La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

Shem

שֵׁם

Shem

Formes : Shem, Shemot, shem

Prononciation

SHEM — une syllabe.

Le sh est un shin : c'est le « ch » de « chat » — dans l'ONT, c'est sh qui porte ce son, jamais ch.

Le grand poème babylonien de la création s'ouvre ainsi : lorsque, en haut, le ciel n'était pas encore nommé, et qu'en bas la terre ferme ne portait pas de nom. Un lecteur d'aujourd'hui y voit une formule poétique pour dire « au commencement ». Le scribe qui l'écrivait disait autre chose, et très exactement : rien n'existait, parce que rien n'était nommé.

C'est le monde dans lequel le corpus hébreu est écrit, et il faut y entrer pour lire ce mot. Un Shem (Shem / שֵׁם) n'est pas une étiquette collée sur une chose déjà là. C'est ce qui fait qu'elle est là — sa place assignée, son office, son entrée dans l'ordre.

Regarde alors la première page autrement. ʾElohim sépare la lumière de l'obscurité, puis il appelle la lumière jour et l'obscurité nuit. Ce second geste n'est pas une commodité de vocabulaire : c'est l'achèvement du premier. Séparer trace la frontière ; nommer installe ce qu'elle délimite dans son emploi.

Et regarde ce qu'on donne à faire à l'homme, aussitôt façonné. YHWH ʾElohim fait défiler devant lui les Nefesh vivants pour voir comment il les appellerait, et tout ce que l'adam appela, c'est son Shem. Ce n'est pas un jeu de vocabulaire confié à un enfant. C'est le premier acte de gouvernement du tselem : assigner à chaque être sa place dans le monde dont il a la charge.

De là, tout le corpus devient lisible. Changer le Shem de quelqu'un, ce n'est pas lui trouver un surnom : Avram devient Avraham au moment où sa fonction change, et il n'y a rien de plus à dire — le nom est la fonction. Un homme sans Shem n'est pas un anonyme, c'est quelqu'un que l'ordre ne porte pas. Et quand les bâtisseurs de la tour disent faisons-nous un Shem, ils n'annoncent pas qu'ils veulent la gloire : ils annoncent qu'ils vont s'assigner eux-mêmes leur place, sans la recevoir. C'est toute leur faute, et elle tient en trois mots.

Le mot désigne aussi, par extension, ce que le renom porte au loin. Les gibborim d'avant les eaux sont anshei ha-shem, « les hommes du Shem » : leur nom court, et rien derrière — un Shem de démesure, non d'ordre. La distinction est fine et le corpus la tient partout.

Un dernier point, qui explique une bizarrerie de la traduction. Le même mot sert de nom propre à l'un des fils de Noach. La casse ne les sépare pas en hébreu, et le corpus ONT mêle les deux sens sur 213 occurrences : c'est pourquoi le balisage de ce mot-là reste un arbitrage verset par verset, réservé à l'auteur, au lieu d'être posé en masse par une machine.

Source

8034 · שֵׁם

Dans le corpus

296 occurrences