Chapitre 6
Bereshit 6
Bereshit 6
Bereshit 6
Les fils d'Elohim et les Nefilim
Et il advint, quand l'Être façonné du sol (ha-adam / הָאָדָם) commença à se multiplier sur la face de l'ʾadamah (haʾadamah / הָאֲדָמָה) et que des filles leur furent engendrées [le verbe est celui de *Bereshit* 5, yalad, et il est ici retourné au passif : non pas « ils engendrèrent des filles » mais des filles leur furent engendrées. Le registre précédent avait dit trente fois et il engendra, en nommant chaque fois un fils ; la première phrase de ce Bereshit reprend le même verbe, en renverse la forme, et met des filles à la place. Tout ce qui suit part de là] —
les fils d'ʾElohim (benei ha-elohim / בְּנֵי הָאֱלֹהִים) [benei ha-elohim — les membres du Conseil Divin, les êtres célestes de l'assemblée divine. Déjà convoqués implicitement par le "faisons" de Bereshit 1, verset 26 : la délibération du Conseil Divin sur la création de l'adam. Ces êtres habitent le domaine céleste et participent au gouvernement du cosmos sous l'autorité d'ʾElohim] virent (vayirʾu / וַיִּרְאוּ) [vayirʾu — même racine que vayar (examiner). Mais ce n'est pas le regard évaluateur du maître d'œuvre — c'est le regard de désir qui précède la prise] que les filles de l'Être façonné du sol (benot ha-adam / בְּנוֹת הָאָדָם) étaient tov (tovot / טֹבֹת) [tovot — féminin pluriel de tov. Non pas "belles" au sens esthétique — tov dans sa plénitude fonctionnelle. Le même regard souverain d'évaluation qu'ʾElohim portait sur son œuvre est maintenant exercé par des êtres célestes sur des filles humaines], et ils prirent des ʾishah (nashim / נָשִׁים) [nashim — pluriel de ʾishah. La frontière entre le domaine céleste et le domaine humain — instaurée et maintenue depuis Bereshit 1 — est franchie. Ce que l'adam avait voulu faire (monter au niveau d'ʾElohim, Bereshit 3), ce sont ici les membres du Conseil Divin qui le font en sens inverse : descendre dans le domaine humain] parmi toutes celles qu'ils choisirent.
YHWH (YHWH / יְהוָה) dit :
« Mon Ruach (ruachi / רוּחִי) [Ruach + le suffixe de la première personne : ma Ruach. Ce n'est pas un souffle parmi d'autres qui se retire, c'est celui de YHWH, et le possessif est ce qui le dit] ne demeurera plus (lo yadon / לֹא-יָדוֹן) [yadon — verbe rare : rester, demeurer, ou : lutter, contendre. Le Ruach de YHWH — la présence vitale qui animait le cosmos depuis Bereshit 1 et qui avait été soufflée dans les narines de l'adam en Bereshit 2 — ne persistera plus dans la chair mortelle de l'humanité indéfiniment. La confusion des domaines a des conséquences sur la présence divine dans la créature] dans l'Être façonné du sol (ba-adam / בָּאָדָם) leʿolam (leʿolam / לְעֹלָם) [leʿolam — déjà posé en *Genèse* 3:22 : vers/jusqu'à l'ʿolam, vers l'horizon temporel que le regard humain ne peut pas discerner. Le Ruach de YHWH ne demeurera pas indéfiniment dans la chair mortelle — la confusion des domaines a une limite que YHWH pose ici], car lui — c'est de la chair (basar / בָּשָׂר) [basar — la chair dans sa dimension mortelle et créaturelle. Non pas le corps comme siège de l'âme (catégorie grecque) — mais la matière vivante et périssable de la créature. L'adam est basar : il vient de l'adamah, il retourne à l'adamah. La confusion avec le domaine céleste ne peut pas durer] — ses jours seront de cent vingt ans [le corpus ne dit pas de quoi ces cent vingt ans sont la mesure, et les deux lectures tiennent également. Ou bien c'est la vie d'un homme ramenée à cette borne — mais Noach en vivra neuf cent cinquante, et son père sept cent soixante-dix-sept. Ou bien c'est un délai, le temps qui reste avant que les eaux viennent. Le corpus pose le nombre et passe ; la traduction ne tranche pas (§4.11)]. »
Les Nefilim (nefilim / נְפִילִים) [Nefilim — intraduisible. De napal (tomber) : ceux qui sont tombés, ou ceux qui font tomber, ou les êtres de la chute — le texte laisse l'ambiguïté délibérément ouverte. Des êtres qui ne sont ni pleinement célestes ni pleinement humains : la confusion des domaines a produit des existences sans identité fonctionnelle claire] étaient sur l'ʾeretz en ces jours-là — et aussi après [quatre mots que le corpus laisse sans explication. Il vient de dire que les Nefilim étaient là en ces jours-là, et il ajoute et aussi après — après quoi, il ne le dit pas. Le mabbul couvrira toute chair ; la phrase est écrite avant lui, et elle déborde le récit qu'elle sert. On ne la referme pas ici : elle reste ouverte comme le corpus la laisse (§4.11)] — quand les fils d'ʾElohim s'unirent aux filles de l'Être façonné du sol et qu'elles leur engendrèrent des fils. Ce sont les puissants (gibborim / גִּבֹּרִים) [gibborim — de gibbor : le puissant, le héros de force brute. Non la sagesse ni la fidélité fonctionnelle — la puissance comme valeur propre] meʿolam (meʿolam / מֵעוֹלָם) [meʿolam — depuis l'ʿolam (déjà posé en *Genèse* 3:22 et 6:3) : depuis l'horizon temporel que le regard humain ne peut pas discerner. Ces gibborim sont issus d'une profondeur de temps que la mémoire ordinaire ne traverse pas — leur renommée précède l'histoire connue], les hommes du Shem (ʾanshei hashem / אַנְשֵׁי הַשֵּׁם) [anshei hashem — les hommes du Shem : ceux dont le Shem résonne à travers le monde, dont l'existence est déclarée et reconnue par la puissance. Mais ce Shem est un Shem humain de renommée et de domination — non le Shem de YHWH que la lignée de Shet avait commencé à invoquer en Bereshit 4].
Le nacham de YHWH
YHWH examina (vayarʾ / וַיַּרְא) [vayar — le regard évaluateur du maître d'œuvre, comme dans toute Bereshit 1. Mais ce qu'il constate est l'inverse de tov : un cosmos retourné contre sa fonction] que le raʿ (raʿat / רָעַת) [raʿ — ici sous sa forme nominale construite raʿat : le raʿ de, la dysfonction structurelle de. raʿ déjà posé en Genèse 2:9] de l'humanité était grand sur l'ʾeretz — et tout ce que formait (yetser / יֵצֶר) [yetser — de yatsar (le potier de Bereshit 2) : l'impulse intérieure façonnée au fond de l'être. Ce que le lev humain forme en lui-même — ses intentions les plus profondes, ses orientations constitutives] la pensée de son lev (machshevot libbo / מַחְשְׁבֹת לִבּוֹ) [machshavah vient de chashav (חָשַׁב) — calculer, porter au compte, le verbe du marchand qui fait ses additions ; et le lev (lev / לֵב) n'est pas dans cette langue le siège du sentiment mais celui de la décision, l'endroit où l'on pèse et où l'on arrête. La phrase ne dit donc pas que l'humanité ressentait du raʿ : elle dit que ce qu'elle calculait était raʿ, et qu'elle le calculait tout le jour] n'était que raʿ tout le jour [le ki n'est pas repris. La première proposition l'a — « YHWH examina ki le raʿ… était grand » —, et ce qu'il examine y est grammaticalement contenu. La seconde s'ouvre sur un vav nu, vekhol (וְכָל) : elle peut prolonger ce qu'il examine, ou dire l'état du monde à côté du regard qui s'y pose. L'hébreu ne l'attache pas, et l'ONT non plus (§4.11) — et le corpus fait déjà cette platitude au début de *Bereshit* 2, où le « car » s'arrête avant veʾadam ʾayin (וְאָדָם אַיִן)].
Et YHWH nacham (vayinachem YHWH / וַיִּנָּחֶם יְהוָה) [nacham — intraduisible. Deux dimensions indissociables : être affecté dans ses entrailles — une émotion qui saisit au fond de soi, physiquement, comme une contraction viscérale — et reconsidérer depuis cet endroit affecté. Non pas un simple changement d'avis ni une simple tristesse : la totalité de l'être ébranlée par la réalité de ce qui a été fait. Le même mot qui nomme Noach (Bereshit 5) et qui désigne la consolation. Ici appliqué à YHWH — le texte ne l'atténue pas] d'avoir fait l'humanité sur l'ʾeretz, et il fut saisi d'itsavon (vayitʿatsev / וַיִּתְעַצֵּב) [itsavon — la même douleur de Bereshit 3 : celle de l'ʾishah dans l'enfantement, celle de l'adam dans le travail du sol. Maintenant YHWH lui-même est saisi de cet itsavon. Ce que ses créatures portent depuis l'expulsion du Jardin, YHWH le porte en voyant ce qu'elles sont devenues] [la forme est un Hitpael (§3.4), le réfléchi-intensif : le verbe revient sur celui qui l'accomplit. Le corpus ne dit donc pas qu'un dehors atteint YHWH comme un événement atteint quelqu'un — il dit qu'il s'en affecte lui-même, du dedans. C'est la forme qu'il emploie pour Chanokh qui se tenait en chemin avec ʾElohim (*Genèse* 5:22) : dans les deux cas, l'acte n'est pas subi] jusqu'au lev (el-libbo / אֶל-לִבּוֹ) [c'est le mot du verset précédent. Le lev de l'humanité calculait du raʿ tout le jour ; le lev de YHWH est maintenant l'endroit où cela porte. Deux versets, le même organe de la décision, deux fois atteint — et le corpus les pose côte à côte sans dire ce qu'il faut en conclure].
YHWH dit :
« J'effacerai (ʾemcheh / אֶמְחֶה) [machah — effacer, supprimer, comme on efface une écriture de la surface sur laquelle elle était inscrite. Non une destruction par fracassement — un effacement : retirer de la surface de la Terre ce qui y avait été inscrit fonctionnellement] de l'ʾadamah l'humanité que j'ai orchestrée (baraʾti / בָּרָאתִי) [bara à l'accompli, première personne : j'ai orchestré. Le verbe des trois seuils de *Bereshit* 1 — le cosmos, le vivant, l'humain — repris ici par celui qui l'avait posé, et pour dire qu'il efface] — depuis l'humanité jusqu'aux grands quadrupèdes, jusqu'aux rampants et jusqu'aux créatures ailées des shamayim [la liste refait *Bereshit* 1 à l'envers. Le premier récit avait installé les créatures ailées, puis les grands quadrupèdes et les rampants, puis l'humanité pour les gouverner ; la phrase d'ici part de l'humanité et redescend jusqu'aux ailées, en reprenant une à une les mêmes catégories. Ce qui s'efface n'est donc pas une population : c'est l'ordre dans lequel elle avait été posée (§4.8)] — car je nacham de les avoir faits. »
Noach trouve grâce
Mais Noach (Noach / נֹחַ) [Noach — de nuach (נוּחַ) : se poser, trouver sa demeure, cesser d'errer — le repos fonctionnel. Celui que Lamekh avait nommé depuis l'espoir d'un allègement de l'itsavon de l'adamah (Genèse 5:29)] trouva de la faveur (chen / חֵן) [chen — la faveur dont l'initiative appartient entièrement à celui qui la donne, non déclenchée par celui qui la reçoit. Le texte dit que Noach trouva chen aux yeux de YHWH : le mouvement vient de YHWH vers Noach, non de Noach vers YHWH. C'est tout ce que le texte dit — il ne dit rien sur ce que Noach mérite ou ne mérite pas, catégorie étrangère à l'hébreu antique] aux yeux de YHWH (beʿeinei YHWH / בְּעֵינֵי יְהוָה).
Voici les engendrements (toledot / תּוֹלְדֹת) de Noach. Noach était un ʾish tsadiq (ʾish tsadiq / אִישׁ צַדִּיק) [tsadiq — intraduisible. De la racine tsedeq (צֶדֶק) : l'ordre juste cosmique. Le tsadiq est celui dont l'existence est structurellement alignée sur le juste-ordre fonctionnel — en juste relation avec YHWH, avec les autres et avec lui-même. Non pas la perfection morale grecque : la conformité fonctionnelle à ce qu'on est appelé à être dans le système ordonné. Premier emploi dans l'ONT], intègre (tamim / תָּמִים) [tamim — entier, sans fissure, sans défaillance. Non pas "parfait" au sens d'une idéalisation — entier dans le sens de non divisé. Ce que Noach est, il l'est complètement] dans ses générations (bedorotav / בְּדֹרֹתָיו) [bedorotav — parmi ses contemporains, dans le contexte de son époque. Noach est tsadiq et tamim par rapport à ceux qui l'entourent : son intégrité est relative à son contexte, non à un absolu désincarné] — Noach cheminait (hithalekh / הִתְהַלֵּךְ) [hithalekh — le même verbe que pour Chanokh en Bereshit 5 : cheminer avec ʾElohim comme mode d'existence continu. Noach est le nouveau Chanokh — l'être qui maintient la relation marchante avec ʾElohim dans un monde qui a tout perdu] avec ʾElohim (et-haʾelohim / אֶת-הָאֱלֹהִים).
Noach engendra trois fils : Shem (Shem / שֵׁם) [Shem — intraduisible : l'acte d'existence fonctionnelle lui-même — non pas "le nom" au sens français, mais ce qui fait entrer une réalité dans l'ordre en la nommant], Cham (Cham / חָם) [Cham — de cham (חָם) : chaleur] et Yafet (Yafet / יָפֶת) [Yafet — de pata (פָּתָה) : étendre, élargir].
L'ʾeretz se corrompait (vatishshachet haʾaretz / וַתִּשָּׁחֵת הָאָרֶץ) [shachat — se corrompre, se détruire par l'intérieur. Le même verbe sera utilisé pour ce que YHWH va faire (détruire). L'ʾeretz s'est auto-détruite : YHWH va achever ce que l'humanité a commencé. La destruction vient de l'intérieur avant de venir de l'extérieur] [la forme est un Niphal (§3.4), qui est en hébreu le passif et le réfléchi à la fois : la Terre fut corrompue ou la Terre se corrompit. L'hébreu ne choisit pas, et on ne peut donc pas lire ici qui a fait cela — si l'ʾeretz s'est défaite d'elle-même, ou si quelque chose l'a défaite. Le verset suivant dira seulement que toute chair avait corrompu sa voie : c'est tout ce que le corpus donne, et la traduction n'ajoute rien (§4.11)] devant ʾElohim, et l'ʾeretz se remplit de brutalité (chamas / חָמָס) [chamas — la violence brutale et destructrice, le désordre actif et intentionnel. Non pas une violence défensive — la brutalité comme force qui déchire l'ordre. L'opposé du mandat de gouvernance fonctionnelle de l'adam en Bereshit 1].
ʾElohim examina (vayarʾ / וַיַּרְא) l'ʾeretz — et voilà qu'elle s'était corrompue (vehinneh nishchatah / וְהִנֵּה נִשְׁחָתָה), car toute chair (kol basar / כָּל-בָּשָׂר) [kol basar — toute chair, et l'expression ne trie pas : elle met l'humanité et les bêtes dans le même mot. Ce qui est dit corrompu n'est pas « les hommes » — c'est tout ce qui a un corps qui meurt, ce qui mange, engendre et s'use. La même expression revient au verset 13, puis au verset 17 pour dire ce qui périra : le corpus ne change pas de mot en changeant de sujet] avait corrompu sa voie (darko / דַּרְכּוֹ) [darko — sa voie, sa trajectoire fonctionnelle assignée. Toute chair avait dévié de son chemin — le cosmos entier avait quitté sa trajectoire fonctionnelle] sur l'ʾeretz.
Les instructions pour la tevah
ʾElohim dit à Noach :
« La fin (qets / קֵץ) [qets — le terme, l'extrémité. Non pas une punition arbitraire — le terme naturel d'un système qui s'est lui-même détruit] de toute chair est venue devant moi, car l'ʾeretz est pleine de brutalité à cause d'eux — voilà que je vais les détruire (mashchitam / מַשְׁחִיתָם) [mashchitam — même racine que shachat : je vais achever ce qu'ils ont commencé. YHWH détruit ce qui s'est auto-détruit — la même racine pour la corruption et pour la destruction divine : elles ne font qu'un] [et la forme change avec le locuteur. Les versets 11 et 12 avaient le Niphal — l'ʾeretz était corrompue ; celui-ci a un Hiphil (§3.4), le causatif : ʾElohim dit qu'il va faire qu'elle le soit. Une seule racine, trois versets, deux formes — et c'est la forme, non le mot, qui fait passer de ce qui arrive à ce qui est fait arriver] avec l'ʾeretz.
Fais-toi une arche (tevah / תֵּבָה) [tevah — non pas un navire qui navigue et se dirige : un coffre, un contenant flottant. Le même mot désignera le panier de roseaux du nourrisson Mosheh (*Shemot* 2). La tevah ne se gouverne pas — elle flotte, portée. Noach n'est pas un capitaine : il est un passager porté par YHWH à travers les eaux du non-être] de bois de gofer (ets gofer / עֵצֵי-גֹפֶר) [gofer — type de bois inconnu, nulle part ailleurs dans la Bible. Le texte ne précise pas — ce qui importe n'est pas le bois mais la structure et sa fonction] — tu feras des compartiments (qinnim / קִנִּים) [qinnim — de qen (nid) : des compartiments comme des nids, chacun avec sa fonction d'abri pour une espèce] dans l'arche, et tu la recouvriras de poix (kofer / כֹּפֶר) [kofer — la poix, le bitume qui scelle et protège. Même racine que kafar (couvrir, expier) : ce qui scelle l'arche contre les eaux de mort appartient à la même famille radicale que ce qui couvrira plus tard la chattat dans le système sacrificiel. Le lien est dans la racine] à l'intérieur et à l'extérieur.
Et voici comment tu la feras : trois cents coudées de long, cinquante coudées de large, trente coudées de haut [la coudée (ʾammah / אַמָּה) est l'avant-bras, du coude au bout du majeur : la mesure d'une construction est un morceau du corps de celui qui construit, et elle change avec lui. Et le corpus donne trois nombres, rien d'autre — ni comment lever le bois, ni combien de temps il y faut, ni qui aidera. Il dit les proportions d'un coffre, et il s'arrête (§4.9)].
Tu feras un tsohar (tsohar / צֹהַר) [tsohar — de tsahar : briller. Une ouverture lumineuse au sommet de l'arche — fenêtre ou lanterneau. La lumière inaugurée en Bereshit 1 — principe de toute distinction et de toute existence fonctionnelle — est préservée à l'intérieur de l'arche] pour l'arche, et tu l'achèveras jusqu'à une coudée au sommet — et l'entrée de l'arche tu la placeras sur son côté — un pont inférieur, un deuxième, un troisième tu la feras.
Et moi — voilà que j'amène le déluge (mabbul / מַבּוּל) [mabbul — terme technique propre au déluge de Noach, nulle part ailleurs dans la Bible. Non nahar (fleuve) ni mayim (eaux) seuls : le mabbul est un événement cosmique singulier — le retour des eaux primordiales (tehom) sur l'ʾeretz. Une décréation : ce que Bereshit 1 avait distingué et ordonné se recouvre de nouveau sous les eaux du non-être], des eaux sur l'ʾeretz, pour détruire toute chair en qui est un Ruach (ruach / רוּחַ) [Ruach — le même Ruach qui couvait sur les eaux en Bereshit 1. Là où le Ruach avait inauguré l'existence fonctionnelle, son retrait la ferme. Le mabbul est la condition inverse de Bereshit 1 — non pas le Ruach sur les eaux qui fait émerger l'ordre, mais les eaux sur l'ʾeretz dont le Ruach s'est retiré] de vie sous les shamayim — tout ce qui est sur l'ʾeretz périra.
Et j'établirai (vahaqimoti / וַהֲקִמֹתִי) [haqim — faire se tenir debout, établir, faire tenir. Non pas créer une alliance — l'établir, la faire tenir : comme on fait tenir debout une structure. L'alliance n'est pas négociée — elle est établie unilatéralement par YHWH] mon berith (beriti / בְּרִיתִי) [berith — première occurrence dans toute la Bible. Non un contrat légal entre égaux — un cadre d'existence établi par une autorité souveraine qui engage sa fidélité fonctionnelle envers une créature. Le mouvement vient de YHWH : c'est lui qui établit, qui fait tenir debout le cadre. Noach entre dedans — il n'en est pas le co-signataire] avec toi — et tu entreras dans l'arche, toi, tes fils, ta ʾishah (ʾishtekha / אִשְׁתְּךָ) et les ʾishah (nashei / נְשֵׁי) [aucune des quatre n'est nommée. Le corpus a donné le Shem des trois fils au verset 10 ; il désigne les femmes par le lien qui les rattache — ta ʾishah, les ʾishah de tes fils. Elles entreront dans la tevah, elles en sortiront, et tout ce qui vient après passe par elles sans qu'un seul Shem soit écrit. Le corpus ne s'en explique pas, et on ne comble pas ce blanc (§4.9)] de tes fils avec toi.
Et de tout ce qui vit, de toute chair — deux de chaque tu feras entrer dans l'arche pour les maintenir en vie (lehachayot / לְהַחֲיוֹת) [lehachayot — de chayah : faire vivre, maintenir en vie. Même racine que Chavah. Noach reçoit le mandat de maintenir en vie toute la diversité fonctionnelle du cosmos — l'arche est un cosmos miniature qui préserve ce que les eaux vont couvrir] avec toi — mâle (zakhar / זָכָר) et femelle (neqevah / נְקֵבָה) [zakhar et neqevah — les mêmes termes de Bereshit 1 pour la bipolarité créatrice. L'arche préserve le principe d'engendrement qui permettra le renouveau de l'autre côté du déluge] ils seront.
Des créatures ailées selon leur espèce, des grands quadrupèdes selon leur espèce, de tous les rampants de l'ʾadamah selon leur espèce — deux de chaque viendront vers toi pour être maintenus en vie [lemino, « selon son espèce » — la formule de *Bereshit* 1, répétée là comme ici à chaque catégorie du vivant. Elle dit la distinction : ce qui a été séparé le reste, et rien ne se remêle. Les eaux vont recouvrir ce que la séparation avait dégagé, et le coffre emporte la formule intacte — trois fois dans ce seul verset (§4.8)].
Et toi, prends pour toi de toute nourriture qui se mange et rassemble-la vers toi — elle sera pour toi et pour eux en nourriture (leʾokhlah / לְאָכְלָה) [leʾokhlah — même terme que l'allocation alimentaire végétale de Bereshit 1, versets 29-30. Dans l'arche, l'alimentation sans mort est préservée — le cosmos original en miniature, avant toute prédation].
Et Noach fit (vayaʿas / וַיַּעַשׂ) [vayaʿas — asah : mettre en place, accomplir. Le même terme de Bereshit 1 pour la réalisation concrète de la parole divine. Ce qu'ʾElohim formule, Noach le met en place — le représentant fonctionnel dans son rôle] selon tout ce qu'ʾElohim lui avait commandé (tsivah / צִוָּה) [tsivah — le même verbe de la première instruction divine à l'adam en Bereshit 2. L'adam avait reçu une instruction et l'avait transgressée. Noach reçoit l'instruction et l'accomplit entièrement — la formule finale clôt ce Bereshit 6 sur une obéissance sans reste] — ainsi il fit.