Bereshit 6
Bereshit 6
Les fils d'Elohim et les Nephilim
Et il advint, quand l'Être façonné du sol (ha-adam / הָאָדָם) commença à se multiplier sur la face du sol concret (ha'adamah / הָאֲדָמָה) et que des filles leur furent engendrées —
les fils d'Elohim (benei ha-elohim / בְּנֵי הָאֱלֹהִים) [benei ha-elohim — les membres du Conseil Divin, les êtres célestes de l'assemblée divine. Déjà convoqués implicitement par le "faisons" de Bereshit 1, verset 26 : la délibération du Conseil Divin sur la création de l'adam. Ces êtres habitent le domaine céleste et participent au gouvernement du cosmos sous l'autorité d'Elohim] virent (vayir'u / וַיִּרְאוּ) [vayir'u — même racine que vayar (examiner). Mais ce n'est pas le regard évaluateur du maître d'œuvre — c'est le regard de désir qui précède la prise] que les filles de l'Être façonné du sol (benot ha-adam / בְּנוֹת הָאָדָם) étaient tov (tovot / טֹבֹת) [tovot — féminin pluriel de tov. Non pas "belles" au sens esthétique — tov dans sa plénitude fonctionnelle. Le même regard souverain d'évaluation qu'Elohim portait sur son œuvre est maintenant exercé par des êtres célestes sur des filles humaines], et ils prirent des ishah (nashim / נָשִׁים) [nashim — pluriel de ishah. La frontière entre le domaine céleste et le domaine humain — instaurée et maintenue depuis Bereshit 1 — est franchie. Ce que l'adam avait voulu faire (monter au niveau d'Elohim, Bereshit 3), ce sont ici les membres du Conseil Divin qui le font en sens inverse : descendre dans le domaine humain] parmi toutes celles qu'ils choisirent.
YHWH (YHWH / יְהוָה) dit :
« Mon Ruach (ruachi / רוּחִי) ne demeurera plus (lo yadon / לֹא-יָדוֹן) [yadon — verbe rare : rester, demeurer, ou : lutter, contendre. Le Ruach de YHWH — la présence vitale qui animait le cosmos depuis Bereshit 1 et qui avait été soufflée dans les narines de l'adam en Bereshit 2 — ne persistera plus dans la chair mortelle de l'humanité indéfiniment. La confusion des domaines a des conséquences sur la présence divine dans la créature] dans l'Être façonné du sol (ba-adam / בָּאָדָם) le'olam (le'olam / לְעֹלָם) [le'olam — déjà posé en Bereshit 3:22 : vers/jusqu'à l'olam, vers l'horizon temporel que le regard humain ne peut pas discerner. Le Ruach de YHWH ne demeurera pas indéfiniment dans la chair mortelle — la confusion des domaines a une limite que YHWH pose ici], car lui — c'est de la chair (basar / בָּשָׂר) [basar — la chair dans sa dimension mortelle et créaturelle. Non pas le corps comme siège de l'âme (catégorie grecque) — mais la matière vivante et périssable de la créature. L'adam est basar : il vient de l'adamah, il retourne à l'adamah. La confusion avec le domaine céleste ne peut pas durer] — ses jours seront de cent vingt ans. »
Les Nephilim (nephilim / נְפִילִים) [Nephilim — intraduisible. De napal (tomber) : ceux qui sont tombés, ou ceux qui font tomber, ou les êtres de la chute — le texte laisse l'ambiguïté délibérément ouverte. Des êtres qui ne sont ni pleinement célestes ni pleinement humains : la confusion des domaines a produit des existences sans identité fonctionnelle claire] étaient sur la Terre en ces jours-là — et aussi après — quand les fils d'Elohim s'unirent aux filles de l'Être façonné du sol et qu'elles leur engendrèrent des fils. Ce sont les puissants (gibborim / גִּבֹּרִים) [gibborim — de gibbor : le puissant, le héros de force brute. Non la sagesse ni la fidélité fonctionnelle — la puissance comme valeur propre] me'olam (me'olam / מֵעוֹלָם) [me'olam — depuis l'olam (déjà posé en Bereshit 3:22 et 6:3) : depuis l'horizon temporel que le regard humain ne peut pas discerner. Ces gibborim sont issus d'une profondeur de temps que la mémoire ordinaire ne traverse pas — leur renommée précède l'histoire connue], les hommes du Shem (anshei hashem / אַנְשֵׁי הַשֵּׁם) [anshei hashem — les hommes du Shem : ceux dont le Shem résonne à travers le monde, dont l'existence est déclarée et reconnue par la puissance. Mais ce Shem est un Shem humain de renommée et de domination — non le Shem de YHWH que la lignée de Shet avait commencé à invoquer en Bereshit 4].
Le nacham de YHWH
YHWH examina (vayar / וַיַּרְא) [vayar — le regard évaluateur du maître d'œuvre, comme dans toute Bereshit 1. Mais ce qu'il constate est l'inverse de tov : un cosmos retourné contre sa fonction] que le ra (ra'at / רָעַת) [ra — ici sous sa forme nominale construite ra'at : le ra de, la dysfonction structurelle de. Ra déjà posé en Bereshit 2:9] de l'humanité était grand sur la Terre, et que tout ce que formait (yetser / יֵצֶר) [yetser — de yatsar (le potier de Bereshit 2) : l'impulse intérieure façonnée au fond de l'être. Ce que le cœur humain forme en lui-même — ses intentions les plus profondes, ses orientations constitutives] la pensée de son cœur (machshevot libbo / מַחְשְׁבֹת לִבּוֹ) n'était que ra tout le jour.
Et YHWH nacham (vayinachem YHWH / וַיִּנָּחֶם יְהוָה) [nacham — intraduisible. Deux dimensions indissociables : être affecté dans ses entrailles — une émotion qui saisit au fond de soi, physiquement, comme une contraction viscérale — et reconsidérer depuis cet endroit affecté. Non pas un simple changement d'avis ni une simple tristesse : la totalité de l'être ébranlée par la réalité de ce qui a été fait. Le même mot qui nomme Noach (Bereshit 5) et qui désigne la consolation. Ici appliqué à YHWH — le texte ne l'atténue pas] d'avoir fait l'humanité sur la Terre, et il fut saisi d'itsavon (vayit'atsev / וַיִּתְעַצֵּב) [itsavon — la même douleur de Bereshit 3 : celle de l'ishah dans l'enfantement, celle de l'adam dans le travail du sol. Maintenant YHWH lui-même est saisi de cet itsavon. Ce que ses créatures portent depuis l'expulsion du Jardin, YHWH le porte en voyant ce qu'elles sont devenues] jusqu'au cœur (el-libbo / אֶל-לִבּוֹ).
YHWH dit :
« J'effacerai (emcheh / אֶמְחֶה) [machah — effacer, supprimer, comme on efface une écriture de la surface sur laquelle elle était inscrite. Non une destruction par fracassement — un effacement : retirer de la surface de la Terre ce qui y avait été inscrit fonctionnellement] du sol concret l'humanité que j'ai orchestrée (bara'ti / בָּרָאתִי) — depuis l'humanité jusqu'aux grands quadrupèdes, jusqu'aux rampants et jusqu'aux créatures ailées des Cieux — car je nacham de les avoir faits. »
Noach trouve grâce
Mais Noach (Noach / נֹחַ) [Noach — de nuach (נוּחַ) : se poser, trouver sa demeure, cesser d'errer — le repos fonctionnel. Celui que Lamekh avait nommé depuis l'espoir d'un allègement de l'itsavon de l'adamah (Bereshit 5:29)] trouva de la faveur (chen / חֵן) [chen — la faveur dont l'initiative appartient entièrement à celui qui la donne, non déclenchée par celui qui la reçoit. Le texte dit que Noach trouva chen aux yeux de YHWH : le mouvement vient de YHWH vers Noach, non de Noach vers YHWH. C'est tout ce que le texte dit — il ne dit rien sur ce que Noach mérite ou ne mérite pas, catégorie étrangère à l'hébreu antique] aux yeux de YHWH (be'einei YHWH / בְּעֵינֵי יְהוָה).
Voici les engendrements (toledot / תּוֹלְדֹת) de Noach. Noach était un ish tsadiq (ish tsadiq / אִישׁ צַדִּיק) [tsadiq — intraduisible. De la racine tsedeq (צֶדֶק) : l'ordre juste cosmique. Le tsadiq est celui dont l'existence est structurellement alignée sur le juste-ordre fonctionnel — en juste relation avec YHWH, avec les autres et avec lui-même. Non pas la perfection morale grecque : la conformité fonctionnelle à ce qu'on est appelé à être dans le système ordonné. Premier emploi dans l'ONT], intègre (tamim / תָּמִים) [tamim — entier, sans fissure, sans défaillance. Non pas "parfait" au sens d'une idéalisation — entier dans le sens de non divisé. Ce que Noach est, il l'est complètement] dans ses générations (bedorotav / בְּדֹרֹתָיו) [bedorotav — parmi ses contemporains, dans le contexte de son époque. Noach est tsadiq et tamim par rapport à ceux qui l'entourent : son intégrité est relative à son contexte, non à un absolu désincarné] — Noach cheminait (hithalekh / הִתְהַלֵּךְ) [hithalekh — le même verbe que pour Khanokh en Bereshit 5 : cheminer avec Elohim comme mode d'existence continu. Noach est le nouveau Khanokh — l'être qui maintient la relation marchante avec Elohim dans un monde qui a tout perdu] avec Elohim (et-ha'elohim / אֶת-הָאֱלֹהִים).
Noach engendra trois fils : Shem (Shem / שֵׁם) [Shem — intraduisible : l'acte d'existence fonctionnelle lui-même — non pas "le nom" au sens français, mais ce qui fait entrer une réalité dans l'ordre en la nommant], Cham (Cham / חָם) [Cham — de cham (חָם) : chaleur] et Yaphet (Yaphet / יָפֶת) [Yaphet — de pata (פָּתָה) : étendre, élargir].
La Terre se corrompait (vatishshachet ha'aretz / וַתִּשָּׁחֵת הָאָרֶץ) [shachat — se corrompre, se détruire par l'intérieur. Le même verbe sera utilisé pour ce que YHWH va faire (détruire). La Terre s'est auto-détruite : YHWH va achever ce que l'humanité a commencé. La destruction vient de l'intérieur avant de venir de l'extérieur] devant Elohim, et la Terre se remplit de brutalité (hamas / חָמָס) [hamas — la violence brutale et destructrice, le désordre actif et intentionnel. Non pas une violence défensive — la brutalité comme force qui déchire l'ordre. L'opposé du mandat de gouvernance fonctionnelle de l'adam en Bereshit 1].
Elohim examina (vayar / וַיַּרְא) la Terre — et voilà qu'elle s'était corrompue (vehinneh nishchatah / וְהִנֵּה נִשְׁחָתָה), car toute chair (kol basar / כָּל-בָּשָׂר) avait corrompu sa voie (darko / דַּרְכּוֹ) [darko — sa voie, sa trajectoire fonctionnelle assignée. Toute chair avait dévié de son chemin — le cosmos entier avait quitté sa trajectoire fonctionnelle] sur la Terre.
Les instructions pour la tevah
Elohim dit à Noach :
« La fin (qets / קֵץ) [qets — le terme, l'extrémité. Non pas une punition arbitraire — le terme naturel d'un système qui s'est lui-même détruit] de toute chair est venue devant moi, car la Terre est pleine de brutalité à cause d'eux — voilà que je vais les détruire (mashchitam / מַשְׁחִיתָם) [mashchitam — même racine que shachat : je vais achever ce qu'ils ont commencé. YHWH détruit ce qui s'est auto-détruit — la même racine pour la corruption et pour la destruction divine : elles ne font qu'un] avec la Terre.
Fais-toi une arche (tevah / תֵּבָה) [tevah — non pas un navire qui navigue et se dirige : un coffre, un contenant flottant. Le même mot désignera le panier de roseaux du nourrisson Moshe (Shemot 2). La tevah ne se gouverne pas — elle flotte, portée. Noach n'est pas un capitaine : il est un passager porté par YHWH à travers les eaux du non-être] de bois de gofer (ets gofer / עֵצֵי-גֹפֶר) [gofer — type de bois inconnu, nulle part ailleurs dans la Bible. Le texte ne précise pas — ce qui importe n'est pas le bois mais la structure et sa fonction] — tu feras des compartiments (qinnim / קִנִּים) [qinnim — de qen (nid) : des compartiments comme des nids, chacun avec sa fonction d'abri pour une espèce] dans l'arche, et tu la recouvriras de poix (kofer / כֹּפֶר) [kofer — la poix, le bitume qui scelle et protège. Même racine que kaphar (couvrir, expier) : ce qui scelle l'arche contre les eaux de mort appartient à la même famille radicale que ce qui couvrira plus tard les déviations dans le système sacrificiel. Le lien est dans la racine] à l'intérieur et à l'extérieur.
Et voici comment tu la feras : trois cents coudées de long, cinquante coudées de large, trente coudées de haut.
Tu feras un tsohar (tsohar / צֹהַר) [tsohar — de tsahar : briller. Une ouverture lumineuse au sommet de l'arche — fenêtre ou lanterneau. La lumière inaugurée en Bereshit 1 — principe de toute distinction et de toute existence fonctionnelle — est préservée à l'intérieur de l'arche] pour l'arche, et tu l'achèveras jusqu'à une coudée au sommet — et l'entrée de l'arche tu la placeras sur son côté — un pont inférieur, un deuxième, un troisième tu la feras.
Et moi — voilà que j'amène le déluge (mabbul / מַבּוּל) [mabbul — terme technique propre au déluge de Noach, nulle part ailleurs dans la Bible. Non nahar (fleuve) ni mayim (eaux) seuls : le mabbul est un événement cosmique singulier — le retour des eaux primordiales (tehom) sur la Terre. Une décréation : ce que Bereshit 1 avait distingué et ordonné se recouvre de nouveau sous les eaux du non-être], des eaux sur la Terre, pour détruire toute chair en qui est un Ruach (ruach / רוּחַ) [Ruach — le même Ruach qui couvait sur les eaux en Bereshit 1. Là où le Ruach avait inauguré l'existence fonctionnelle, son retrait la ferme. Le mabbul est la condition inverse de Bereshit 1 — non pas le Ruach sur les eaux qui fait émerger l'ordre, mais les eaux sur la Terre dont le Ruach s'est retiré] de vie sous les Cieux — tout ce qui est sur la Terre périra.
Et j'établirai (vahaqimoti / וַהֲקִמֹתִי) [haqim — faire se tenir debout, établir, faire tenir. Non pas créer une alliance — l'établir, la faire tenir : comme on fait tenir debout une structure. L'alliance n'est pas négociée — elle est établie unilatéralement par YHWH] mon alliance (beriti / בְּרִיתִי) [berith — première occurrence dans toute la Bible. Non un contrat légal entre égaux — un cadre d'existence établi par une autorité souveraine qui engage sa fidélité fonctionnelle envers une créature. Le mouvement vient de YHWH : c'est lui qui établit, qui fait tenir debout le cadre. Noach entre dedans — il n'en est pas le co-signataire] avec toi — et tu entreras dans l'arche, toi, tes fils, ta ishah (ishtekha / אִשְׁתְּךָ) et les ishah (nashei / נְשֵׁי) de tes fils avec toi.
Et de tout ce qui vit, de toute chair — deux de chaque tu feras entrer dans l'arche pour les maintenir en vie (lehachayot / לְהַחֲיוֹת) [lehachayot — de chayah : faire vivre, maintenir en vie. Même racine que Chavah. Noach reçoit le mandat de maintenir en vie toute la diversité fonctionnelle du cosmos — l'arche est un cosmos miniature qui préserve ce que les eaux vont couvrir] avec toi — mâle (zakhar / זָכָר) et femelle (nqevah / נְקֵבָה) [zakhar et nqevah — les mêmes termes de Bereshit 1 pour la bipolarité créatrice. L'arche préserve le principe d'engendrement qui permettra le renouveau de l'autre côté du déluge] ils seront.
Des créatures ailées selon leur espèce, des grands quadrupèdes selon leur espèce, de tous les rampants du sol concret selon leur espèce — deux de chaque viendront vers toi pour être maintenus en vie.
Et toi, prends pour toi de toute nourriture qui se mange et rassemble-la vers toi — elle sera pour toi et pour eux en nourriture (le'okhlah / לְאָכְלָה) [le'okhlah — même terme que l'allocation alimentaire végétale de Bereshit 1, versets 29-30. Dans l'arche, l'alimentation sans mort est préservée — le cosmos original en miniature, avant toute prédation].
Et Noach fit (vaya'as / וַיַּעַשׂ) [vaya'as — asah : mettre en place, accomplir. Le même terme de Bereshit 1 pour la réalisation concrète de la parole divine. Ce qu'Elohim formule, Noach le met en place — le représentant fonctionnel dans son rôle] selon tout ce qu'Elohim lui avait commandé (tsivah / צִוָּה) [tsivah — le même verbe de la première instruction divine à l'adam en Bereshit 2. L'adam avait reçu une instruction et l'avait transgressée. Noach reçoit l'instruction et l'accomplit entièrement — la formule finale clôt ce Bereshit 6 sur une obéissance sans reste] — ainsi il fit.