La Bible ONT — מקרא הקדם

Bereshit 3

Bereshit 3

La proposition du serpent

Or le serpent (hanachash / הַנָּחָשׁ) [le nachash est une créature parmi les créatures — classé parmi les bêtes sauvages des champs (chayat hassadeh). Aucune identification à une puissance démoniaque dans le texte hébreu lui-même : ce qui suit est la proposition d'une créature habile, pas l'irruption d'un être surnaturel extérieur. Bereshit 3 commence là où Bereshit 2 s'est close : dans le Jardin, avec les créatures que YHWH Elohim avait façonnées] était le plus habile (arum / עָרוּם) [arum — la capacité à naviguer dans l'ordre, à percevoir les relations entre les choses et à en tirer parti. Non pas "rusé" au sens moralement péjoratif — dans Mishlei, arum est souvent une vertu. Mais le même mot qui qualifie le serpent est l'écho délibéré de arumim (nus) au verset 21 de Bereshit 2 : le texte construit ce jeu de mots. L'habilité de la créature mènera à la nudité des humains] de toutes les bêtes sauvages des champs (chayat hassadeh / חַיַּת הַשָּׂדֶה) que YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) avait façonnées.

Il dit à l'ishah (ishah / אִשָּׁה) :
« Elohim (Elohim / אֱלֹהִים) a-t-il vraiment dit (af ki amar / אַף כִּי אָמַר) [formule qui introduit le doute par distorsion — non une question sincère. Le serpent reformule l'instruction en deux sens : il supprime "YHWH" du nom divin (effaçant la dimension relationnelle et personnelle de l'instruction) et il généralise l'interdit ("aucun arbre") là où YHWH Elohim avait accordé tous les arbres sauf un. La parole divine est soumise à un examen depuis l'extérieur] : "Vous ne mangerez d'aucun arbre du Jardin" ? »

L'ishah (ishah / אִשָּׁה) dit au serpent :
« Des fruits des arbres du Jardin nous pouvons manger.

Mais du fruit de l'arbre qui est au milieu du Jardin, Elohim a dit : "Vous n'en mangerez pas et vous n'y toucherez pas (velo tigge'u bo / וְלֹא תִגְּעוּ בוֹ) [ajout non présent dans l'instruction originale de YHWH Elohim au verset 12 de Bereshit 2, qui ne mentionnait que ne pas manger. La femme resserre l'interdit au-delà de ce qui a été dit. Ce durcissement autonome de la parole divine peut indiquer une distance déjà installée par rapport à l'instruction originale — le terrain est préparé], de peur que vous ne mouriez (pen temutun / פֶּן-תְּמֻתוּן) [atténuation par rapport à l'original — YHWH Elohim avait dit mot tamut : mourant, tu mourras. La femme rend l'issue conditionnelle et incertaine : "de peur que vous ne mouriez" — la mort n'est plus une irréversibilité inscrite dans l'acte mais une éventualité à éviter]." »

Le serpent dit à l'ishah (ishah / אִשָּׁה) :
« Mourants, vous ne mourrez pas (lo mot temutun / לֹא מוֹת תְּמֻתוּן) [inversion exacte de l'infinitif absolu de YHWH Elohim — mot tamut devient lo mot temutun. La même structure grammaticale qui exprimait l'irréversibilité de la mort est retournée pour affirmer l'irréversibilité de la survie. Le serpent oppose une contre-parole de même puissance formelle à la parole divine — une parole performative contre une parole performative].

Car Elohim sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront (venifqechu eineikhem / וְנִפְקְחוּ עֵינֵיכֶם), et vous serez comme Elohim (kelohim / כֵּאלֹהִים) [la proposition centrale : accéder à la posture d'Elohim — non pas en substance, mais dans la fonction de juge souverain. Non plus recevoir l'ordre de YHWH Elohim depuis l'intérieur, mais se placer au-dessus de cet ordre pour l'évaluer de façon autonome], connaissants (yod'ei / יֹדְעֵי) [participe actif — non pas un savoir reçu ponctuellement, mais une position permanente : ceux-qui-connaissent. Devenir connaissant de tov vara : adopter la structure binaire comme mode d'être stable et autonome] ce qui est tov et ce qui est ra (tov vara / טוֹב וָרָע) [tov et ra déjà posés en Bereshit 2 — mais ici configurés comme les deux pôles d'un jugement exercé de façon autonome, hors de l'ordre de YHWH Elohim. Non plus tov comme plénitude dans la participation à l'ordre — mais tov et ra comme catégories que l'on juge soi-même depuis une position surplombante] ».

L'acte et ses suites immédiates

L'ishah (ishah / אִשָּׁה) vit (vatere / וַתֵּרֶא) [vayar — le regard évaluateur d'Elohim dans Bereshit 1 : examiner pour constater si c'est tov. Ici la femme exerce ce regard souverain. Le regard que seul YHWH Elohim exerçait sur son œuvre est maintenant exercé par la créature sur le monde] que l'arbre était tov pour la nourriture (tov lema'akhal / טוֹב לְמַאֲכָל), et qu'il était désirable à voir (taavah hu leinayim / תַּאֲוָה הוּא לָעֵינַיִם) [taavah — le désir ardent qui oriente tout l'être vers son objet], et que l'arbre était à désirer pour rendre habile (nechmad ha'etz lehashkil / וְנֶחְמָד הָעֵץ לְהַשְׂכִּיל) [lehashkil — de sekhel : discernement, capacité de jugement autonome. Trois regards successifs — fonctionnel, esthétique, cognitif — qui mènent à l'acte. L'arbre est désiré pour la posture qu'il procurera : se placer comme juge de l'ordre].

Elle prit (vatiqach / וַתִּקַּח) de son fruit et en mangea (vatokhal / וַתֹּאכַל), et elle en donna aussi (vatiten gam / וַתִּתֵּן גַּם) à son ish (ish / אִישׁ) avec elle, et il mangea (vayokhal / וַיֹּאכַל) [immah — avec elle. L'ish était là, présent, silencieux. Il ne dialogue pas, ne questionne pas — il reçoit et mange. Il ne sera pas trompé comme l'ishah l'avait été : il choisit en pleine conscience de la situation].

Les yeux de tous deux s'ouvrirent (vatipaqachna einei shenehem / וַתִּפָּקַחְנָה עֵינֵי שְׁנֵיהֶם) [l'ouverture des yeux est accomplie — exactement ce que le serpent avait promis. Mais ce que ce regard nouvellement autonome perçoit en premier n'est pas la grandeur d'Elohim : c'est leur propre nudité. Le premier acte du regard souverain est de se juger soi-même comme inadéquat] et ils surent (vayede'u / וַיֵּדְעוּ) qu'ils étaient nus (eyrumim / עֵירֻמִּים) [eyrumim — même racine que arum (habile) au verset 1 : le jeu de mots se referme. L'habilité du serpent a conduit à la nudité des humains. Mais cette nudité n'est plus l'intégrité fonctionnelle du verset 21 de Bereshit 2 — c'est la conscience de l'inadéquation : le regard posé sur soi-même comme objet insuffisant, jaugé et trouvé en défaut], et ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes (chagorot / חֲגֹרֹת) [première fabrication humaine après la rupture — non pour habiter le Jardin ou servir YHWH Elohim, mais pour se couvrir de soi-même. Le mandat de gardien du Temple-Jardin se retourne en dissimulation de sa propre existence].

La confrontation

Ils entendirent (vayishme'u / וַיִּשְׁמְעוּ) le son (qol / קוֹל) [qol — voix, son : la présence de YHWH Elohim se fait entendre avant d'être vue. Elle enveloppe avant de confronter] de YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) qui marchait dans le Jardin à la Ruach du jour (leruach hayom / לְרוּחַ הַיּוֹם) [Ruach encore — la brise de fin de journée, le souffle du soir. La même Ruach qui couvait sur les eaux à l'ouverture de Bereshit 1 cadre maintenant la première rencontre après la rupture. La présence de YHWH Elohim dans le Jardin était ordinaire — c'est l'absence des humains qui est anormale], et l'Être façonné du sol (adam / אָדָם) et sa ishah (ishah / אִשָּׁה) se cachèrent (vayitchabe / וַיִּתְחַבֵּא) [première dissimulation dans la Bible — l'être façonné pour être face à YHWH Elohim (panim) se dérobe à ce face-à-face. La rupture fonctionnelle se manifeste d'abord comme fuite du regard divin] du face-à-face (mippnei / מִפְּנֵי) de YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) parmi les arbres du Jardin.

YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) appela (vayiqra / וַיִּקְרָא) l'Être façonné du sol (adam / אָדָם) et lui dit :
« Où es-tu (ayekha / אַיֶּכָּה) [question performative — non pas informationnelle. YHWH Elohim sait où est l'adam. La question invite l'adam à se situer lui-même : où es-tu par rapport à ta fonction, ta place, ton mandat dans l'ordre cosmique ? Une convocation à la conscience de soi dans la rupture] ? »

Il dit :
« J'ai entendu ton son dans le Jardin et j'ai eu peur (vira / וָאִירָא) [yare — première peur dans toute la Bible. Non pas la crainte révérencielle qui fonde la relation avec YHWH Elohim — mais la peur comme fuite, conscience d'être exposé à un regard qu'on ne peut plus soutenir], car j'étais nu (erom / עֵירֹם), et je me suis caché. »

Il dit :
« Qui t'a indiqué (mi higid lekha / מִי הִגִּיד לְךָ) que tu étais nu ? As-tu mangé de l'arbre dont je t'avais instruit (tsivitikha / צִוִּיתִיךָ) de ne pas manger ? »

L'Être façonné du sol (adam / אָדָם) dit :
« L'ishah (ishah / אִשָּׁה) que tu as placée avec moi (asher natata imadi / אֲשֶׁר נָתַתָּה עִמָּדִי) [l'adam renvoie la responsabilité vers l'ishah — et indirectement vers YHWH Elohim lui-même qui l'a placée avec lui. La même formule natan (placer, installer) de la dotation devient ici l'instrument du désaveu. Celui qui avait dit "os de mes os, chair de ma chair" retourne contre l'ishah le lien même qui les unissait] — c'est elle qui m'a donné du fruit de l'arbre, et j'en ai mangé. »

YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) dit à l'ishah (ishah / אִשָּׁה) :
« Qu'as-tu fait (mah zot asit / מַה-זֹּאת עָשִׂית) ? »
L'ishah (ishah / אִשָּׁה) dit :
« Le serpent m'a induite (hishi'ani / הִשִּׁיאַנִי) [nasha — tromper, induire en erreur par séduction. L'ishah renvoie à son tour la responsabilité vers le serpent. La chaîne de désaveu est complète : l'adam renvoie à l'ishah, l'ishah renvoie au serpent. Chacun reste dans la logique binaire nouvellement acquise — juge des autres, jamais de soi-même] et j'en ai mangé. »

Les réorganisations fonctionnelles

YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) dit au serpent :
« Parce que tu as fait cela — frappé de dysfonctionnement (arur / אָרוּר) [arur — l'opposé exact de barakh (doter) : là où barakh transmettait une capacité fonctionnelle active, arur en dépouille et réoriente l'existence vers le dysfonctionnement. Non pas une malédiction magique — une réorganisation fonctionnelle. Le serpent n'est pas anéanti : il est réassigné à une existence réduite, hors de la dotation originelle] seras-tu parmi tous les grands quadrupèdes et parmi toutes les bêtes sauvages des champs — sur ton ventre tu marcheras et de la poussière tu te nourriras tous les jours de ta vie.

Et j'établis une inimitié (veivah / וְאֵיבָה) [inimitié structurelle inscrite dans l'ordre par YHWH Elohim — non pas un sentiment passager mais une opposition fonctionnelle permanente entre deux lignées] entre toi et l'ishah (ishah / אִשָּׁה), entre ta descendance (zarakha / זַרְעֲךָ) et sa descendance (zarah / זַרְעָהּ) — celle-ci te visera la tête (yeshuphkha rosh / יְשׁוּפְךָ רֹאשׁ) et toi tu lui viseras le talon (yeshuphu aqev / תְּשׁוּפֶנּוּ עָקֵב) [shuph — même verbe pour les deux actions : écraser, viser. L'opposition est symétrique dans sa forme, asymétrique dans son issue : la tête contre le talon. La blessure à la tête est fatale ; la blessure au talon ne l'est pas nécessairement] ».

À l'ishah (ishah / אִשָּׁה) il dit :
« J'augmenterai grandement (harbeh arbeh / הַרְבָּה אַרְבֶּה) [infinitif absolu — l'augmentation est certaine et complète, comme mot tamut exprimait l'irréversibilité de la mort] ta douleur (itsvonekh / עִצְּבוֹנֵךְ) et ta gestation (heronekh / הֵרֹנֵךְ) [heron — la grossesse dans sa durée et son processus. La douleur et la gestation sont liées : c'est l'ensemble du processus de génération qui est désormais traversé de douleur] — dans la douleur (beetsev / בְּעֶצֶב) tu enfanteras.

Et vers ton ish (ish / אִישׁ) sera ton aspiration (teshuqatekh / תְּשׁוּקָתֵךְ) [teshuqah — terme rare : le désir profond, l'orientation de tout l'être vers. Non pas la soumission forcée — l'élan vital qui attire vers. L'ishah sera orientée vers l'ish, mais dans un rapport désormais asymétrique], et lui exercera une domination sur toi (vehu yimshol-bakh / וְהוּא יִמְשָׁל-בָּךְ) [mashal — le même verbe de gouvernance fonctionnelle des luminaires sur le temps en Bereshit 1. Mais ici appliqué à la relation entre l'ish et l'ishah : ce qui était réciprocité et correspondance fonctionnelle devient asymétrie de gouvernance. Non pas un mandat donné par Elohim — une réorganisation fonctionnelle consécutive à la rupture] ».

Et à l'Être façonné du sol (adam / אָדָם) il dit :
« Parce que tu as écouté (shamata / שָׁמַעְתָּ) [shama — écouter, obéir. L'adam a écouté la voix de sa ishah plus que l'instruction de YHWH Elohim. L'ordre d'écoute est inversé : la parole relationnelle de la créature a pris le pas sur la parole constitutive du Créateur] la voix de ta ishah (ishah / אִשָּׁה) et que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais instruit : "Tu n'en mangeras pas" —

Frappé de dysfonctionnement (arur / אָרוּר) sera le sol concret (ha'adamah / הָאֲדָמָה) [c'est l'adamah qui est arur — non pas l'adam lui-même. Le sol dont l'adam est issu et qu'il était mandaté à servir (avad) est atteint dans sa fonctionnalité. La réorganisation frappe le domaine, pas seulement celui qui en avait la charge] à cause de toi (ba'avurekha / בַּעֲבוּרֶךָ) — dans la douleur (beitsavon / בְּעִצָּבוֹן) [même itsavon que pour la femme — la douleur est symétrique entre l'homme et la femme, dans des domaines distincts : la génération pour elle, le travail du sol pour lui] tu te nourriras de lui tous les jours de ta vie.

Des épines (qots / קוֹץ) et des ronces (dardar / דַּרְדַּר) [végétation non fonctionnelle du point de vue de la sustentation humaine — ce que la Terre produira désormais de façon non ordonnée. Le mandat de Bereshit 1 — la Terre faisant germer de la végétation nourricière — est perturbé depuis l'intérieur] il fera germer pour toi, et tu mangeras les plantes des champs (esev hassadeh / עֵשֶׂב הַשָּׂדֶה) [non plus les fruits des arbres du Jardin accordés généreusement — les plantes des champs qui nécessitent le travail, la culture, l'arrachement à la terre].

À la sueur de tes narines (bezeat appekha / בְּזֵעַת אַפֶּיךָ) [appekha — tes narines, non ton front. Là où YHWH Elohim avait soufflé la Neshamah dans les narines de l'adam (Bereshit 2, verset 4), c'est maintenant la sueur qui en sort : l'effort épuisant remplace le souffle vital reçu. La même racine anatomique — les narines — marque le commencement de la vie et son labeur] tu mangeras du pain jusqu'à ton retour vers le sol concret (ad-shuvekha el-ha'adamah / עַד שׁוּבְךָ אֶל-הָאֲדָמָה) [shav — retour. L'adam vient de l'adamah et retourne à l'adamah — la même racine qui les liait depuis le début. Ce retour était inscrit dans son identité. Mais ce qui devait être mandat et appartenance devient horizon de mort], car c'est de là que tu as été pris — car tu es poussière (afar / עָפָר) [même afar du verset 4 de Bereshit 2 : la poudre, la terre la plus humble, dans laquelle le potier avait plongé les mains] et vers la poussière tu retourneras (el-afar tashuv / וְאֶל-עָפָר תָּשׁוּב) ».

Chavah et les enveloppes de peau

L'Être façonné du sol (adam / אָדָם) nomma (vayiqra / וַיִּקְרָא) sa ishah (ishah / אִשָּׁה) : Chavah (chavah / חַוָּה) [Chavah — de la racine chayah : vivre. L'ishah est nommée depuis sa fonction : mère de tout vivant. Non pas "Ève" — Chavah, le nom hébreu, porte en lui la vitalité dans sa racine même. Et cet acte de nomination est remarquable : l'adam exerce encore son mandat de représentant fonctionnel — il nomme depuis l'intérieur de la rupture. Nommer sa ishah "Vie" alors que la mort vient d'être prononcée est un acte de foi fonctionnelle dans l'ordre de YHWH Elohim], car elle est la mère de tout vivant (em kol chai / אֵם כָּל-חָי).

YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) fit (vaya'as / וַיַּעַשׂ) pour l'Être façonné du sol (adam / אָדָם) et pour sa ishah (ishah / אִשָּׁה) des enveloppes de peau (kotnot or / כָּתְנוֹת עוֹר) [or — la peau d'un animal, sa dépouille. Ce que le lecteur hébreu entend sans que le texte le dise : que cela suppose la mort d'une créature. L'adam et Chavah s'étaient couverts de feuilles de figuier (chagorot — simples pagnes végétaux, verset 7). YHWH Elohim leur fait des enveloppes de peau — une nouvelle condition d'existence entourée de l'extérieur. Le texte note ce geste sans le commenter davantage] et les en revêtit (vayalbishem / וַיַּלְבִּשֵׁם).

L'expulsion du Jardin

YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) formula (vayomer / וַיֹּאמֶר) [discours adressé au Conseil Divin — comme au verset 26 de Bereshit 1 : le pluriel délibératif. La création de l'être humain avait été une délibération souveraine ; son expulsion aussi] :
« Voilà que l'adam (adam / אָדָם) est devenu comme l'un de nous (ke'achad mimenu / כְּאַחַד מִמֶּנּוּ) [ce que le serpent avait promis s'est réalisé — dans un sens. YHWH Elohim ne le nie pas. Mais ce constat n'est pas une célébration : c'est la reconnaissance d'un état désormais irréversible. L'adam connaît tov vara — il a adopté la posture du juge. Ce qui est en jeu maintenant est que cette posture ne devienne pas permanente dans le Jardin], pour connaître ce qui est tov et ce qui est ra (tov vara / טוֹב וָרָע). Et maintenant, de peur qu'il n'étende la main et ne prenne aussi de l'arbre de la Vie (etz hachayim / עֵץ הַחַיִּים) et n'en mange et ne vive le'olam (vechai le'olam / וָחַי לְעֹלָם) [olam — intraduisible. De la racine "ce qui est caché, dissimulé" : la limite temporelle que le regard humain ne peut pas discerner — l'horizon qui se dérobe. Non pas l'éternité abstraite des Grecs (aeternitas) ni l'intemporel philosophique : ce qui s'étend au-delà du visible. Le'olam = vers/jusqu'à l'olam — vers l'horizon que nul ne voit. L'accès à la Vie fonctionnelle permanente ne peut être cumulé avec la posture du juge autonome : un être qui s'est placé au-dessus de l'ordre de YHWH Elohim et qui vivrait le'olam dans cet état serait une dysfonction cosmique irréversible. L'expulsion est un acte de miséricorde structurelle] »... [la phrase divine demeure suspendue — le texte hébreu lui-même s'interrompt avant d'être achevé. YHWH Elohim n'énonce pas jusqu'au bout l'issue de sa propre délibération : l'acte lui-même (l'expulsion) est la conclusion non formulée].

YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) le renvoya (vayeshalchehu / וַיְשַׁלְּחֵהוּ) du Jardin d'Eden (gan eden / גַּן-עֵדֶן) [Eden — région d'abondance et de délice — nom propre d'un territoire réel, ancré dans la géographie proche-orientale] pour travailler (la'avod / לַעֲבֹד) [avad — le même verbe sacerdotal du mandat de Bereshit 2 : servir. Ce qui était servir le Jardin-Temple comme kohen devient travailler le sol concret dans la douleur. La fonction demeure dans son nom — son contexte est irrémédiablement transformé] le sol concret (ha'adamah / הָאֲדָמָה) dont il avait été pris.

Il chassa (vayegaresh / וַיְגָרֶשׁ) [garesh — expulser avec force, définitivement. Non plus le simple renvoi du verset précédent — une expulsion qui ferme la porte] l'Être façonné du sol (adam / אָדָם), et il établit sa demeure (vayashken / וַיַּשְׁכֵּן) [shakan — résider, établir sa présence permanente. Même racine que la Shekinah — la présence résidente de YHWH. YHWH Elohim installe sa présence à l'entrée du Jardin : il ne part pas, il ne quitte pas le Temple cosmique. C'est l'adam qui en est exclu] à l'orient du Jardin d'Eden les Kheruvim (hakheruvim / הַכְּרֻבִים) [Kheruvim — laissés en hébreu. Figures de la présence divine aux confins du sacré : gardiens des trônes divins, brodés sur le Voile du Temple, sculptés sur l'Arche d'Alliance. Non pas des anges ailés au sens chrétien médiéval — des gardiens fonctionnels du seuil entre le domaine divin et le domaine humain] et la flamme de l'épée tournoyante (lahat hacherev hamithapekhet / לַהַט הַחֶרֶב הַמִּתְהַפֶּכֶת) [lahat — flamme ardente. Cherev — épée. Mithapekhet — qui pivote en tous sens. Non pas un obstacle statique : une frontière vivante et dynamique. L'accès à l'arbre de la Vie est gardé — non annulé. La porte existe, elle est tenue] pour garder (lishmor / לִשְׁמֹר) [shamar — même verbe du double mandat sacerdotal de Bereshit 2 : avad et shamar le Jardin. Ce que l'adam avait reçu comme mandat est maintenant exercé par les Kheruvim contre lui. Le gardien est devenu l'exclu] le chemin de l'arbre de la Vie.