La Bible ONT — מקרא הקדם

Chapitre 7

Bereshit 7-8

Traduction en cours

Bereshit 7

L'entrée dans la tevah

YHWH (YHWH / יְהוָה) formula (vayomer / וַיֹּאמֶר) [de amar (אָמַר) — formuler : la parole qui accomplit ce qu'elle énonce. Le corpus garde ce verbe-là pour la parole qui fait, et dibber pour celle qui s'adresse ; quand tout sera fini et qu'il faudra faire sortir Noach de l'arche, il passera à l'autre] à Noach (Noach / נֹחַ) [Noach — de nuach (נוּחַ) : se poser, trouver sa demeure — le repos fonctionnel] :
« Viens dans l'arche (tevah / תֵּבָה) [tevah — un coffre, non un navire : le corpus ne lui donne ni proue, ni gouvernail, ni rame, et personne ne la dirige. Le seul autre objet du corpus à porter ce mot est la caisse de joncs où l'on posera un nourrisson sur le fleuve de Mitsrayim. Deux fois le même mot, deux fois la même chose : une boîte fermée, confiée à l'eau, qui porte une vie qu'elle ne pilote pas] [le corpus écrit « viens » et non « va » : celui qui parle se place déjà à l'intérieur. Rien de plus n'est dit, et la traduction ne comble pas], toi et toute ta maisonnée (kol beitecha / כָּל-בֵּיתְךָ) [kol beitecha — la totalité de ceux qui vivent sous ton autorité et ta responsabilité fonctionnelle : non une famille au sens affectif, mais une unité de gouvernance], car c'est toi que j'ai examiné (raʾiti / רָאִיתִי) [raʾiti — de raʾah : le regard évaluateur. Même regard qu'ʾElohim portait sur son œuvre dans Bereshit 1 — YHWH a examiné Noach et a constaté sa conformité fonctionnelle] comme tsadiq (tsadiq / צַדִּיק) [tsadiq — intraduisible, déjà posé en Genèse 6:9] devant moi dans cette génération. »

De tout grand quadrupède Tahor (behemah hatehoorah / הַבְּהֵמָה הַטְּהוֹרָה) [Tahor — intraduisible. La pureté fonctionnelle rituelle : ce qui peut entrer en contact avec le domaine sacré sans le perturber. Première occurrence dans toute la Bible — Noach en connaît déjà la distinction sans que le texte l'explique : cette catégorie est opératoire avant Sinaï] — sept paires (shivah shivah / שִׁבְעָה שִׁבְעָה) [sept — unité de plénitude et d'accomplissement, non un décompte arbitraire], mâle (ʾish / אִישׁ) et son appariée (veʾishto / וְאִשְׁתּוֹ) [ʾish ve'ʾishto — littéralement "un homme et sa femme" : le texte utilise les termes relationnels humains pour les animaux — une parité fonctionnelle entre l'humain et l'animal dans l'acte de préservation] — et des grands quadrupèdes qui ne sont pas Tahor (loʾ tehorah / לֹא טְהֹרָה) [l'hébreu n'a pas de mot pour l'inverse de Tahor : il écrit lo tahor, « pas Tahor ». Ce n'est donc pas une seconde catégorie qui ferait face à la première, c'est son absence. La bête qui n'est pas Tahor n'a rien de sale : elle est seulement celle qu'on n'approche pas du domaine mis à part] — deux, mâle et son appariée.

Aussi des créatures ailées des shamayim (meʿof hashamayim / מֵעוֹף הַשָּׁמָיִם) [of — de la racine עוף, voler : la catégorie ne se nomme pas par la forme de la bête mais par le domaine qu'elle habite. « Ce qui vole, des shamayim » : chaque vivant du corpus est rangé sous le domaine où il tient — les eaux, le sol, l'espace d'entre-deux — et c'est ce classement-là, celui de *Bereshit* 1, que l'arche va recharger un par un] — sept paires, mâle (zakhar / זָכָר) et femelle (neqevah / נְקֵבָה) [zakhar et neqevah — les deux mots de l'engendrement, et non ceux du rang. Ce sont ceux de *Genèse* 1:27, employés là pour l'humanité et ici pour les bêtes : le corpus ne change pas de registre en passant des unes aux autres, parce que ces mots ne disent qu'une capacité, celle par où la ligne passe], pour maintenir la semence (zeraʿ / זֶרַע) en vie [zera — la graine, la semence : le principe de continuité propre à chaque espèce, déjà défini en Bereshit 1 verset 11. L'arche préserve non seulement les créatures mais leur capacité à se perpétuer] [lechayot — piel de chayah (חָיָה), vivre. La forme intensive rend le verbe causatif : non « vivre » mais faire vivre, tenir en vie ce qui ne s'y tiendrait pas seul. Ce n'est pas la bête qu'on sauve, c'est sa capacité à recommencer] sur la face de toute l'ʾeretz (haʾaretz / הָאָרֶץ).

Car dans sept jours encore, j'amènerai de la pluie (mamtir / מַמְטִיר) [hiphil de matar (מָטָר), la pluie : la forme causative fait du nom un acte — je fais pleuvoir. Le corpus ne dit pas que la pluie vient, il dit que quelqu'un la fait venir] sur l'ʾeretz — quarante jours et quarante nuits (ʾarbaʿim yom ve'arbaʿim laylah / אַרְבָּעִים יוֹם וְאַרְבָּעִים לָיְלָה) [quarante — unité fonctionnelle hébraïque de transformation : la durée qu'il faut pour qu'une réalité se transforme fondamentalement. Même chiffre pour les quarante ans au désert, les quarante jours de Moïse sur la montagne, les quarante jours d'Élie. Ce n'est pas une durée météorologique — c'est la durée d'une métamorphose cosmique] — et j'effacerai (umachiti / וּמָחִיתִי) [machah — effacer comme on efface une écriture de la surface sur laquelle elle était inscrite. Même terme qu'en Bereshit 6 verset 7 : retirer fonctionnellement ce qui avait été inscrit dans l'existence] tout ce qui se tient dans l'existence (hayiqum / הַיְקוּם) [yiqum — de qum (se tenir debout, exister) : tout ce qui a une stature dans le cosmos créé, tout ce qui se tient debout dans l'ordre fonctionnel. Un seul mot hébreu pour "tout ce qui vit et se tient dans l'existence"] que j'ai mis en place, de la face de l'ʾadamah (haʾadamah / הָאֲדָמָה).

Et Noach fit (vayaʿas / וַיַּעַשׂ) [de asah (עָשָׂה) — mettre en place, accomplir. Le corpus ne dit pas que Noach obéit : il dit qu'il fait, et il emploie pour cela le verbe même de la mise en œuvre de *Bereshit* 1. Entre l'ordre reçu et l'ordre exécuté, pas un mot sur ce qu'il en a pensé] selon tout ce que YHWH lui avait commandé.

Et Noach avait six cents ans, et le déluge (mabbul / מַבּוּל) [mabbul — le corpus ne l'emploie nulle part ailleurs que pour ces eaux-ci : aucune autre crue, aucune autre pluie ne le reçoit. Ce n'est pas le mot d'une inondation, c'est le nom d'un événement unique — et ce qui s'y produit n'est pas une eau de plus, c'est une dé-création : ce que *Bereshit* 1 avait séparé se remêle] était des eaux sur l'ʾeretz.

Et Noach vint — lui, ses fils, sa ʾishah (ʾishto / אִשְׁתּוֹ) [ʾishah — intraduisible. Non pas "femme" au sens social ni "épouse" au sens juridique : l'ʾishah est l'être édifié (banah) pour faire face à l'ʾish, tiré de lui et lui faisant face — "os de mes os, chair de ma chair" (Bereshit 2). Le lien ʾish/ʾishah est une alliance de l'être même, antérieure à tout contrat. Laissé en hébreu comme Ruach et Nefesh] et les ʾishah (neshei / נְשֵׁי) [neshei — pluriel construit de ʾishah : les ʾishah appartenant à, liées par alliance à] de ses fils avec lui — dans l'arche, loin des eaux du déluge [l'hébreu dit « de devant les eaux » — mipnei, de panim, la face. Les eaux ont une face, et l'on entre dans l'arche comme on se met à l'abri de quelque chose qui avance. C'est la préposition dont le corpus se sert pour fuir devant quelqu'un].

Parmi les grands quadrupèdes Tahor et parmi les grands quadrupèdes qui ne sont pas Tahor, parmi les créatures ailées (haʿof / הָעוֹף) et tout ce qui rampe (romes / רֹמֵשׂ) [de ramas (רָמַשׂ) — se mouvoir au ras du sol. Le mot ne dit ni la patte ni le ventre : il dit la hauteur à laquelle la bête se tient, et c'est ainsi que le corpus range le vivant — par le domaine où il se meut, jamais par son anatomie] sur l'ʾadamah [le verset reprend les catégories de *Bereshit* 1 et rien d'autre : les quadrupèdes, les ailées, ce qui rampe. Ce qui monte dans l'arche n'est pas un troupeau, c'est un classement — celui-là même que le premier récit avait posé] —

deux par deux (shnayim shnayim / שְׁנַיִם שְׁנַיִם) [l'hébreu redouble le nombre pour dire « deux par deux » : il n'a pas de tournure pour le distributif, il répète. Le verset 2 faisait de même — shivah shivah, sept par sept. Ce qui en français demande une préposition se fait ici en disant deux fois la même chose], ils vinrent vers Noach dans l'arche, mâle et femelle, comme ʾElohim l'avait commandé à Noach [le nom change, et rien ne le signale. C'est YHWH qui parlait au verset 1 ; c'est ʾElohim qui a commandé ici, et le verset 16 mettra les deux dans la même phrase. Le corpus alterne dans un seul récit sans jamais l'expliquer, et la traduction ne tranche pas ce qu'il ne tranche pas].

Et il advint, au bout de sept jours [sept jours d'attente, pendant lesquels rien n'arrive. Le corpus compte par sept d'un bout à l'autre de ce récit : sept jours ici, sept encore, puis sept entre deux envois de la colombe. Le sept est chez lui l'unité de ce qui est accompli — ce n'est pas un délai, c'est une mesure pleine], que les eaux du déluge survinrent sur l'ʾeretz.

Le mabbul

En l'an six cents de la vie de Noach, le deuxième mois, le dix-septième jour du mois [le corpus date, et c'est la première fois qu'il le fait à ce point : l'année d'un homme, le mois, le jour. Rien dans Bereshit n'avait encore reçu de date. Ce qui suit n'est pas un temps de récit — c'est un jour qu'on peut situer, et le corpus y reviendra pour dire quand les eaux s'arrêtent et quand le sol sèche] — en ce jour précis : toutes les sources (maʿayanot / מַעְיְנֹת) [les sources, de ayin (עַיִן) — l'œil, et par extension la source, ce qui s'ouvre et coule. L'hébreu emploie le même mot pour l'organe et pour le point d'eau] du grand tehom (tehom rabbah / תְּהוֹם רַבָּה) [tehom rabbah — écho délibéré de Bereshit 1, verset 2 : les eaux primordiales sans fond, sans limite, sans bord — sur lesquelles reposait le cosmos non encore ordonné. Ce que Bereshit 1 avait scellé sous et au-dessus remonte et s'ouvre : la décréation commence là où la création avait commencé — le tehom] se fendirent (nibqeʿu / נִבְקְעוּ) [de baqaʿ (בָּקַע) — fendre, au niphal : elles furent fendues. Le verbe est violent, et c'est le même que celui de la mer ouverte en *Shemot* 14. Ce qui avait été séparé au deuxième jour se rouvre : les eaux d'en bas remontent pendant que celles d'en haut descendent], et les écluses (ʾarubbot / אֲרֻבֹּת) [arubbot — les écluses, les fenêtres du ciel. Les shamayim retiennent les eaux supérieures — quand elles s'ouvrent, ce que la Voûte maintenait séparé se déverse] des shamayim s'ouvrirent.

Et la pluie (gueshem / גֶּשֶׁם) [gueshem — la pluie ordinaire, celle qui tombe sur les champs et qu'on attend chaque année. Au milieu de la dé-création, le corpus n'invente aucun mot : il emploie celui de tous les jours. Ce qui défait le monde n'est pas une eau d'une autre espèce — c'est la même eau, sans mesure] fut sur l'ʾeretz quarante jours et quarante nuits.

En ce même jour [l'hébreu dit « dans l'os même de ce jour » — etsem, l'os. C'est la formule de ce qui tombe au jour dit, ni la veille ni le lendemain, et le corpus la garde pour les jours qui feront date] vinrent Noach, et Shem (Shem / שֵׁם) [Shem — intraduisible : l'acte d'existence fonctionnelle lui-même — non pas "le nom" au sens français, mais ce qui fait entrer une réalité dans l'ordre en la nommant], Cham (Cham / חָם) [Cham — de cham (חָם) : chaleur] et Yafet (Yafet / יָפֶת) [Yafet — de pata (פָּתָה) : étendre, élargir], fils de Noach, et ʾishah de Noach (ʾeshet Noach / אֵשֶׁת נֹחַ) [ʾeshet — forme construite de ʾishah : "l'ʾishah de" — la forme construite désigne la relation d'alliance qui unit l'ʾishah à l'ʾish dont elle partage l'existence] et les trois ʾishah (neshei / נְשֵׁי) de ses fils avec eux — dans l'arche.

Eux et toutes les bêtes sauvages (chayah / חַיָּה) [de chayah (חָיָה) — vivre. Le mot qui nomme la vie nue nomme aussi la bête qu'on n'a pas apprivoisée : celle qui vit sans qu'on s'en occupe, la vitalité brute. Le corpus l'oppose au grand quadrupède, qui vit près de l'homme] selon leur espèce [lemino — selon son espèce, la formule qui scande *Bereshit* 1. Elle revient quatre fois dans ce seul verset : ce qui monte dans l'arche n'est pas une collection de bêtes, c'est l'ordre du premier récit remis à bord, catégorie par catégorie], et tous les grands quadrupèdes selon leur espèce, et tous les rampants (remes / רֶמֶשׂ) [même racine que romes au verset 8 : la chose et son mouvement portent le même mot. L'hébreu nomme souvent le vivant par ce qu'il fait, non par ce qu'il est] qui rampent sur l'ʾeretz selon leur espèce, et toutes les créatures ailées selon leur espèce — tout petit oiseau (tsippor / צִפּוֹר) [tsippor — l'oiseau singulier et identifiable, de tsafar (pépier, gazouiller) : distinct d'of (la catégorie fonctionnelle des créatures ailées) — tsippor désigne l'individu concret, l'oiseau nommable], toute aile (kanaf / כָּנָף).

Ils vinrent vers Noach dans l'arche, deux par deux, de toute chair (kol basar / כָּל-בָּשָׂר) [basar — l'existence incarnée, fragile et partagée : ce par quoi on est un vivant parmi les vivants. Non la « chair » que le français a chargée de morale — le mot ne dit ni le désir ni le contraire de l'esprit, il dit ce qui meurt. C'est pourquoi la formule kol basar peut désigner d'un seul coup les bêtes et les hommes : ils sont périssables ensemble] en qui est un Ruach de vie (ruach chayyim / רוּחַ חַיִּים) [ruach chayyim — le Ruach dans sa dimension vitale créaturelle : le souffle animant qui fait vivre chaque être. Distinct du Ruach d'ʾElohim de Bereshit 1 (présence divine agissante sur les eaux du chaos) — mais de même racine : tout ce qui a reçu du Ruach, tout ce qui vit par le Ruach, entre dans l'arche. La vie animée est préservée pendant que la décréation efface tout le reste].

Et ceux qui vinrent, mâle et femelle de toute chair, vinrent comme ʾElohim l'avait commandé à Noach — et YHWH referma (vayisguer / וַיִּסְגֹּר) derrière lui [YHWH referme la porte de l'arche — non Noach. L'arche est entre les mains de YHWH depuis son entrée jusqu'à sa sortie : Noach n'est pas capitaine, il est passager porté] [de sagar (סָגַר) — fermer, enclore. Le corpus ne dit pas ce qui est fermé : ni porte, ni battant, ni verrou. Il dit seulement qu'on a refermé derrière lui, et laisse le lecteur devant un geste sans objet].

La submersion

Et le déluge fut sur l'ʾeretz quarante jours — et les eaux se multiplièrent (vayirbu / וַיִּרְבּוּ) [de ravah (רָבָה) — devenir nombreux. Le verbe de la dotation du premier jour — soyez féconds, multipliez-vous — retourné contre le monde qu'il avait rempli] et soulevèrent (vayisʾu / וַיִּשְׂאוּ) [de nasa (נָשָׂא) — porter, soulever. Les eaux ne poussent pas la tevah, elles la portent : le verbe est celui qu'on emploie pour un fardeau qu'on prend sur soi] l'arche, et elle s'éleva au-dessus de l'ʾeretz [l'arche n'est jamais sujet d'un verbe de conduite dans tout ce récit : elle est soulevée, elle s'élève, elle va, elle se pose. Personne ne la mène. Ce que le corpus décrit n'est pas une traversée — c'est un portage].

Et les eaux dominèrent (vayigberu / וַיִּגְבְּרוּ) [de gavar (גָּבַר) — l'emporter, prévaloir. C'est la racine de gibbor, le puissant, et de gevurah, la capacité d'accomplir. Les eaux font ici ce que faisaient les gibborim du chapitre précédent : elles pèsent, elles dominent, elles l'emportent — et le corpus emploie leur mot] et se multiplièrent grandement sur l'ʾeretz — et l'arche allait (vatelekh / וַתֵּלֶךְ) [de halakh (הָלַךְ) — marcher, aller. Le corpus donne à l'arche le verbe de la marche, celui d'un vivant qui avance sur un chemin. Mais elle n'a ni pied ni gouvernail, et le chemin est une face d'eau sans bord] sur la face des eaux (al pnei hamayim / עַל-פְּנֵי הַמָּיִם) [écho délibéré de Bereshit 1, verset 2 : "la face des eaux primordiales était dans les ténèbres" — le Ruach d'ʾElohim couvait sur cette face. Le cosmos est retourné à son état d'avant l'ordination. Mais l'arche flotte sur cette face : la vie est préservée au-dessus du non-être].

Et les eaux dominèrent de plus en plus (meʾod meʾod / מְאֹד מְאֹד) [meʾod meʾod — superlatif redoublé. La même intensification que tov meʾod au dernier verset de Bereshit 1, pour l'accomplissement total du cosmos. Ici pour sa submersion totale — le chiasme est complet : ce qui était tov meʾod est maintenant pleinement et totalement recouvert] sur l'ʾeretz — et toutes les hautes montagnes sous tous les shamayim furent recouvertes [« sous tous les shamayim » : le corpus ne borne pas, il prend toute l'étendue qui tient sous la Voûte. On nomme le contenant pour dire tout le contenu — et ce contenant est celui-là même qui avait été tendu au deuxième jour de *Bereshit* 1 pour retenir les eaux d'en haut].

Quinze coudées (ʾammah / אַמָּה) [la coudée est la longueur de l'avant-bras, du coude au bout des doigts : le corpus mesure le monde avec un corps, non avec un étalon. Quinze coudées, c'est une quinzaine de bras d'homme — et le corpus ne dit pas au-dessus de quoi exactement il les compte] au-dessus les eaux dominèrent — et les montagnes furent recouvertes.

Et toute chair qui rampait sur l'ʾeretz expira (vayigvaʿ / וַיִּגְוַע) [gava — rendre le dernier souffle, expirer. Non le mot ordinaire pour "mourir" — le Ruach sort de la chair. Ce qui avait un Ruach de vie perd son Ruach] — parmi les créatures ailées, parmi les grands quadrupèdes, parmi les bêtes sauvages, parmi tous les grouillants qui grouillent sur l'ʾeretz, et tout l'Être façonné du sol [la liste défait ce que *Bereshit* 1 avait rangé, et elle finit par où l'autre finissait : l'Être façonné du sol est nommé en dernier, après les ailées, les quadrupèdes, les bêtes et les grouillants. Il avait été fait le dernier ; il est effacé le dernier, à la même place].

Tout en qui était la neshamah (nishmat / נִשְׁמַת) [neshamah — terme de Bereshit 2 (PRIORITÉ ABSOLUE, non encore traitée avec l'auteur). Ici employé pour toute créature vivante dans la formulation nishmat ruach chayyim (la neshamah du Ruach de vie). À noter : dans Bereshit 2, la neshamah est soufflée spécifiquement dans les narines de l'adam par ʾElohim. Ici elle est étendue à toute créature "en qui est la neshamah du Ruach de vie dans ses narines" — une extension qui devra être examinée lors du traitement de Bereshit 2] du Ruach de vie (ruach chayyim / רוּחַ חַיִּים) dans ses narines [les narines, et non le cœur ni la poitrine : le corpus revient à l'endroit exact de *Bereshit* 2, là où le souffle avait été mis. Ce qui a été donné par là repart par là] — tout ce qui était sur la terre ferme — mourut.

Et il effaça tout ce qui se tenait dans l'existence sur la face de l'ʾadamah — depuis l'Être façonné du sol jusqu'aux grands quadrupèdes, jusqu'aux rampants et jusqu'aux créatures ailées des shamayim — ils furent effacés de l'ʾeretz. Et seul (ʾakh / אַךְ) [akh — la particule qui retranche. Elle ne dit pas « seul » comme on le dit d'un homme qui n'a personne : elle dit « rien que », ce qui reste quand tout le reste a été ôté. Le verset vient d'effacer une liste entière, puis il pose ce mot — et ce qui suit est tout ce qui n'a pas été effacé] demeura Noach, et ceux qui étaient avec lui dans l'arche.

Et les eaux dominèrent sur l'ʾeretz cent cinquante jours [cent cinquante jours de domination, et non de pluie : la pluie, elle, avait duré quarante jours. Le corpus tient deux comptes — le temps qu'il a fallu pour couvrir et le temps où l'eau a régné — et il ne dit pas si le second contient le premier].

Le retrait des eaux

Et ʾElohim se souvint (vayizkor / וַיִּזְכֹּר) [zakar — se souvenir en hébreu n'est pas un acte cognitif passif : c'est un engagement actif. Quand ʾElohim "se souvient" de quelqu'un, il entre en action pour lui. Ce verset est le pivot du chiasme — le tournant exact entre la décréation et la re-création] de Noach, et de toutes les bêtes sauvages, et de tous les grands quadrupèdes qui étaient avec lui dans l'arche [il se souvient aussi des bêtes. Le verset les nomme une à une — les sauvages, les quadrupèdes — au même titre que Noach : ce qui va se rouvrir ne se rouvre pas sur un homme seul, mais sur tout ce qui avait été embarqué]. Et ʾElohim fit passer un Ruach (ruach / רוּחַ) sur l'ʾeretz [écho délibéré de Bereshit 1, verset 2 : "le Ruach d'ʾElohim couvait sur la face des eaux." Le même geste inaugural — le Ruach sur les eaux comme signal de l'inauguration d'un ordre nouveau. La re-création commence par la même formulation que la création] [vayaʿaver — hiphil de avar (עָבַר), passer. La forme causative dit il fit passer : le Ruach ne se lève pas de lui-même, on le fait passer. En *Bereshit* 1 il couvait sur les eaux ; ici il les traverse. Le même souffle, deux gestes] — et les eaux s'apaisèrent (vayashochu / וַיָּשֹׁכּוּ) [de shakhakh (שָׁכַךְ) — s'apaiser, retomber. Un verbe qui se dit d'une colère autant que d'une eau : le corpus ne précise pas laquelle des deux se calme].

Les sources du tehom se refermèrent (vayissakheru / וַיִּסָּכְרוּ) [de sakhar (סָכַר) — boucher, au niphal : elles furent obstruées. Le mouvement inverse de nibqeʿu, et le corpus emploie deux verbes appariés pour ouvrir puis refermer les mêmes sources], et les écluses des shamayim — et la pluie fut retenue (vayikkaleʾ / וַיִּכָּלֵא) [de kala (כָּלָא) — enfermer, retenir, au niphal : elle fut retenue. Le corpus ne dit pas que la pluie a cessé, il dit qu'on l'a retenue — le même passif qu'au verset 11 du chapitre précédent pour les sources qui furent fendues. Ce qui s'ouvre et ce qui se ferme, personne ne le fait de soi-même] des shamayim [écho inversé de 7:11 : ce qui s'était ouvert se referme. Le chiasme structurel est symétrique — la décréation et la re-création sont comme deux mains qui s'ouvrent et se referment].

Et les eaux retournèrent (vayashuvu / וַיָּשֻׁבוּ) [de shuv (שׁוּב) — se retourner, revenir : la racine de la teshuvah, le mouvement de retour vers la présence quittée. Ici ce sont les eaux qui le font. Elles reviennent d'où elles étaient venues, et le monde reparaît par leur retour] de sur l'ʾeretz, allant et revenant (halokh vashuv / הָלוֹךְ וָשׁוֹב) [halokh vashuv — figure hébraïque du mouvement progressif et graduel : les eaux se retirent lentement, pas par rupture soudaine. La re-création se fait dans le même ordre lent et fonctionnel que la création] — et les eaux diminuèrent au bout de cent cinquante jours.

Et l'arche se posa (vatanach / וַתָּנַח) [tanach — de nuach (se reposer, se poser). Même racine que Noach. L'arche "repose" — elle porte dans son nom le Shem fonctionnel de celui qu'elle transporte. Noach avait été nommé "celui qui apportera le repos" (Bereshit 5) — l'arche accomplit ce Shem en se posant] le septième mois, le dix-septième jour du mois [du dix-septième jour du deuxième mois au dix-septième jour du septième : cinq mois jour pour jour — et le dernier verset du chapitre précédent les comptait cent cinquante jours. Le corpus donne les deux, la date et la durée, et elles ne tombent juste qu'à trente jours par mois. Il ne dit nulle part qu'il compte ainsi : il compte ainsi], sur les montagnes d'Ararat (ʾArarat / אֲרָרָט) [ʾArarat — le royaume d'Ourartou : l'Arménie antique, territoire montagneux au septentrion de Shinʿar].

Et les eaux allaient et diminuaient (halokh vechasor / הָלוֹךְ וְחָסוֹר) [même construction qu'au verset 3 — deux infinitifs posés côte à côte pour dire que cela continue — mais avec chaser (חָסֵר), manquer, diminuer. L'hébreu n'a pas d'adverbe pour « peu à peu » : il apparie deux verbes, et la lenteur s'entend dans l'appariement] jusqu'au dixième mois — au dixième mois, le premier du mois, les sommets des montagnes apparurent (nirʾu / נִרְאוּ) [nirʾu — de raʾah (apparaître, se montrer). Écho délibéré de Bereshit 1, verset 9 : "que le sol sec apparaisse" (vayera hayabashah). Les mêmes montagnes qui avaient été recouvertes émergent des eaux — la re-création suit les mêmes étapes que la création].

Les envois d'oiseaux

Et au bout de quarante jours [quarante — la période de transformation est achevée : ce qu'il fallait transformer a été transformé], Noach ouvrit la fenêtre (challon / חַלּוֹן) [challon — la fenêtre, l'ouverture pratiquée dans une paroi. Ce n'est pas le mot de *Bereshit* 6 : là, l'ouverture de l'arche était un tsohar, une ouverture de lumière au sommet. Deux mots, et le corpus ne dit pas si c'est le même trou] de l'arche qu'il avait faite.

Et il envoya le corbeau (haʿorev / הָעֹרֵב) (ʿorev / עֹרֵב) [le corbeau — le grand oiseau noir. Le corpus le nomme, l'envoie, et n'en dit rien de plus : ni pourquoi celui-là d'abord, ni ce qu'il a trouvé. Le silence est ce que le texte donne ici] — et il sortit, allant et revenant (yatsoʾ vashuv / יָצוֹא וָשׁוֹב) [sortant et revenant, la même construction à deux infinitifs qu'aux versets 3 et 5. Elle dit un va-et-vient qui dure, sans début ni fin marqués — et le corpus ne dit pas si l'oiseau se posait], jusqu'au tarissement des eaux de sur l'ʾeretz.

Et il envoya la colombe (hayonah / הַיּוֹנָה) (yonah / יוֹנָה) [la colombe — l'oiseau qu'on trouve près des lieux habités. Le corpus la nomme, et pas davantage] loin de lui, pour voir si les eaux s'étaient allégées (haqallu / הֲקַלּוּ) [de qalal (קָלַל) — alléger, réduire le poids ; le ha- qui l'ouvre est la particule d'interrogation, « est-ce que ». C'est le verbe que YHWH emploiera au verset 21 pour ce qu'il ne fera plus à l'ʾadamah. Les eaux pèsent sur la Terre : ce qui s'en retire est un poids, non un volume] de sur la face de l'ʾadamah.

Et la colombe ne trouva pas de lieu de repos (manoach / מָנוֹחַ) [manoach — même racine que Noach et nuach : un endroit où se poser, où reposer. La colombe cherche un manoach — ce que Noach lui-même était destiné à apporter] pour la plante de son pied [l'hébreu dit « la paume de son pied » — kaf, le creux de la main. Le même mot pour la main qui se creuse et pour le dessous du pied : ce qui se pose et qui épouse. Il ne manquait pas de terre à la colombe, il lui manquait quelque chose sur quoi appuyer] — et elle revint vers lui dans l'arche, car des eaux étaient sur la face de toute l'ʾeretz. Il étendit la main et la prit et l'amena vers lui dans l'arche.

Et il attendit encore sept autres jours [sept, puis sept encore. Noach ne compte pas les jours qu'il faudrait : il compte par semaines pleines, comme le corpus l'avait fait avant l'entrée dans l'arche. Rien ne dit qu'on lui ait donné ce rythme ; il l'a] — et de nouveau il envoya la colombe hors de l'arche.

Et la colombe revint vers lui à l'heure du soir (leʿet ʿerev / לְעֵת עֶרֶב) [au temps du soir : erev, le mot du basculement de *Bereshit* 1 — « il y eut un soir, puis un matin ». Le corpus donne l'heure de ce retour-là, et il ne donne l'heure d'aucun autre] — et voici : un rameau d'olivier (aleh zayit / עֲלֵה-זַיִת) [aleh — la feuille, de alah (עָלָה), monter : la feuille est ce qui monte de la branche. C'est la racine de l'ʿOlah, l'offrande qui monte, et Noach en fera monter au verset 20. Le corpus n'établit aucun lien entre les deux ; le mot le porte] fraîchement cueilli (taraf / טָרָף) [une feuille fraîchement arrachée, non tombée. Le mot dit que la végétation repousse, non qu'elle surnage : c'est ce détail qui informe Noach, et le corpus laisse le lecteur le déduire seul (§4.9)] était dans son bec. Et Noach sut (vayedaʿ / וַיֵּדַע) [de yada (יָדַע) — connaître par participation, la racine de la daʿat. Noach ne déduit pas et ne conclut pas : le corpus dit qu'il sut. Ce qu'il a vu est entré en lui, et il n'y a rien eu entre les deux] que les eaux s'étaient allégées de sur l'ʾeretz.

Et il attendit encore sept autres jours — et il envoya la colombe, et elle ne revint plus vers lui.

Et il advint, en l'an six cent un, le premier mois, le premier du mois — les eaux s'étaient retirées (charvu / חָרְבוּ) [de charav (חָרֵב) — être à sec. Non « l'eau s'est retirée » mais le sol est devenu sec, ce qui n'est pas la même chose et demande du temps : le corpus distingue les deux étapes] de sur l'ʾeretz. Et Noach ôta le couvercle (mikhseh / מִכְסֵה) [de kasah (כָּסָה) — couvrir. C'est le verbe qui disait, au chapitre précédent, que les montagnes furent recouvertes : le même geste, à l'échelle d'un couvercle. Noach découvre son arche le jour où l'ʾeretz a fini d'être découverte] de l'arche et examina (vayarʾ / וַיַּרְא) [vayar — le regard évaluateur. C'est Noach qui exerce ici le regard de raʾah — comme ʾElohim dans toute Bereshit 1, le représentant fonctionnel évalue l'état de la création dont il a la charge] — et voici que la face de l'ʾadamah (pnei haʾadamah / פְּנֵי הָאֲדָמָה) [pnei haʾadamah — écho délibéré de Bereshit 1, verset 2 : "la face des eaux primordiales" était dans les ténèbres. Maintenant c'est la face de l'ʾadamah qui est visible — la re-création a renversé la décréation terme pour terme] s'était retirée.

Et le deuxième mois, le vingt-septième jour du mois — l'ʾeretz était sèche (yaveshah / יָבְשָׁה) [de yavesh (יָבֵשׁ) — être sec. C'est le mot du sol sec de *Genèse* 1:9, hayabashah, ce qui apparaît quand les eaux se rassemblent. Le corpus avait employé un autre verbe la veille — charvu, l'eau s'est retirée — et il attend près de deux mois avant d'écrire celui-ci : entre l'eau partie et le sol sec, il y a un temps].

La sortie de la tevah

Et ʾElohim parla (vayedabber / וַיְדַבֵּר) [vayedabber — non pas vayomer (il formula) : davar est la parole dans sa dimension de communication relationnelle directe, adressée à quelqu'un. ʾElohim ne prononce plus une parole cosmique performative — il parle à Noach personnellement] à Noach, en disant :

« Sors de l'arche — toi, ta ʾishah (ʾishtekha / אִשְׁתְּךָ), tes fils et les ʾishah (neshei / נְשֵׁי) de tes fils avec toi [l'ordre a changé. À l'entrée, le corpus rangeait les hommes ensemble puis les femmes ensemble — lui, ses fils, sa ʾishah, et les ʾishah de ses fils. Ici, dans l'ordre donné, il range par couples. Et le verset 18, qui exécute celui-ci, remettra l'ordre de l'entrée — le corpus ne commente ni l'un ni l'autre].

Toutes les bêtes sauvages qui sont avec toi — de toute chair, parmi les créatures ailées, parmi les grands quadrupèdes et parmi tous les rampants qui rampent sur l'ʾeretz — fais-les sortir (haytseʾ / הַיְצֵא) [hiphil de yatsa (יָצָא), sortir : la forme causative fait de « sortir » « faire sortir ». Les bêtes ne sortiront pas d'elles-mêmes, et ʾElohim ne les fait pas sortir lui-même — il en charge Noach] avec toi, et qu'ils grouillent (vesharetsu / וְשָׁרְצוּ) [sherets/sharetz — le grouillant de Bereshit 1 : les eaux qui fourmillent de Nefesh vivants. Ici l'ʾeretz entière reprend son grouillant — le cosmos retrouve sa densité de vie] sur l'ʾeretz, et qu'ils soient féconds et qu'ils se multiplient (ufaru verabu / וּפָרוּ וְרָבוּ) [écho délibéré de Bereshit 1, verset 22 : la dotation des créatures — "soyez féconds et multipliez-vous." La même formule de plénitude fonctionnelle est répétée — la re-création reprend depuis le même point que la création] sur l'ʾeretz. »

Et Noach sortit — lui, ses fils, sa ʾishah (ʾishto / אִשְׁתּוֹ) et les ʾishah (neshei / נְשֵׁי) de ses fils avec lui.

Toutes les bêtes sauvages, tous les rampants et toutes les créatures ailées — tout ce qui rampe sur l'ʾeretz — selon leurs familles (lemishpechoteihem / לְמִשְׁפְּחֹתֵיהֶם) [lemishpechoteihem — selon leurs familles. Non plus "selon leur espèce" (leminim) de Bereshit 1 — mais selon leurs familles : l'espèce s'est déclinée en familles à l'intérieur de l'arche. L'ordre du cosmos s'est affiné au cours du déluge — la diversité fonctionnelle s'est enrichie] — ils sortirent de l'arche.

L'ʿolah et la promesse de YHWH

Et Noach édifia (vayiven / וַיִּבֶן) [banah — bâtir, construire. Le même verbe que pour la construction de la ʾishah en Bereshit 2. Noach édifie un autel comme on construit quelque chose de durable — un geste d'architecte, non d'improvisation] un autel (mizbeach / מִזְבֵּחַ) [de zavach (זָבַח) — égorger, sacrifier : le mizbeach est le lieu où l'on égorge, et le mot ne dit rien d'autre. « Autel » évoque en français une table, un meuble de culte ; l'hébreu nomme ce qui s'y fait, et le nomme crûment] à YHWH — et il prit de tous les grands quadrupèdes Tahor et de toutes les créatures ailées Tahor, et il fit monter des ʿOlot (ʿolot / עֹלֹת) [ʿOlot — intraduisible. De alah (עָלָה) — monter, s'élever. Les offrandes qui montent vers YHWH dans la fumée. Le premier geste de Noach hors de l'arche — avant même de planter une vigne ou de bâtir un abri — est un acte d'ʿOlot : la re-création est accueillie par un geste d'élévation vers YHWH] sur l'autel.

Et YHWH perçut (vayarach / וַיָּרַח) [de ruach (רו״ח) — les consonnes mêmes de la Ruach. Le verbe dit il respira l'odeur, et il est bâti sur la racine du souffle. Le même jeu ferme les six ruachim en *Ésaïe* 11:3, où vaharicho — il respirera — vient de la même racine. Ce que YHWH reçoit de l'ʿolah, il le reçoit par où il donne la vie] l'arôme de repos (reach hannichoach / רֵיחַ הַנִּיחֹחַ) [reach hannichoach — l'arôme qui apaise, l'odeur de quiétude. De nuach (se reposer, s'installer) — même racine que Noach. L'arôme des ʿOlot de Noach produit le nuach de YHWH : ce que Noach était fonctionnellement destiné à apporter au monde (Bereshit 5 — "celui qui nous apportera le repos") s'accomplit ici dans la fumée de ses ʿOlot. Le Shem fonctionnel de Noach atteint sa plénitude] — et YHWH dit en son lev (el libbo / אֶל-לִבּוֹ) [el libbo — YHWH ne parle pas à Noach ni au cosmos : il se parle à lui-même, dans l'intimité de sa délibération souveraine intérieure] :

« Je n'ajouterai plus à retirer de sa Kavod (qallel / לְקַלֵּל) [qallel — de qalal : alléger, réduire le poids fonctionnel. Kavod (כָּבוֹד) est la pesanteur fonctionnelle d'une réalité dans l'ordre cosmique — sa substance, son poids d'existence. Opposé exact de barakh (doter, alourdir de capacité fonctionnelle). L'ʾadamah a encore de la Kavod après Gn 3 — elle produit encore, elle fonctionne encore. Ce que YHWH ne refera pas : en retirer davantage] l'ʾadamah à cause de l'Être façonné du sol — car ce que forme (yetser / יֵצֶר) [yetser — écho délibéré de Bereshit 6, verset 5 : "tout ce que formait (yetser) la pensée de son lev n'était que raʿ." La même impulsion constitutive demeure. YHWH fait sa promesse non parce que l'humanité a changé — mais en regardant en face le fait qu'elle ne change pas] le lev (lev / לֵב) de l'Être façonné du sol est raʿ (raʿ / רַע) [raʿ — ce qui rate sa destination, l'état de ce qui s'est écarté de sa fonction. Non « le mal » au sens moral que le français a pris : le corpus ne dit pas que le lev est méchant, il dit qu'il est de travers, qu'il ne va pas où il devait aller. chataʾ est l'acte, raʿ est l'état] dès sa jeunesse — et je n'ajouterai plus à frapper tout vivant comme je l'ai fait [« je n'ajouterai plus », dit deux fois dans le même verset : lo osif, de yasaf (יָסַף), ajouter. L'hébreu ne dit pas « jamais » — il dit qu'on n'en remettra pas. La promesse ne porte pas sur l'éternité : elle porte sur ce qui ne sera pas répété].

Tous les jours de l'ʾeretz (kol yemei haʾaretz / כֹּל יְמֵי הָאָרֶץ) [« tous les jours de l'ʾeretz » — la formule même qui refermait chaque vie de la généalogie : tous les jours de X furent N ans. Ici elle est dite de l'ʾeretz, et sans nombre. L'ʾeretz a des jours comme un vivant en a ; le corpus ne dit pas combien] —
semailles (zeraʿ / זֶרַע) [le même mot qu'au verset 3 du chapitre précédent, où il disait la semence qu'il fallait maintenir en vie. Ici il dit le moment où on la met en terre. L'hébreu ne sépare pas la graine du geste qui la sème] et moisson (qatsir / קָצִיר),
froid (qor / קֹר) et chaleur (chom / חֹם),
été (qayits / קַיִץ) et hiver (choref / חֹרֶף),
et jour (yom / יוֹם) et nuit (laylah / לָיְלָה) [trois mérismes successifs : les deux extrémités du cycle agricole, les deux extrémités de la température, les deux extrémités du temps quotidien — la totalité du temps dans toutes ses dimensions. La figure du mérisme de Bereshit 1 portée à son maximum : la totalité du cosmos temporel] —
ne marqueront pas de cessation (loʾ yishbotu / לֹא יִשְׁבֹּתוּ) [lo yishbotu — de shavat : ils ne feront pas de Shabbat. La même racine que le Shabbat d'ʾElohim en Bereshit 1. Ce que YHWH avait consacré — le rythme du temps — ne sera plus interrompu. La promesse de continuité cosmique est formulée dans la langue même du Shabbat : le temps fera désormais son propre Shabbat en permanence, sans rupture]. »