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Bereshit 19

Bereshit 19:1-38

Traduction en cours

Les deux mal'akhim à Sedom

Les deux mal'akhim (shnei hamal'akhim / שְׁנֵי הַמַּלְאָכִים) [deux — non plus trois : le texte ne suit pas le troisième des ish de Bereshit 18 (en 18:22, les ish partent vers Sedom tandis qu'Avraham demeure devant YHWH). Et le texte les nomme enfin mal'akhim — le titre promis : l'ambiguïté maintenue tout au long de Bereshit 18 (jamais mal'akhim, toujours anashim) se résout ici. Mal'akh posé en Bereshit 16:7] vinrent à Sedom (Sedom / סְדֹם) au soir (ba'erev / בָּעֶרֶב), et Lot (Lot / לוֹט) était assis à la porte de Sedom (besha'ar Sedom / בְּשַׁעַר־סְדֹם) [la porte de la ville — le siège de l'autorité civique et du mishpat, là où les anciens rendent le jugement. Lot, le ger (posé en Bereshit 15:13, 16:1), a pris place à la porte : entré dans la cité. L'ironie du récit : c'est là qu'on rend le mishpat, et le mishpat descend sur la cité]. Lot vit, se leva à leur rencontre, et se prosterna face contre terre (vayishtachu apayim artsah / וַיִּשְׁתַּחוּ אַפַּיִם אָרְצָה) [le même geste d'accueil qu'Avraham en Bereshit 18:2 — Lot reproduit l'hospitalité patriarcale : le récit met les deux hôtes en regard, l'un aux Chênes de Mamre, l'autre à la porte de Sedom].

Il formula : "Voici donc, mes adonai (hinneh na adonai / הִנֶּה נָּא־אֲדֹנַי) [Adonai — ici au pluriel, adressé aux deux hôtes honorés ; l'ambiguïté divin/humain de Bereshit 18 se prolonge] — détournez-vous (suru na / סוּרוּ נָא) vers la maison de votre serviteur, passez la nuit et lavez vos pieds (urachatsu rageleikhem / וְרַחֲצוּ רַגְלֵיכֶם) [laver les pieds — le premier acte d'hospitalité, comme Avraham en Bereshit 18:4] ; vous vous lèverez tôt et poursuivrez votre route." Et ils formulèrent : "Non — nous passerons la nuit sur la place (barechov nalin / בָּרְחוֹב נָלִין) [sur la place publique : le refus initial met à l'épreuve l'hospitalité de la cité. Rester dehors, c'est éprouver si Sedom accueille l'étranger — l'épreuve à laquelle la cité va échouer]."

Il les pressa vivement (vayiftsar bam me'od / וַיִּפְצַר־בָּם מְאֹד), et ils se détournèrent vers lui et vinrent dans sa maison. Il leur fit un festin (mishteh / מִשְׁתֶּה) [de shatah, boire — le banquet ; Lot fait bien plus que le gîte proposé, comme Avraham fit le veau] et cuisit des pains sans levain (matsot / מַצּוֹת) [le pain non levé, cuit vite — l'urgence de l'hospitalité ; écho anticipé des matsot de la sortie de Mitsrayim], et ils mangèrent.

Ils n'étaient pas encore couchés que les anashim de la ville, les anashim de Sedom (anshei ha'ir anshei Sedom / אַנְשֵׁי הָעִיר אַנְשֵׁי סְדֹם), entourèrent la maison — du jeune au vieillard (mina'ar ve'ad zaqen / מִנַּעַר וְעַד־זָקֵן), tout le peuple depuis l'extrémité (kol ha'am miqatseh / כָּל־הָעָם מִקָּצֶה) [« depuis l'extrémité » = la totalité, un mérisme (§4.5) : la ville entière, sans exception. La dysfonction n'est pas le fait de quelques-uns — c'est tout le corps de la cité qui se lève. L'écho de l'intercession de Bereshit 18 est là : Avraham demandait dix tsadiqim ; la cité entière assemblée en donne la mesure].

Ils appelèrent Lot et lui formulèrent : "Où sont les anashim qui sont venus chez toi cette nuit ? Fais-les sortir vers nous, que nous les connaissions (venede'ah otam / וְנֵדְעָה אֹתָם) [yada — connaître ; le verbe même de la connaissance qui unit l'ish et l'ishah (Bereshit 4:1), retourné ici en violence : la cité veut s'approprier de force les hôtes protégés. Le crime fonctionnel est l'assaut sur les hôtes sous le toit de Lot — le viol de l'hospitalité et de la protection du seuil. Le texte dit yada et laisse le lecteur mesurer le renversement : la connaissance qui lie devient la connaissance qui écrase] !"

Lot sortit vers eux à l'entrée (hapetchah / הַפֶּתְחָה) et ferma la porte (hadelet / הַדֶּלֶת) derrière lui.

Il formula : "De grâce, mes frères (al na achai / אַל־נָא אַחַי) [Lot appelle « frères » les anashim de la cité — il plaide du dedans, comme l'un d'eux] — ne faites pas le ra (al tare'u / אַל־תָּרֵעוּ) [ra'a — agir en ra, faire ce qui dévie de l'ordre ; racine de ra (posé en Bereshit 2:9)]."

"Voici, j'ai deux filles qui n'ont pas connu d'ish (asher lo yad'u ish / אֲשֶׁר לֹא־יָדְעוּ אִישׁ) [reprise de yada — elles n'ont pas connu d'ish]. Que je les fasse sortir vers vous, et faites-leur ce qui est tov à vos yeux (ka'tov be'eineikhem / כַּטּוֹב בְּעֵינֵיכֶם). Seulement à ces anashim ne faites rien (al ta'asu davar / אַל־תַּעֲשׂוּ דָבָר), car c'est pour cela qu'ils sont venus à l'ombre de mon toit (betsel qorati / בְּצֵל קֹרָתִי) [sous l'ombre de ma poutre — la protection sacrée de l'hôte : le toit qui couvre l'étranger engage tout entier celui qui l'abrite. Le texte n'approuve pas l'offre des filles ; il expose sans commenter la collision de deux obligations. L'ONT restitue, il ne tranche ni ne justifie (§4.9)]."

Ils formulèrent : "Approche-toi là-bas (gesh hal'ah / גֶּשׁ־הָלְאָה) !" Et ils formulèrent : "Celui-ci est venu comme ger (ha'echad ba lagur / הָאֶחָד בָּא־לָגוּר) [gur — résider comme étranger sans droit de cité ; Lot est un ger (posé en Bereshit 15:13, 16:1)], et le voici qui fait le shofet (vayishpot shafot / וַיִּשְׁפֹּט שָׁפוֹט) [infinitif absolu : « juger, il jugerait ! » — ils reprochent au ger de s'ériger en shofet (posé en Bereshit 18:25). L'ironie du récit est totale : ils refusent le mishpat de celui qui les avertit, à l'instant même où le mishpat de YHWH descend sur eux] ! Maintenant nous te ferons pis qu'à eux." Ils pressèrent l'ish, Lot, avec violence, et s'approchèrent pour briser la porte.

Les anashim [le texte renomme les hôtes anashim, non mal'akhim : l'oscillation du titre se maintient, comme en Bereshit 18 (§4.11)] étendirent leur main, firent entrer Lot vers eux dans la maison, et fermèrent la porte.

Et les anashim qui étaient à l'entrée de la maison, ils les frappèrent d'éblouissements (basanverim / בַּסַּנְוֵרִים) [sanverim — un aveuglement de lumière, un éblouissement qui désoriente ; mot rare (seulement ici et Melakhim II 6:18). Non pas la cécité ordinaire ni une cécité morale : une clarté qui aveugle et fait perdre le seuil], du petit au grand, et ils s'épuisèrent à trouver l'entrée (vayil'u limtso hapatach / וַיִּלְאוּ לִמְצֹא הַפָּתַח) [ils cherchent en vain la porte qu'ils voulaient briser : la dysfonction se retourne contre elle-même — ceux qui forçaient le seuil ne le trouvent plus].

Le mishpat exécuté sur Sedom

Les anashim formulèrent à Lot : "Qui as-tu encore ici ? Un gendre (chatan / חָתָן), tes fils, tes filles, tout ce qui est à toi dans la ville — fais-les sortir du lieu (hotse min hamaqom / הוֹצֵא מִן־הַמָּקוֹם) [maqom — le lieu ; le même mot que le lieu où se tenait Avraham en Bereshit 18:33]."

"Car nous détruisons (mashchitim anachnu / מַשְׁחִתִים אֲנַחְנוּ) [shachat — corrompre, détruire ; la racine même de la corruption de la Terre en Bereshit 6:11-12 (vattishahet ha'arets) et du lo ashhit de l'intercession (18:28). le même verbe dit la corruption (ce qui s'était gâté, 6:11-12) et la destruction qui en découle : les mal'akhim exécutent sur la cité le renversement de ce qui s'était corrompu] ce lieu, car leur cri (tsa'aqatam / צַעֲקָתָם) [tse'aqah — variante de la ze'aqah de Bereshit 18:20 : le cri judiciaire de l'opprimé qui monte devant la face de YHWH et appelle le mishpat] a grandi devant la face de YHWH, et YHWH nous a envoyés (vayeshallechenu YHWH / וַיְשַׁלְּחֵנוּ יְהוָה) [shalach — envoyer, mandater ; la racine de shaliach. Les mal'akhim sont les envoyés-mandatés qui portent et exécutent le mishpat] pour la détruire."

Lot sortit et parla (vayedabber / וַיְדַבֵּר) [dibber — piel de davar : la parole d'adresse relationnelle directe, distincte de vayomer (§3.1)] à ses gendres, qui devaient prendre ses filles, et formula : "Levez-vous, sortez de ce lieu, car YHWH détruit la ville !" Mais il fut aux yeux de ses gendres comme quelqu'un qui plaisante (kimtsachek / כִּמְצַחֵק) [tsachaq — rire, plaisanter ; la racine même du rire de Sarah devant la promesse (Bereshit 18:12) et du Shem de Yitshaq (17:19). Le davar du mishpat est reçu comme une plaisanterie — la même incrédulité devant la parole de YHWH, ici renversée : Sarah riait d'une naissance, les gendres rient d'une destruction].

Comme montait l'aube (ukemo hashachar alah / וּכְמוֹ הַשַּׁחַר עָלָה), les mal'akhim pressèrent Lot en formulant : "Lève-toi, prends ta ishah et tes deux filles qui se trouvent là, de peur que tu ne sois emporté (pen tissafeh / פֶּן־תִּסָּפֶה) [safah — balayer, emporter sans distinction ; le mot même d'Avraham dans l'intercession (Bereshit 18:23 : tispe). Ce qu'Avraham craignait pour le tsadiq — être emporté avec le rasha —, les mal'akhim l'écartent de Lot] dans l'avon de la ville (ba'avon ha'ir / בַּעֲוֺן הָעִיר) [avon (posé en Bereshit 15:16) — la torsion structurelle, le gauchissement accumulé qui pèse. La ville est emportée dans le poids de son avon, parvenu à son seuil]."

Il s'attardait (vayitmahmah / וַיִּתְמַהְמָהּ) [il tardait, hésitait — Lot ne parvient pas à s'arracher au lieu], et les anashim saisirent sa main, la main de sa ishah et la main de ses deux filles — dans la chemlah de YHWH sur lui (bechemlat YHWH alav / בְּחֶמְלַת יְהוָה עָלָיו) [chemlah — l'épargne, la retenue qui préserve. YHWH épargne Lot par sa chemlah — l'épargne dont l'initiative appartient au donneur, comme le chen (§4.7)] — ils le firent sortir et le posèrent hors de la ville.

Et il advint, quand ils les eurent fait sortir dehors, qu'il formula : "Sauve-toi pour ton Nefesh (himmalet al nafshekha / הִמָּלֵט עַל־נַפְשֶׁךָ) [malat — s'échapper, se glisser hors du danger ; pour ton Nefesh, ton principe vital] ! Ne regarde pas derrière toi (al tabbit acharekha / אַל־תַּבִּיט אַחֲרֶיךָ) [ne pas se retourner : ne pas rester lié à l'ordre qu'on renverse. Le mishpat n'est pas un spectacle qu'on contemple ; se retourner vers ce qui est emporté, c'est demeurer tourné vers lui], ne t'arrête pas dans tout le kikar (bekhol hakikar / בְּכָל־הַכִּכָּר) [le kikar — le bassin du Yarden, la plaine que Lot avait choisie pour son abondance (Bereshit 13:10-11). Ce qu'il avait choisi des yeux est précisément ce qui est emporté], vers la montagne sauve-toi, de peur d'être emporté !"

Lot leur formula : "Non, de grâce, Adonai !

Voici, ton serviteur a trouvé faveur (chen / חֵן) à tes yeux, et tu as fait grand ton chesed (chasdekha / חַסְדְּךָ) [chesed — la fidélité loyale envers celui à qui l'on est lié : tenir parole et agir pour son bien à l'intérieur d'un lien (une berith). Non pas « bonté » sentimentale, ni « grâce » au sens théologique tardif (§4.7), ni simple « miséricorde » : le chesed est dans le lien. Intraduisible, comme emunah et tsedaqah. Premier emploi dans l'ONT — traitement définitif réservé à son locus central (Shemot 34:6-7 ; Ruth)] que tu as fait avec moi pour faire vivre mon Nefesh ; mais moi, je ne pourrai me sauver vers la montagne, de peur que le ra ne me colle (pen tidbaqani hara'ah / פֶּן־תִּדְבָּקַנִי הָרָעָה) [davaq — coller, adhérer ; le ra comme puissance qui poursuit et rattrape] et que je ne meure.

Voici donc cette ville, proche pour y fuir, et elle est petite (mits'ar / מִצְעָר) ; que je m'y sauve — n'est-elle pas petite ? — et mon Nefesh vivra."

Il lui formula : "Voici, j'ai levé ta face (nasati fanekha / נָשָׂאתִי פָנֶיךָ) [nasa panim — lever la face de quelqu'un = accueillir sa demande, lui faire droit. Nasa est le verbe même de l'intercession de Bereshit 18:24-26 (tissa, nassati : porter, faire grâce). Ce que YHWH accordait à Avraham pour Sedom, celui qui parle l'accorde à Lot pour Tsoar — le locuteur reste au singulier sans être nommé (l'oscillation mal'akhim/YHWH, §4.11)] aussi pour cette parole, pour ne pas renverser (levilti hofki / לְבִלְתִּי הָפְכִּי) [hafakh — retourner de fond en comble ; la racine du renversement (mahpekhah) qui va frapper les villes] la ville dont tu as parlé.

Hâte-toi, sauve-toi là-bas, car je ne peux rien faire jusqu'à ce que tu y sois arrivé." C'est pourquoi il nomma le Shem de la ville Tsoar (Tsoar / צוֹעַר) [Tsoar — de mits'ar (מִצְעָר) : la petitesse ; « la Petite ». Le Shem garde la parole de Lot (« n'est-elle pas petite ? ») : l'étiologie inscrit dans le nom la demande qui l'a sauvée. Premier emploi].

Le soleil sortait sur la Terre (hashemesh yatsa al ha'arets / הַשֶּׁמֶשׁ יָצָא עַל־הָאָרֶץ) quand Lot vint à Tsoar [le lever du soleil : le jour se lève sur le mishpat ; Lot entre au refuge à l'instant même où l'aube découvre le renversement].

Et YHWH fit pleuvoir (vaYHWH himtir / וַיהוָה הִמְטִיר) sur Sedom et sur Amorah (Amorah / עֲמֹרָה) du soufre et du feu (gofrit va'esh / גָּפְרִית וָאֵשׁ) [gofrit : le soufre ; esh : le feu. La pluie inversée : non plus l'eau qui fait vivre, mais le feu qui consume — la dé-création par le haut, comme le mabbul fut la dé-création par les eaux] — de la part de YHWH, depuis les shamayim (me'et YHWH min hashamayim / מֵאֵת יְהוָה מִן־הַשָּׁמָיִם) [le texte nomme YHWH deux fois : YHWH qui fait pleuvoir, et YHWH depuis les Cieux d'où vient le feu. L'hébreu redouble le Nom sans le résoudre — le YHWH présent-agissant et le YHWH source dans les shamayim tenus ensemble dans la même phrase. L'ONT restitue le redoublement, il ne le tranche pas (§4.11)].

Il renversa (vayahafokh / וַיַּהֲפֹךְ) [hafakh — retourner sens dessus dessous ; la racine du renversement (mahpekhah / מַהְפֵּכָה) qui deviendra le nom même de la catastrophe de Sedom dans tout le corpus (Devarim 29:22, Yeshayahu 13:19, Amos 4:11, Yirmeyahu 49:18)] ces villes et tout le kikar, tous les habitants des villes et le germe du sol concret (tsemach ha'adamah / צֶמַח הָאֲדָמָה) [ce qui pousse du sol concret : le renversement atteint jusqu'à la végétation. La plaine « toute arrosée, comme le jardin de YHWH » (Bereshit 13:10) devient stérilité].

Sa ishah regarda derrière lui (vatabbet ishto me'acharav / וַתַּבֵּט אִשְׁתּוֹ מֵאַחֲרָיו) [elle regarda en arrière — l'avertissement « ne regarde pas derrière toi » avait été donné (v.17, au masculin singulier ; le texte ne dit pas s'il la liait). Se retourner, c'est demeurer tourné vers l'ordre condamné] et elle devint une colonne de sel (netsiv melach / נְצִיב מֶלַח) [netsiv — ce qui est dressé, une stèle ; melach — le sel, marque de la terre rendue stérile par le renversement (Devarim 29:22 : la terre de Sedom, « soufre et sel, toute brûlée »). Celle qui se retourne vers ce qui est emporté est prise dans le renversement même — figée en stèle de la désolation].

Avraham devant la fumée

Avraham se leva tôt le matin (vayashkem Avraham baboqer / וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר) vers le lieu où il s'était tenu devant la face de YHWH (el hamaqom asher amad sham et penei YHWH / אֶל־הַמָּקוֹם אֲשֶׁר־עָמַד שָׁם אֶת־פְּנֵי יְהוָה) [le maqom de Bereshit 18:22 — là où Avraham se tenait devant YHWH pour l'intercession. Il y retourne pour voir l'issue du mishpat].

Il regarda vers la face de Sedom et d'Amorah, et vers toute la face de la terre du kikar, et vit — et voici (vehinneh / וְהִנֵּה) : la fumée de la Terre montait comme la fumée d'une fournaise (keqitor hakivshan / כְּקִיטֹר הַכִּבְשָׁן) [kivshan — le four à chaux, la fournaise ; la même image que la fumée du Sinaï (Shemot 19:18) et le four fumant qui passa entre les morceaux de la berith (Bereshit 15:17). La fumée qui monte : signe visible que le mishpat s'est accompli].

Et il advint, quand Elohim détruisit les villes du kikar, qu'Elohim se souvint d'Avraham (vayizkor Elohim et Avraham / וַיִּזְכֹּר אֱלֹהִים אֶת־אַבְרָהָם) [zakhar — le souvenir agissant de l'alliance, non le simple ressouvenir ; le verbe même de Bereshit 8:1 (vayizkor Elohim et Noach) au cœur du mabbul. Ici le texte passe à Elohim, et le souvenir d'Avraham est le ressort du salut de Lot] et renvoya Lot du milieu du renversement (mitokh hahafekhah / מִתּוֹךְ הַהֲפֵכָה) [Lot est tiré du cœur même du renversement. Le texte le dit explicitement : c'est le souvenir d'Avraham (zakhar) qui est le ressort du salut de Lot — l'intercession de Bereshit 18 porte ainsi son fruit hors de Sedom, Lot renvoyé du renversement pour Avraham], quand il renversa les villes où Lot avait habité.

Lot et ses filles — l'origine de Moav et Ammon

Lot monta de Tsoar et habita dans la montagne (bahar / בָּהָר), ses deux filles avec lui, car il craignit d'habiter à Tsoar. Il habita dans la grotte (bame'arah / בַּמְּעָרָה), lui et ses deux filles [Lot, sauvé de la ville, finit dans une grotte : le choix du kikar abondant (13:10-11) s'achève dans le dénuement de la caverne].

L'aînée (habekhirah / הַבְּכִירָה) formula à la cadette (hatse'irah / הַצְּעִירָה) : "Notre père est vieux, et il n'y a pas d'ish dans le pays pour venir vers nous selon la voie de toute la Terre (kederekh kol ha'arets / כְּדֶרֶךְ כָּל־הָאָרֶץ) [la voie de toute la Terre — la génération, l'ordre commun des vivants. Eretz : « le pays » (local) ou « la Terre » (le monde entier) — le texte ne tranche pas. Les filles disent « pas d'ish dans le eretz pour venir vers nous » : c'est le motif qu'elles déclarent pour leur acte].

Viens, faisons boire du vin (nashqeh yayin / נַשְׁקֶה יַיִן) à notre père, et couchons avec lui, et faisons vivre de notre père une semence (unechayeh me'avinu zara / וּנְחַיֶּה מֵאָבִינוּ זָרַע) [zera (posé en Bereshit 12:7) — la semence, la continuité. Leur intention déclarée est la survie de la semence, non le plaisir. Le texte expose l'acte sans le commenter (§4.9, §10)]."

Elles firent boire du vin à leur père cette nuit-là ; l'aînée vint et coucha avec son père, et il ne sut pas (velo yada / וְלֹא־יָדַע) [yada de nouveau — le père ne connaît pas : le verbe de la connaissance parcourt tout le chapitre (v.5, 8, 33), de la violence de Sedom à l'ignorance de Lot] quand elle se coucha ni quand elle se leva.

Le lendemain, l'aînée formula à la cadette : "Voici, j'ai couché hier avec mon père ; faisons-lui boire du vin cette nuit encore, et viens, couche avec lui, et faisons vivre de notre père une semence."

Elles firent boire du vin à leur père cette nuit-là aussi, et la cadette se leva et coucha avec lui, et il ne sut pas quand elle se coucha ni quand elle se leva.

Les deux filles de Lot conçurent de leur père (vatahareina shtei venot Lot me'avihen / וַתַּהֲרֶיןָ שְׁתֵּי בְנוֹת־לוֹט מֵאֲבִיהֶן).

L'aînée enfanta un fils et nomma son Shem Moav (Moav / מוֹאָב) [Moav — entendu comme me'av (מֵאָב) : « du père ». Le Shem inscrit l'origine dans le nom]. C'est le père de Moav jusqu'à ce jour (ad hayom / עַד־הַיּוֹם) [« jusqu'à ce jour » — la formule étiologique : le regard du consignateur, qui écrit quand Moav existe déjà comme goy (§4.14 : la consignation est postérieure à l'émergence ; §4.15). Moav, goy voisin et rival d'Israël].

La cadette aussi enfanta un fils et nomma son Shem Ben-Ammi (Ben-Ammi / בֶּן־עַמִּי) [Ben-Ammi — « fils de mon parent » (ben ammi) : le Shem dit la parenté proche]. C'est le père des fils d'Ammon (avi venei Ammon / אֲבִי בְנֵי־עַמּוֹן) [les benei Ammongoy voisin d'Israël] jusqu'à ce jour [deux goyim naissent de Lot, Moav et Ammon — voisins et rivaux d'Israël dans toute l'histoire à venir. Le texte donne leur origine sans la commenter : il affirme, il ne juge pas (§10)].