La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

Nefilim

נְפִלִים

Nefilim

Prononciation

Ne-fi-LIM — trois syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).

Il y a, dans un village, des places pour tout le monde. Le forgeron a la sienne, le berger la sienne, l'ancien assis à la porte la sienne. Un homme qui arrive sans métier ni parenté n'est pas mal vu : il est sans place, et c'est bien pire. On ne sait ni quoi lui demander, ni quoi attendre de lui, ni où l'asseoir.

Élargis maintenant cela à la taille du monde. En haut, un domaine avec ses habitants et leurs charges ; en bas, un autre, avec les siennes ; et entre les deux, une frontière qui n'est pas un décor mais ce qui rend le tout habitable. Tout le premier chapitre n'a fait que ça : séparer, délimiter, assigner.

C'est cette frontière que quatre versets, au seuil du mabbul, racontent franchie. Des fils d'ʾElohim prennent des filles humaines ; de cette union naissent les Nefilim (Nefilim / נְפִילִים). Puis le texte passe à autre chose — quatre versets pour dire pourquoi le monde va être défait, et pas un mot de plus.

Ce que sont ces êtres, tu le sais déjà depuis le village : ni gardiens des Cieux ni serviteurs de la Terre. Un poids déplacé entre les domaines. Aucun office ne les attend nulle part. Leur monstruosité n'a rien de physique — elle est là, dans ce qu'ils n'ont pas : aucune place où être.

Le mot vient de napal, tomber. Trois lectures s'en tirent, et l'hébreu ne choisit pas : ceux qui sont tombés, les êtres d'en haut qui ont quitté leur domaine ; ceux qui font tomber, dont la présence entraîne les autres à la ruine ; les êtres de la chute, ceux qui sont issus d'un franchissement. L'ONT maintient les trois, parce que trancher donnerait au lecteur français une clarté que le lecteur hébreu n'a jamais eue.

Ce qu'ils ne sont pas, en revanche : des géants. En traduisant en grec, au troisième siècle avant notre ère, la Septante a rendu nefilim par gigantes — et vingt-deux siècles d'imagerie ont suivi, jusqu'aux colosses des bibles illustrées. Le mot hébreu ne dit rien d'une taille. Il dit une chute.

Le même verset les appelle aussi gibborim, les puissants, et ajoute anshei ha-shem — « les hommes du Shem », ceux dont le nom porte loin. Le renom est bien là ; c'est un renom de démesure et non d'ordre. Le Sefar Gibbaraya prend la remarque au sérieux jusqu'au bout : il place Gilgamesh lui-même, le héros que les goyim chantent, dans l'assemblée des gibbarayaʾ soumis au jugement. Ce que les nations élèvent, la Torah l'avait déjà classé.

Leur ombre ne s'arrête pas là. *Genèse* 10:8 dit de Nimrod qu'il fut « l'inauguration du gibbor » — la démesure d'avant les eaux, revenue en habit politique. *Bereshit* 14 croise les Refaim, vestige des peuples d'avant l'ordre actuel des nations.

Et le texte ne dit jamais qu'ils ont été détruits. Il dit qu'ils étaient là en ces jours-là — et aussi après. La brèche ne se referme pas avec les eaux.

Source

5303 · נְפִלִים

Dans le corpus

19 occurrences