La Bible ONT — מקרא הקדם

Bereshit 2

Bereshit 2:4-25

Traduction en cours

L'avant du Jardin

Voici les engendrements (toledot / תּוֹלְדוֹת) [la formule structurante de tout Bereshit — ce que quelque chose produit, ce qui en est sorti. Les Cieux et la Terre engendrent ce qui suit. Non pas une répétition du récit précédent — un zoom vers l'intérieur de l'orchestration déjà accomplie] des Cieux et de la Terre, quand ils furent orchestrés (behibare'am / בְּהִבָּרְאָם) [bara au passif — le cosmos n'est pas recréé : on entre dans son intérieur, depuis la perspective de la Terre], au jour (beyom / בְּיוֹם) [idiome hébreu : "au jour où" = "lorsque" — formule temporelle d'ouverture de récit, non une indication chronologique littérale]YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) [première apparition de YHWH dans la Bible. Bereshit 1 ne connaissait qu'ElohimElohim l'architecte du cosmos. YHWH est Elohim en relation directe, Elohim de proximité et d'alliance. Leur combinaison désigne le même Elohim dans sa double dimension : universelle et personnelle] accomplit (asot / עֲשׂוֹת) la Terre et les Cieux [noter l'inversion : "les Cieux et la Terre" ouvrait Bereshit 1, dans l'ordre cosmique descendant. Ici : "la Terre et les Cieux" — on est passé au point de vue de la Terre. Le récit a changé d'échelle].

Aucun arbrisseau des champs (siach hassadeh / שִׂיחַ הַשָּׂדֶה) [végétation non cultivée des espaces ouverts — ce qui pousse hors de l'action humaine] n'existait encore sur la Terre, et aucune plante des champs (esev hassadeh / עֵשֶׂב הַשָּׂדֶה) n'avait encore germé — car YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) n'avait pas encore fait tomber la pluie (himtir / הִמְטִיר) [forme causative — Elohim est le maître des écluses de la Voûte : quand il pleut, c'est lui qui les ouvre] sur la Terre, et il n'existait pas d'adam (adam ayin / אָדָם אַיִן) [encore sans article défini — non pas l'être particulier mais la catégorie : pas encore d'être façonné du sol] pour travailler le sol concret (la'avod et ha'adamah / לַעֲבֹד אֶת-הָאֲדָמָה) [avad — servir, travailler. La végétation cultivée attend celui qui lui est fonctionnellement lié : l'adam et l'adamah partagent la même racine — ils sont faits l'un pour l'autre].

Et un flux souterrain (ed / אֵד) [terme rare — probablement les eaux qui montent d'en bas, par opposition aux pluies d'en haut. Le cosmos est irrigué depuis ses deux sources : les écluses de la Voûte et les eaux primordiales souterraines] montait de la Terre et arrosait (vehishqah / וְהִשְׁקָה) toute la face du sol concret (kol pnei ha'adamah / כָּל-פְּנֵי הָאֲדָמָה).

Le façonnage de l'adam

YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) façonna (vayitser / וַיִּיצֶר) [yatsar — le verbe du potier. Pour la première fois dans la Bible. Elohim ne parle plus de loin : il prend en main le sol concret et le pétrit comme un artisan. Un acte matériel, physique, artisanal — c'est toute la différence entre Bereshit 1 et Bereshit 2] l'Être façonné du sol (adam / אָדָם) de la poussière du sol concret (afar min ha'adamah / עָפָר מִן-הָאֲדָמָה) [afar — la poudre, la terre réduite à sa plus fine substance. L'adam est fait de ce qu'il y a de plus humble. Non pas une dégradation — une ancration : il vient de la terre, il lui appartient, il est façonné pour en être le gardien-représentant], et souffla (vayipach / וַיִּפַּח) [non pas la parole à distance de Bereshit 1 — mais le contact immédiat : bouche contre narines, souffle contre souffle. YHWH Elohim pose sa propre Neshamah dans l'adam] dans ses narines (be'apav / בְּאַפָּיו) la Neshamah (nishmat chayyim / נִשְׁמַת חַיִּים) [distinct du Ruach et du Nefesh — la Neshamah est le souffle vital divin transmis par contact direct. C'est ce qu'aucun animal ne reçoit : l'adam devient le représentant fonctionnel d'Elohim non seulement par son mandat (tselem) mais par le souffle même d'Elohim en lui], et l'Être façonné du sol devint un Nefesh vivant (nefesh chayah / נֶפֶשׁ חַיָּה) [même terme que pour tous les animaux aux versets 20 et 24 de Bereshit 1 : le Nefesh n'est pas l'exclusivité de l'adam. C'est la Neshamah qui l'est].

Le Jardin d'Eden

YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) planta (vayita / וַיִּטַּע) [nata — planter : acte de jardinier. YHWH Elohim aménage un espace de vie pour son représentant] un Jardin (gan / גַּן) [espace enclos, cultivé, délimité — séparé de l'espace sauvage non ordonné. Dans tout le Proche-Orient ancien, le jardin royal est un espace de souveraineté et d'abondance. Le Jardin d'Eden est le domaine royal d'Elohim sur la Terre] en Eden (be'eden / בְּעֵדֶן) [région d'abondance et de délice — nom propre d'un territoire réel, pas d'un mythe indéterminé] à l'orient (miqqedem / מִקֶּדֶם), et y plaça (vayasem / וַיָּשֶׂם) l'Être façonné du sol (adam / אָדָם) qu'il avait façonné.

YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) fit pousser (vayatsmach / וַיַּצְמַח) depuis le sol concret tout arbre désirable à voir (nechmad lemareh / נֶחְמָד לְמַרְאֶה) et tov pour la nourriture (tov lema'akhal / טוֹב לְמַאֲכָל) [tov déjà posé en Bereshit 1:4 — ici dans son application alimentaire : parfaitement ajusté à sa destination de sustentation], et l'arbre de la Vie (etz hachayim / עֵץ הַחַיִּים) [la Vie comme réalité fonctionnelle permanente — accès durable à la plénitude de l'existence, au cœur du Jardin] au milieu du Jardin, et l'arbre de la connaissance (etz hada'at / עֵץ הַדַּעַת) [da'at — en hébreu, connaître (yada) est toujours participatif et engageant : non pas un regard extérieur posé sur un objet, mais un savoir qui suppose d'être à l'intérieur de ce que l'on connaît. L'adam possède déjà cette da'at — c'est depuis elle qu'il nomme les Nefesh vivants, depuis l'intérieur de l'ordre de YHWH Elohim. Ce que propose l'arbre n'est pas un contenu de connaissance supplémentaire : c'est une nouvelle modalité de connaître — se placer au-dessus de l'ordre pour le juger de façon autonome, plutôt que d'y participer] de ce qui est tov et de ce qui est ra (tov vara / טוֹב וָרָע) [ra — intraduisible. Opposé fonctionnel de tov (déjà posé en Bereshit 1:4) : ce qui rate sa destination, ce qui s'écarte de l'ordre cosmique. Non pas "le Mal" au sens moral grec — l'état de dysfonction structurelle. Premier emploi dans l'ONT. Tov vara : la structure binaire du jugement autonome. Da'at tov vara ne désigne pas deux réalités séparées — il nomme la capacité de se placer au-dessus de l'ordre pour le juger depuis une position surplombante, hors de YHWH Elohim. Non plus la participation à un cosmos intégré où tout est tov — mais la fracture. C'est en ce sens que cet arbre est le père de l'ontologie catégorielle grecque].

Un fleuve (nahar / נָהָר) sortait d'Eden pour arroser le Jardin, et de là il se divisait (yippared / יִפָּרֵד) en quatre bras (arba'ah rashim / אַרְבָּעָה רָאשִׁים) [le Jardin d'Eden est la source hydrologique de toute la Terre habitée — les eaux de vie rayonnent depuis son centre vers les quatre extrémités du monde].

Les quatre fleuves

Le Shem du premier (shem ha'echad / שֵׁם הָאֶחָד) est le Pishon (pishon / פִּישׁוֹן) [Pishon — de push (פּוּשׁ) : se répandre, jaillir en abondance] — celui qui entoure tout le pays de Havilah (eretz havilah / אֶרֶץ חֲוִילָה) [Havilah — territoire géographique : probablement le nord-occident de l'Arabie, région connue pour ses ressources en or] où se trouve l'or (hazahav / הַזָּהָב). L'or de ce pays est tov (tov / טוֹב) [tov appliqué à la qualité de l'or — fonctionnellement pur, sans mélange] ; là se trouvent aussi la résine (bedolach / בְּדֹלַח) et la pierre d'onyx (even hashoham / אֶבֶן הַשֹּׁהַם) [les mêmes matériaux précieux qui figureront dans la construction du Tabernacle — le Jardin d'Eden et le Tabernacle partagent leurs ressources : le jardin originel préfigure le sanctuaire].

Le Shem du deuxième fleuve est le Guihon (gichon / גִּיחוֹן) [Guihon — de giach (גִּיחַ) : jaillir, sourdre avec force] — celui qui entoure tout le pays de Koush (eretz kush / אֶרֶץ כּוּשׁ) [Koush — la Nubie, territoire au midi de Mitsrayim : ce que les traductions tardives rendent par Koush méridional].

Le Shem du troisième est le Hiddeqel (chiddeqel / חִדֶּקֶל) [Hiddeqel — de l'akkadien Idiqlat : le grand fleuve oriental de Kena'an et Shin'ar] — celui qui coule à l'orient d'Assur (qidmat ashur / קִדְמַת אַשּׁוּר) [Ashur — le territoire d'Assur, cœur de la puissance de Shin'ar à l'orient du Hiddeqel]. Et le quatrième fleuve est le Prat (perat / פְּרָת) [Prat — de parat (פָּרַת) — être fructueux. Les quatre fleuves ancrent le Jardin d'Eden dans la géographie réelle du Proche-Orient — ce n'est pas un lieu mythique indéterminé : c'est le cœur de la Terre habitée connue des lecteurs originaux].

Le mandat et l'instruction

YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) prit (vayiqqach / וַיִּקַּח) l'Être façonné du sol (adam / אָדָם) et l'installa (vayannichehhu / וַיַּנִּחֵהוּ) [nuach — faire reposer, établir en son lieu. Même racine que le Sabbat de Bereshit 1 et que le nom de Noé. L'adam est installé dans son lieu fonctionnel comme YHWH Elohim avait marqué une cessation dans son Temple cosmique] dans le Jardin d'Eden pour le servir (le'ovdah / לְעָבְדָהּ) [avad — servir : terme du service sacré. Les lévites avad le Tabernacle, les kohanim avad le Temple. L'adam dans le Jardin n'est pas un exploiteur — il est un kohen dans son sanctuaire] et le garder (uleshomrah / וּלְשָׁמְרָהּ) [shamar — garder, surveiller, protéger. Double mandat du kohen : avad et shamar sont précisément les deux fonctions des kohanim dans le Tabernacle. Le Jardin d'Eden est un Temple, et l'adam en est le kohen-gardien].

YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) donna une instruction (vayetsav / וַיְצַו) [tsavah — ordonner, instruire : premier commandement dans la Bible. Non plus une parole cosmique dans le vide — une instruction personnelle, relationnelle, adressée directement à l'adam] à l'Être façonné du sol (adam / אָדָם), en disant :
« De tout arbre du Jardin, tu peux manger en mangeant (akol tokhel / אָכֹל תֹּאכֵל) [infinitive absolue hébraïque — renforce l'affirmation : certainement, librement, abondamment. L'autorisation est généreuse et large. La liberté précède l'interdit].

Mais de l'arbre de la connaissance de ce qui est tov et de ce qui est ra, tu n'en mangeras pas — car le jour où tu en mangeras (beyom akholekha / בְּיוֹם אָכְלְךָ), mourant, tu mourras (mot tamut / מוֹת תָּמוּת) [l'infinitif absolu hébreu double le verbe sur lui-même — mourir, tu mourras : l'inévitabilité n'est pas certifiée par un énonciateur qui sait, elle est inscrite dans l'acte même. Même structure que l'autorisation du verset précédent — akol tokhel : manger, tu mangeras — où le redoublement marquait l'abondance libre. Ici il marque l'irréversibilité. Mot tamut : non nécessairement la mort physique immédiate — la mort fonctionnelle : la perte de l'existence de représentant d'Elohim, la désontologisation] ».

La recherche du soutien correspondant

YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) formula (vayomer / וַיֹּאמֶר) :
« Il ne fait pas bon (lo tov / לֹא-טוֹב) [première occurrence de "lo tov" dans toute la Bible — après le cortège de tov de Bereshit 1. Ce n'est pas un dysfonctionnement : c'est un manque. Le cosmos n'est pas pleinement accompli tant que l'adam est seul. L'incomplétude est constatée par YHWH Elohim lui-même] que l'Être façonné du sol (adam / אָדָם) soit seul (levado / לְבַדּוֹ). Je vais lui forger un soutien qui lui corresponde (ezer kenegdo / עֵזֶר כְּנֶגְדּוֹ) [ezer — soutien structurant, appui fonctionnel. Terme fort : ailleurs dans la Bible, c'est Elohim lui-même qui est l'ezer d'Israël. Non pas une assistance subordonnée — un soutien essentiel. Kenegdo — qui lui fait face, qui lui est fonctionnellement symétrique : ni identique ni inférieur, en correspondance active] ».

YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) façonna (vayitser / וַיִּצֶר) depuis le sol concret toutes les bêtes sauvages (chayat hassadeh / חַיַּת הַשָּׂדֶה) et toutes les créatures ailées des Cieux, et les amena (vayave / וַיָּבֵא) vers l'Être façonné du sol (adam / אָדָם) pour voir ce qu'il leur nommerait (mah yiqra-lo / מַה-יִּקְרָא-לוֹ) [YHWH Elohim délègue le regard souverain : c'est l'adam qui nommera. Comme Elohim avait nommé dans Bereshit 1, l'adam exerce maintenant l'autorité de nomination en tant que représentant fonctionnel d'Elohim]. Et tout ce que l'Être façonné du sol (adam / אָדָם) nommerait comme Shem (shem / שֵׁם) à un Nefesh vivant, tel serait son Shem.

L'Être façonné du sol (adam / אָדָם) nomma (vayiqra / וַיִּקְרָא) des Shem (shemot / שֵׁמוֹת) à tous les grands quadrupèdes (behemah / בְּהֵמָה), aux créatures ailées des Cieux et à toutes les bêtes sauvages des champs. Mais pour l'Être façonné du sol (adam / אָדָם), aucun soutien correspondant (ezer kenegdo / עֵזֶר כְּנֶגְדּוֹ) ne fut trouvé [la nomination de tous les Nefesh vivants est un exercice du mandat de gouvernance de l'adam — mais aussi un constat d'absence : parmi toutes les créatures, aucune ne lui correspond fonctionnellement].

L'édification de l'ishah

YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) fit tomber (vayappel / וַיַּפֵּל) un sommeil profond (tardemah / תַּרְדֵּמָה) [état de conscience suspendu provoqué par Elohim — non pas un endormissement naturel. Le même que lors de l'alliance avec Avraham en Bereshit 15. YHWH Elohim agit directement, sans que l'adam en soit conscient] sur l'Être façonné du sol (adam / אָדָם), et il s'endormit. Il prit (vayiqqach / וַיִּקַּח) un de ses flancs (achat mitssal'otav / אַחַת מִצַּלְעֹתָיו) [tsela (צֵלָע) — non pas simplement une côte anatomique : le terme désigne un flanc entier, une paroi, une face latérale — utilisé pour les flancs de l'Arche et les flancs du Temple. Elohim ne prélève pas un fragment : il prend un flanc entier de l'adam. L'adam sera désormais incomplet sans son soutien correspondant] et referma (vayisgor / וַיִּסְגֹּר) avec de la chair à sa place.

YHWH Elohim (YHWH Elohim / יְהוָה אֱלֹהִים) édifia (vayiven / וַיִּבֶן) [banah — bâtir, construire, édifier : terme de l'architecte, non du potier. L'adam avait été façonné (yatsar). La femme est érigée (banah) — comme on construit une ville, un temple, une structure permanente. L'architecture de la femme est distincte de celle de l'adam] le flanc (hatsela / הַצֵּלָע) qu'il avait pris de l'Être façonné du sol (adam / אָדָם) en une ishah (ishah / אִשָּׁה) [terme nouveau — ishah : celle qui vient de ish. L'adam n'avait pas de désignation sexuée jusque-là : la séparation en deux êtres distincts donne à chacun une identité propre] et l'amena (vayevi'eha / וַיְבִאֶהָ) vers l'Être façonné du sol (adam / אָדָם).

La première parole et l'union

L'Être façonné du sol (adam / אָדָם) dit (vayomer / וַיֹּאמֶר) [première parole humaine dans toute la Bible. Après les généalogies des eaux et des terres, après les noms des fleuves et des Nefesh vivants — voici que l'adam parle. Et ce qu'il dit est une reconnaissance] :
« Cette fois (hapaam / הַפַּעַם) [expression d'accomplissement : enfin, voilà ce qui était attendu. Après avoir nommé tous les Nefesh vivants sans trouver de soutien correspondant, l'adam reconnaît dans la femme ce qui lui correspond] — os de mes os (etsem me'atsamai / עֶצֶם מֵעֲצָמַי) et chair de ma chair (uvasar mivshari / וּבָשָׂר מִבְּשָׂרִי) [formule de parenté la plus forte en hébreu — non pas une ressemblance ou une affinité : une identité de substance. Elle vient de lui, elle est de sa matière même. Le premier lien humain est un lien de substance partagée] !
Celle-ci sera nommée Ishah (ishah / אִשָּׁה), car de l'Ish (ish / אִישׁ) [ish et ishah partagent la même racine — le jeu de mots est intraduisible en français : chacun est nommé depuis l'autre. L'ish n'avait pas de désignation sexuée avant ce moment : c'est la mise en face de sa ishah qui lui donne son nom propre] celle-ci a été prise. »

C'est pourquoi (al ken / עַל-כֵּן) [voix du narrateur tirant la conclusion fonctionnelle du récit — premier usage de cette formule dans la Bible. Ce qui vient d'être raconté fonde une réalité universelle qui vaut pour toute l'humanité] un ish (ish / אִישׁ) quitte (ya'azov / יַעֲזָב) [azav — abandonner, laisser : terme fort. Pour rejoindre son soutien correspondant, l'ish rompt le lien de dépendance antérieur] son père et sa mère, et s'attache étroitement (vedavaq / וְדָבַק) [davaq — s'attacher fermement, s'unir indéfectiblement. Même verbe que pour la fidélité d'Israël à Elohim : une adhésion totale et existentielle] à sa ishah (ishah / אִשָּׁה), et ils deviennent une seule chair (levasar echad / לְבָשָׂר אֶחָד) [basar — la chair dans sa dimension pleinement physique. Echad — le cardinal "un" comme au Jour Un de Bereshit 1 : non pas "premier" mais "unique, singulier". L'union de l'ish et de l'ishah reforme l'unité originelle de l'adam avant la séparation — deux êtres redevenus une seule réalité].

Or, tous deux étaient nus (arumim / עֲרוּמִּים) [nus dans leur intégrité fonctionnelle originelle — sans rupture, sans dissimulation. La nudité n'est pas l'absence de vêtements : c'est l'absence de tout écart entre ce qu'ils sont et leur fonction, entre eux et Elohim. Ce mot résonnera dès Bereshit 3 avec arum (עָרוּם) — la ruse du serpent — un jeu de mots délibéré qui lie la fin de Bereshit 2 au début de Bereshit 3], l'Être façonné du sol (adam / אָדָם) et sa ishah (ishah / אִשָּׁה), et ils n'éprouvaient aucune honte (lo yitboshashu / לֹא יִתְבֹּשָׁשׁוּ) [bosh — la honte comme conscience de l'inadéquation fonctionnelle. Dans l'état originel, il n'y a pas d'écart — tout est pleinement accompli dans sa fonction. La honte ne peut naître que là où quelque chose a dévié de sa destination].