sur l'immédiateté et la totalité de l'accomplissement : pas d'écart entre la parole et l'acte d'Avraham], Avraham prit Ishma'el son fils et tous ceux qui étaient nés dans sa maison et tous ceux qui avaient été achetés à prix d'argent — tout mâle parmi les ish (anshei / אַנְשֵׁי) de la maison d'Avraham — et il circoncit (vayamol / וַיָּמָל) la chair de leur orlah en ce jour-là même, comme Elohim lui avait formulé.
Avraham avait quatre-vingt-dix-neuf ans quand il circoncit la chair de son orlah.
Et Ishma'el son fils avait treize ans quand la chair de son orlah fut circoncise.
En ce jour-là même furent circoncis Avraham et Ishma'el son fils.
Et tous les ish (anshei / אַנְשֵׁי) de sa maison — les nés dans la maison et les achetés à prix d'argent à des fils de l'étranger — furent circoncis avec lui.