Intraduisible
basar
בָּשָׂר
Prononciation
ba-SAR — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
Ce que « chair » a perdu en route
Quand tu lis « la chair » dans une Bible française, tu entends presque sûrement l'une de ces deux choses : le contraire de l'esprit, ou le siège du désir et de la faiblesse morale. Les deux sont arrivées plus tard, par le grec et par des siècles de prédication.
Le basar (basar / בָּשָׂר) hébreu ne dit ni l'un ni l'autre.
Il dit l'existence incarnée : ce par quoi tu es un vivant parmi les vivants. Ce qui a faim, ce qui saigne, ce qui vieillit. Ce qui meurt.
Ce n'est pas une partie de toi
Voilà ce qu'il faut désapprendre, et c'est le plus difficile. Nous pensons spontanément l'homme en morceaux — un corps, et quelque chose dedans. L'hébreu ne le pense pas comme ça.
Le basar n'est pas ta part basse. C'est toi, en tant que tu es palpable et mortel. De même que le Nefesh n'est pas ton âme enfermée dans ce corps : c'est toi en tant que tu es vivant — et les bêtes en ont un aussi.
Ce sont deux façons de dire l'être entier, pas deux étages de l'être.
Et c'est pourquoi le corpus peut dire d'un homme et d'une femme qu'ils deviennent un seul basar : il ne parle pas de deux corps qui se touchent, il parle de deux existences qui n'en font plus qu'une.
Ce que seul le basar peut faire
Retiens ceci, parce qu'un raisonnement entier du corpus repose dessus.
Un malʾakh n'a pas de basar. Il prend un ʿolam de feu ou de fumée le temps d'une mission, puis il le rend — et un ʿolam emprunté ne meurt pas, parce qu'il n'a jamais vraiment vécu.
Donc un malʾakh ne peut ni mourir ni ressusciter. Donc il ne peut rien changer à la condition de ce qui meurt.
Seul ce qui a un basar peut traverser la mort. Et seul ce qui l'a traversée peut changer ce que la mort est pour les autres. C'est une contrainte de structure, pas un choix : il fallait un basar, et rien d'autre ne pouvait tenir sa place.
Voir aussi
Nefesh, l'autre façon de dire l'être entier. malʾakh et ʿolam, pour ce qui n'en a pas. ʾechad, pour l'unité que deux basar peuvent faire. Et la chuqqah des quatre modes de présence, où cette contrainte commande la troisième strate.
Formes
basar · kol basar · uvasar mivshari · basar arlatchem
Source
1320 · בָּשָׂר
Dans le corpus
11 occurrences
- Bereshit 17:13…ortée. Ce qu'un ʾish ne peut ni poser ni reprendre, il le porte sur son basar jusqu'à sa mort].
- Bereshit 8:4…lause d'exception qui encadre toute la permission précédente] la chair [basar — l'existence incarnée, ce par quoi on est un vivant parmi les vivants.…
- Sefar gibbaraya 1:16…sion qui annonce la portée cosmique du jugement] [et ce qui pèse sur le basar n'en a pas. Le basar, dans ce corpus, est ce par quoi on est un vivant…
- Sefar gibbaraya 1:16…ortée cosmique du jugement] [et ce qui pèse sur le basar n'en a pas. Le basar, dans ce corpus, est ce par quoi on est un vivant parmi les vivants — c…
- Sefar gibbaraya 2:8Ils combattirent toute chair [basar est l'existence incarnée, fragile, partagée : ce par quoi on est un viv…
- Sefar gibbaraya 3:13…» est une mesure prise sur ce qui meurt. Le corpus a un mot pour cela — basar, ce par quoi on est un vivant parmi les vivants. Ce n'est ni le contrai…
- Sefar gibbaraya 7:5…air [« toute chair » n'est pas une exagération, c'est une catégorie. Le basar désigne dans ce corpus l'ensemble de ce qui respire et meurt : *Genèse*…
- Sefar gibbaraya 7:5…ent ainsi les vivants, hommes et bêtes d'un seul tenant. Combattre tout basar, ce n'est donc pas avoir beaucoup d'ennemis — c'est s'être dressé contr…
- Sefar gibbaraya 9:8…chair » dit les vivants par ce qu'ils ont de commun et de fragile — le basar, ce par quoi on est un vivant parmi les vivants, et qui meurt. Le bras…
- Sefar gibbaraya 9:14…ui est ôté n'est pas ce qu'on hait, c'est ce qui encombre un lieu. Leur basar n'était pas mauvais en lui-même : il était de trop sur une Terre qui n'…
- Bereshit 7:15Ils vinrent vers Noach dans l'arche, deux par deux, de toute chair [basar — l'existence incarnée, fragile et partagée : ce par quoi on est un viv…