La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

malʾakh

מַלְאַךְ

malʾakh

Formes : malʾakh, malʾakhim

Prononciation

mal-AKH — deux syllabes, accent sur la seconde.

L'apostrophe n'est pas un ornement : c'est un alef, un petit arrêt de la glotte qui coupe la syllabe. Le même que dans le français « ah ! ah ! » prononcé nettement. Il empêche mala de couler d'un seul tenant.

Le kh final est un khaf : frottement contre le palais mou, le ch de Bach. Ni un k, ni un « ch » de « chat ».

Un homme est assis à l'entrée de sa tente, à l'heure chaude. Trois voyageurs paraissent. Il court, se prosterne, fait cuire un veau, se tient debout pendant qu'ils mangent — et à aucun moment le texte ne dit qu'ils sont autre chose que des hommes. Puis, insensiblement, l'un d'eux parle comme YHWH, et le récit ne le signale pas non plus.

Cette confusion n'est pas un défaut du texte. C'est ce que le mot veut dire.

Malʾakh vient d'une racine qui veut dire envoyer, déléguer. Il ne désigne aucune espèce d'être. Il désigne une fonction : celui que YHWH mandate pour accomplir un acte dans le monde des hommes. Un malʾakh (malʾakh / מַלְאַךְ) n'est pas défini par ce qu'il est, mais par ce pour quoi il a été envoyé — et cela suffit à le nommer, parce que dans cette langue une chose est ce qu'elle fait.

Voilà pourquoi « ange » est un contresens si complet qu'il empêche de lire. Notre ange est une créature : il a une nature — spirituelle, immatérielle —, un rang dans une hiérarchie, des ailes dans les tableaux. Toute cette architecture est grecque, puis médiévale, et elle recouvre exactement ce que l'hébreu ne dit pas. Un malʾakh peut être un homme, un envoyé quelconque : le même mot sert pour le messager qu'un roi expédie à un autre roi.

Et l'ambiguïté est délibérée. Le malʾakh de YHWH parle tantôt en son nom propre, tantôt comme YHWH lui-même, et le texte ne tranche jamais. Ce n'est pas une négligence de rédaction : un envoyé porte l'autorité de qui l'envoie, au point qu'on ne sait plus qui parle — et c'est précisément le point.

Le corpus tient une règle serrée là-dessus. Quand un envoyé céleste reçoit un Shem propre — Mikhaʾel, Rafaʾel —, ce nom est un nom propre et non un titre : il ne cesse pas d'être un malʾakh pour autant. La fonction reste, le nom s'ajoute.

C'est aussi ce qui donne son poids à la scène la plus dénuée du corpus. Une esclave égyptienne, sans droits, enceinte, en fuite dans un désert. Le malʾakh de YHWH la trouve près d'une source — et c'est elle, Hagar, qui donnera à YHWH un nom que personne d'autre ne lui donne dans toute la Bible : ʾEl Roï, l'El qui me voit.

Source

4397 · מַלְאַךְ

Dans le corpus

73 occurrences