La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

ʾElohim

אֱלֹהִים

Elohim

Formes : ʾElohim, ʾelohim

Prononciation

E-lo-HIM — trois syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).

Le h est un he : un vrai souffle, comme le h de l'anglais house. Il se prononce — il n'est pas muet comme en français.

Imagine qu'on te fasse visiter un bâtiment vide. Les murs sont montés, les salles distribuées, tout est propre — et rien ne fonctionne : aucune porte n'a de clé, personne n'a de bureau, on ne sait pas ce qui se décide où. Pour un homme du Proche-Orient ancien, ce bâtiment n'existe pas encore. Il est là, il n'est rien. Il commencera d'exister le jour où chaque pièce aura un office et chaque office quelqu'un pour le tenir.

Garde cette image : c'est avec elle qu'on peut lire la première page.

Elle ne raconte pas la fabrication d'une matière. Aucune matière première n'y est jamais mentionnée — pas une fois, et personne dans le texte ne s'en étonne, parce que la question « d'où vient l'étoffe du monde » est une question grecque posée mille ans plus tard. Ce que fait Elohim (ʾElohim / אֱלֹהִים) est autre chose : il sépare, il délimite, il nomme, il assigne. Le premier jour ne fabrique pas de la lumière : il institue l'alternance du jour et de la nuit, c'est-à-dire le temps. Le verbe dont Elohim est le sujet exclusif, baraʾ, ne veut pas dire produire — il veut dire inaugurer dans l'existence fonctionnelle, comme on ouvre un bâtiment en distribuant ses clés.

Et à chaque étape, la même formule tombe : Elohim examina, et tov. Ni « c'était beau » ni « c'était bien » — cela tient son office. Un outil est tov quand il coupe.

Suis alors le récit jusqu'à son septième jour, et regarde ce qui s'y passe. On a délimité les domaines, installé les luminaires qui règlent les temps, peuplé chaque domaine de ce qui l'habite, placé l'image du souverain au centre — puis Elohim cesse et prend résidence. Dans tout le Proche-Orient ancien, un dieu qui se repose dans un temple ne se délasse pas d'un effort : il vient y siéger et gouverner. Ce n'est pas un jour de sieste, c'est un jour d'intronisation. Et le bâtiment qu'on visitait n'était pas une usine : c'était un Temple, et il vient d'entrer en service.

Reste la forme du mot, qui déroute. Elohim est un pluriel — la terminaison -im est celle de mayim, les eaux, de shamayim, les cieux. Pourtant les verbes qu'il gouverne sont au singulier : Elohim bara, « il orchestra », jamais « ils orchestrèrent ». L'hébreu ne s'en explique nulle part et ne s'en trouble jamais : la langue dispose d'un pluriel qui dit la plénitude et non le nombre, la totalité d'une puissance tenue par un seul. Y lire un reste de polythéisme mal effacé, ou une trinité annoncée, c'est poser sur le texte deux questions qu'il n'a pas.

Au chapitre suivant, un second nom paraît, accolé au premier : YHWH Elohim. L'architecte qui ordonnait le cosmos entier se met à pétrir le sol de ses mains, à souffler dans des narines, à planter un jardin et à s'y promener à la brise du jour. Un seul et même Elohim, dans ses deux dimensions — l'universel et le proche.

Une dernière chose, et elle te concerne. Dans ce Temple, l'être humain est déclaré tselem d'Elohim : la statue qu'un roi antique dressait dans une province lointaine pour y signifier sa présence et son autorité. Ce qui te sépare de l'animal n'est donc pas une âme — cette catégorie n'existe pas ici — mais une charge. Tu es le représentant en poste, dans le sanctuaire dont tu as la garde.

Source

430 · אֱלֹהִים

Dans le corpus

405 occurrences