La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

lev

Formes : lev, Lev, levav

Prononciation

LEV — une seule syllabe. le-VAV pour la forme longue : deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).

Deux choses à savoir, et elles suffisent.

- Le `e` est fermé, celui d'« été » — non le `e` muet de « le ». On dit lév, jamais « leuv ». - Le `v` est un bet sans point. La même lettre, pointée, donnerait `b` : c'est pourquoi le mot s'écrit `lev` et non « leb », et pourquoi la forme longue en porte deux, le-VAV.

Aucune consonne de gorge ici, aucun piège d'articulation. La faute probable est ailleurs : un francophone avance l'accent et dit LÉ-vav. L'hébreu le met au bout.

Quelqu'un se parle, et personne n'entend

Voici la scène. Tiens-toi dedans avant de chercher une définition.

ʾAvraham vient d'apprendre qu'il aura un fils à cent ans. Il tombe la face contre terre, et il rit. Puis, couché là, il dit quelque chose — mais rien ne sort de sa bouche. Le corpus écrit vayomer bilibbo (בְּלִבּוֹ) : il formula dans son lev.

Pèse cette phrase. Il n'a pas ressenti quelque chose. Il a prononcé un énoncé que personne n'a entendu, et cet énoncé a un sujet, un verbe, une objection : « Un homme de cent ans engendrerait-il ? » C'est un raisonnement. Il se tient quelque part, et l'hébreu dit où.

Neuf unités plus tôt, la même formule, mais le sujet est YHWH : au sortir du mabbul, il dit el libbo (לִבּוֹ) qu'il ne frappera plus le vivant. Là non plus personne n'écoute. Là non plus il ne s'agit pas d'une émotion qui monte — il s'agit d'une décision qui s'arrête.

Le lev est cet endroit-là : la salle où l'on délibère, et où la délibération s'achève par une phrase.

Où va le sentiment, puisqu'il ne va pas là

Tu vas demander : alors, quand un homme de ce monde-là est bouleversé, qu'est-ce qui bouge en lui ?

Regarde Yosef. Ses frères sont devant lui, et il ne les a pas revus depuis des années. Le corpus ne dit pas que son lev se serre. Il dit que ses rachamim (רַחֲמָיו) se sont échauffés — et rachamim, ce sont les entrailles, le même mot que la matrice. Puis il quitte la salle, cherche une chambre, et pleure dedans.

Le sentiment est en bas, dans le ventre. Il chauffe, il monte, il déborde en larmes. C'est là qu'on est pris.

Le lev n'est pas là. Il est au-dessus, et il travaille : il pèse, il compare, il tranche. Notre mot « cœur » a fini par tenir les deux offices à la fois, et c'est exactement pour cela qu'il ne peut plus rendre celui-ci.

Ce n'est pas que le lev ignore la joie — le corpus dit d'un homme qu'il en verra un autre et se réjouira dans son lev. Mais ce que le lev fait de la joie, c'est encore la peser.

Le lev de Pharaon ne devient pas cruel — il devient lourd

C'est ici que le mot se joue, et l'écart avec le français y est le plus grand.

Un lecteur français lit « son cœur s'endurcit » et comprend : il devient méchant, il cesse d'avoir pitié. Ce n'est pas ce qui est écrit.

Le récit de *Shemot* 4 à 14 emploie trois verbes sur ce lev, et aucun des trois ne parle de cruauté :

| le verbe | ce qu'il fait au lev | |---|---| | chazaq (וַיֶּחֱזַק) | le raidit — il devient ferme, il ne plie plus | | qashah (אַקְשֶׁה) | le durcit — dur comme une chose dure | | kaved (כָּבֵד) | l'alourdit |

Arrête-toi sur le troisième, parce qu'il décide de tout. Kaved, c'est la racine de la kavod : être lourd, peser. Dans ce monde, le poids est ce qui donne à une chose sa réalité.

Et voilà le retournement. Le lev de Pharaon gagne du poids au mauvais endroit. Un lev est fait pour bouger : recevoir un fait nouveau, le peser, changer d'avis s'il le faut. Un lev lourd ne bouge plus.

Ce que le récit raconte n'est donc pas un homme qui devient méchant. C'est un homme qui cesse de pouvoir changer d'avis. Le fait nouveau arrive dix fois — le sang, les grenouilles, la grêle, les premiers-nés —, et dix fois il ne passe pas la porte. À la fin, Pharaon lance ses chars derrière une mer qui s'est ouverte devant lui : il a toute l'information, et plus aucun moyen de s'en servir.

Notre récit parle de dureté de sentiment. Celui-ci parle d'irrévocabilité. Ce ne sont pas deux nuances du même : ce sont deux histoires.

Deux mots, et l'hébreu ne choisit pas

Le corpus écrit tantôt `lev` (לֵב), tantôt `levav` (לֵבָב). Ce ne sont pas deux mots : c'est un mot à deux tailles, et la langue prend l'une ou l'autre sans qu'aucun sens change.

On peut le voir se faire, à quatre versets d'écart, dans le même récit et sur le même homme :

Shemot 14:4 je raidirai le lev de Pharaon Shemot 14:5 et le levav de Pharaon fut retourné Shemot 14:8 YHWH raidit le lev de Pharaon

Le témoin porte deux entrées différentes pour ces trois lignes. La langue, elle, n'a rien distingué.

C'est la forme longue que retient le Shema — de tout ton levav (לְבָבְךָ), de tout ton Nefesh, de toute ta force. Et c'est elle encore quand YHWH dit à Shemuel que l'homme regarde aux yeux et que lui regarde au levav (לַלֵּבָב). Lis bien l'opposition : elle ne met pas l'apparence en face du sentiment. Elle met ce qui se voit en face de l'endroit où l'on décide.

Deux mots qui se ressemblent chez nous, et pas chez eux

Ceci n'est pas une curiosité de philologue. C'est un piège que notre alphabet fabrique, et dont l'hébreu est innocent.

levado לְבַדּוֹ « lui seul » de bad levenah לְבֵנִים « brique » de laban

Ni l'un ni l'autre ne vient du lev. Leur lamed initial n'est pas la première lettre du mot : c'est la préposition « à, pour » collée devant autre chose.

Et le hasard veut que le second soit sous nos yeux depuis *Bereshit* 11 : les bâtisseurs de Bavel se disent faisons des levenim. Il n'y a pas un seul lev dans toute la tour — vérifié au témoin —, malgré ce que la page laisse croire à l'œil français.

La ressemblance est dans notre translittération, pas dans la racine.

Voir aussi

kavod, pour le poids qui rend réel — et qui, mal placé, immobilise. binah, qui sépare entre : c'est l'opération même que le lev accomplit. daʿat, pour le connaître qui engage. Nefesh et basar, les deux autres façons de dire l'être entier — le lev n'est pas un quatrième morceau de l'homme, c'est l'homme en tant qu'il délibère.

Ce sur quoi cette fiche repose

Six occurrences dans le corpus écrit — *Genèse* 6:5, 6:6, 8:21 (deux fois), 17:17 et 18:5 —, toutes sous la forme courte. Le locus n'est pas encore écrit : le §2.5 le fixe à *Shemot* 4-14 et à *Devarim* 6:5, et cette fiche devra être reprise quand ils le seront. Le témoin a fourni le reste — *Genèse* 43:30 pour les rachamim, *Shemot* 14:4-8 pour l'alternance des deux formes, 1 Samuel 16:7 pour le regard qui va au levav.

Formes

lev · levav · libbo · el-libbo · el libbo · bilibbo · vayomer bilibbo · machshevot libbo · libbekhem · levavkha · yetser lev

Source

3820 a + 3824 · לֵב

Dans le corpus

16 occurrences