Sefar Gibbaraya 1
Lorsque les 'irin quittèrent leur garde
Et il advint, dans les jours anciens, avant que le mabbul (mabbul / מַבּוּל) [terme technique du déluge noachique — non pas simple inondation, mais dé-création temporaire par retour des eaux sur le domaine habitable] ne monte sur la face de la Terre (eretz / אֶרֶץ) [le domaine terrestre habitable, nommé et assigné], que les domaines n'étaient plus gardés selon leur distinction.
Les Cieux (shamayim / שָׁמַיִם) [le domaine d'en haut, lieu de la garde céleste et de la séparation avec les eaux supérieures] avaient leur garde, et la Terre avait sa mesure ; les eaux d'en haut et les eaux d'en bas demeuraient chacune sous la limite qui lui avait été attribuée.
Mais des 'irin ('irin / עִירִין) [araméen : les éveillés, les gardiens célestes. Leur faute n'est pas d'être puissants, mais de quitter la garde qui définit leur fonction] regardèrent depuis les hauteurs, et leur regard ne demeura pas dans la charge reçue.
Ils virent les filles de l'Être façonné du sol (benot ha-adam / בְּנוֹת הָאָדָם) [l'humanité terrestre dans son ordre de génération, encore nommée par son lien au sol concret], et ils désirèrent franchir la séparation des domaines.
Ils formulèrent entre eux une parole liée, et leur conseil devint serment.
Celui qui devait veiller devint celui qui descendait ; celui qui devait garder devint celui qui prenait.
Leur nombre fut grand, et le souvenir de leurs chefs fut transmis parmi les scribes.
Shemikhazah (Shemikhazah / שמיחזה) [shemi (שְׁמִי) : mon shem + khazah (חָזָה) : a vu — "Mon shem a vu" ; chef des 'irin, son shem porte la mémoire de la transgression collective] se tint parmi eux ; Azazel (Azazel / עזאזל) [étymologie débattue — az (עַז) : fort, bouc + el (אֵל), ou de azal : s'en aller entièrement ; figure du déplacement vers le désert et de la faute portée hors du camp] fut nommé avec eux ; Baraqel (Baraqel / ברקאל) [baraq (בָּרָק) : éclair + el (אֵל) — "éclair d'El" ; père de Mahaway] fut compté parmi les pères de la génération de démesure.
Ils descendirent vers la Terre, non comme mal'akhim mandatés, mais comme puissances qui quittent leur place.
Alors ils connurent des secrets (razin / רָזִין) [araméen : mystères, secrets célestes. Le problème n'est pas le savoir en lui-même, mais sa transmission hors mandat] qui n'avaient pas été remis aux fils de l'Être façonné du sol.
Ils ouvrirent ce qui devait demeurer fermé, et ils livrèrent des savoirs sans mesure à ceux qui n'avaient pas reçu mandat pour les porter.
Le savoir fut détaché du service ; la connaissance fut séparée de la garde ; l'art devint puissance de trouble.
Et les 'irin prirent des ishah (nashim / נָשִׁים) [pluriel de ishah : prise d'alliance et de génération par laquelle la frontière entre domaine céleste et domaine humain est franchie] parmi les filles de l'Être façonné du sol, et l'union franchit la frontière entre le domaine céleste et le domaine terrestre.
De cette rupture naquirent les gibbaraya (gibbaraya / גבריא) [araméen : les puissants, les démesurés — forme araméenne de gibbor (גִּבּוֹר) ; êtres nés d'un franchissement de la frontière entre domaine céleste et domaine terrestre]. Leur shem (shem / שֵׁם) [nom comme existence fonctionnelle, place lisible dans l'ordre] fut connu sur la Terre, mais il fut connu comme un poids déplacé.
Ils n'étaient ni gardiens des Cieux, ni serviteurs de la Terre.
Ils se tinrent entre les domaines, et leur présence pesa sur toute chair (kol basar / כָּל־בָּשָׂר) [toute chair vivante dans sa fragilité terrestre ; expression qui annonce la portée cosmique du jugement].
Alors la Terre commença à être chargée. Ce qui était assigné fut déplacé ; ce qui était limite devint passage ; ce qui était garde devint prise.
Et dans les Cieux, les saints (qaddishin / קַדִּישִׁין) [les êtres consacrés du domaine céleste, ceux qui demeurent dans leur fonction] virent que le trouble n'était pas seulement parmi les hommes, mais dans la structure même de l'ordre.
Notes philologiques
- Les éléments attestés ou fortement appuyés par le cycle hénochien sont : 'irin, secrets, descente, union, génération des gibbaraya et corruption de la Terre.
- Les formes araméennes ('irin, razin, gibbaraya, qaddishin) servent ici de niveau 3 utile ; elles ne prétendent pas restituer chaque ligne fragmentaire.
- Le nombre de deux cents appartient au cycle traditionnel des 'irin ; il est laissé en note pour ne pas alourdir la voix narrative.
- Shemikhazah, Azazel et Baraqel sont intégrés parce que le Livre des Géants présuppose le récit des 'irin, mais leur distribution exacte dans les fragments demeure lacunaire.
- Le lien avec les Nephilim et les gibborim de Bereshit 6:4 est traité dans les parallèles bibliques.
Notes ontologiques
- La faute des 'irin est une sortie de domaine.
- Les gibbaraya sont une anomalie de fonction : leur naissance rend visible une confusion des séparations créationnelles.
- Le chaos est dissolution des distinctions, non absence de matière.
Parallèles bibliques éventuels
- Bereshit 1 : création par distinctions.
- Bereshit 6:1-4 : fils d'Elohim (benei ha-elohim / בְּנֵי הָאֱלֹהִים), filles de l'Être façonné du sol (benot ha-adam / בְּנוֹת הָאָדָם), Nephilim (nephilim / נְפִילִים) et puissants (gibborim / גִּבֹּרִים).
- 1 Khanokh 6-8 : serment des 'irin et transmission des secrets.