La Bible ONT — מקרא הקדם

Sefar Gibbaraya 2

La Terre alourdie

Les gibbaraya (gibbaraya / גבריא) grandirent, et la Terre (eretz / אֶרֶץ) ne put les recevoir comme elle reçoit les vivants selon leur espèce (lemin / לְמִין) [principe d'ordre : chaque vivant demeure dans sa limite et dans sa fonction].

Ils prirent le fruit des arbres, le grain des champs, les bêtes du troupeau, les bêtes sauvages, les créatures ailées et les rampants.

Ils prirent aussi les grands vivants des eaux, et ce que la Terre produisait ne suffisait pas à leur bouche.

Ils mangèrent, et leur faim demeura.

Ils prirent encore, et leur prise ne reçut pas de limite.

L'abondance de la Terre fut changée en manque, parce qu'une bouche sans mesure était entrée dans l'ordre des vivants.

Alors les gibbaraya étendirent la main contre les fils de l'Être façonné du sol (ha-adam / הָאָדָם).

Ils combattirent toute chair (kol basar / כָּל־בָּשָׂר), et le sang (dam / דָּם) [le sang comme vie répandue hors de sa place ; lorsqu'il est versé, le sol devient témoin] fut versé sur le sol concret (adamah / אֲדָמָה) [la glaise habitable et cultivable, proche de l'Être façonné du sol par la racine].

L'un d'eux formula sa propre mesure : "Avec la force de mon bras puissant, et avec la puissance de ma force, j'ai combattu toute chair."

Mais cette parole ne se conclut pas par victoire.

Elle se retourne contre celui qui la prononce, car les maîtres de son jugement (ba'alei dini / בעלי דיני) [ceux qui tiennent l'accusation et le jugement contre lui] demeurent dans les Cieux et se tiennent parmi les saints.

Leur bras pesait sur la Terre, mais il ne pouvait atteindre ceux qui lisaient l'ordre depuis les hauteurs.

Ceux qu'ils avaient frappés devinrent témoins ; ceux qu'ils avaient fait taire crièrent encore.

Et la plainte monta.

Elle monta depuis le sang, depuis les corps broyés, depuis les vivants dévorés, depuis les limites violées.

Elle monta non comme plainte d'une cité seulement, mais comme plainte de la Terre alourdie.

Car la Terre avait reçu fonction d'habitation, non de dévoration.

Elle devait porter les vivants dans leurs domaines, non porter la trace d'une puissance qui consume tous les domaines.

Les gibbaraya furent donc plus qu'une menace parmi les hommes : ils furent une surcharge dans le tissu du monde.

La kavod (kavod / כָּבוֹד) [pesanteur fonctionnelle, poids d'existence dans l'ordre] de la Terre fut atteinte. Non parce que la Terre perdit toute fonction, mais parce qu'une pesanteur étrangère, non assignée, se posa sur elle.

Notes philologiques

  • Les fragments évoquent les productions de la Terre, les animaux, les rampants, la violence, le sang et l'insuffisance de la nourriture.
  • La confession du géant puissant reprend 4Q531 fragment 17 sous forme resserrée.
  • L'expression "maîtres de son jugement" reprend le fragment où le géant reconnaît que ses ba'alei dini résident dans les Cieux.

Notes ontologiques

  • L'appétit des gibbaraya est une fonction sans limite.
  • La violence atteint le sol, donc l'ordre d'habitation.
  • La kavod devient dysfonctionnelle lorsqu'un poids non attribué surcharge la Terre.

Parallèles bibliques éventuels

  • Bereshit 4:10 : le sang qui crie depuis le sol.
  • Bereshit 6:11-13 : la Terre remplie de violence.
  • 1 Khanokh 7-9 : dévoration, sang et plainte.