La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

ʾEl Roï

אֵל רֳאִי

El Roï

Prononciation

El Roï — 2 mots, chacun accentué sur sa dernière syllabe, qui est la règle générale (§2.12).

Une servante égyptienne, enceinte, en fuite. Sa maîtresse l'a maltraitée, elle a pris la route du désert, et elle n'a nulle part où aller — retourner en Mitsrayim est impossible, rester ici l'est aussi. Elle s'arrête près d'une source, sur le chemin de Shur. Elle n'a ni statut, ni protection, ni recours : dans le droit de ce monde-là, elle est un bien.

C'est à elle que le malʾakh de YHWH parle, et c'est elle qui nommera ʾEl Roï (ʾEl Roï / אֵל רֳאִי). Pas à Avram, qui a la promesse. Pas à Saraï, qui a la maison. À Hagar, dans le désert.

Et c'est elle qui fait alors une chose que personne d'autre ne fait dans toute la Bible hébraïque : elle donne un nom à YHWH. Tu es El Roï — ʾEl qui me voit. Aucun patriarche n'a fait cela, aucun naviʾ, aucun roi. Le seul nom divin donné par un être humain vient d'une esclave étrangère au bord d'un puits.

Le nom dit exactement ce qu'il fallait dire. Non pas « le Tout-Puissant », ni « le Dieu qui sauve », ni aucun attribut de majesté : celui qui me voit. Ce que réclame quelqu'un que le droit ne compte pas, ce n'est pas la puissance — c'est d'être vu. Et sa phrase suivante le confirme, avec cette hésitation que le texte garde telle quelle : ai-je vraiment vu ici celui qui me voit ?

Le puits, ensuite, s'appelle Beer-Lachaï-Roï — le puits du Vivant qui me voit. Le Shem reste sur le lieu. Ce qui s'est passé là est inscrit dans la géographie, et des générations passeront devant en sachant pourquoi il s'appelle ainsi.

Il faut mesurer le geste, parce que le corpus ne le commente pas. Dans un récit qui suit une lignée d'élus, la seule personne autorisée à nommer YHWH est celle qui n'a rien : ni terre, ni lignée, ni promesse. Rien n'indique qu'elle ait le droit de le faire. Elle le fait, et le texte l'enregistre.

Source

410 + 7210 · אֵל רֳאִי

Dans le corpus

8 occurrences