La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

mishpat

מִשְׁפָּט

mishpat

Formes : mishpat, mishpatim

Prononciation

mish-PAT — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).

Le sh est un shin : c'est le « ch » de « chat » — dans l'ONT, c'est sh qui porte ce son, jamais ch.

La porte d'une ville, le matin. C'est là que les anciens s'assoient, sur les bancs de pierre, dans le passage où tout le monde entre et sort. Deux hommes se présentent avec une affaire de champ, de bête perdue, de dette. On écoute, on regarde, on tranche — devant tout le monde, sur place, dans le cas précis qui est posé. Ce qui sort de là s'appelle un mishpat (mishpat / מִשְׁפָּט).

Il n'y a ni tribunal, ni code, ni robe. Il y a une porte, des anciens et une situation concrète. Garde-le en tête : c'est ce qui sépare le mot de tout ce que nous mettons dessous.

Notre justice est une abstraction — une idée qu'on peut discuter en soi, une balance suspendue hors du monde, une norme dont les cas particuliers seraient des applications. Le mishpat ne s'abstrait pas. Il est toujours rendu, toujours dans une affaire, toujours par quelqu'un qui a regardé. C'est la décision qui discerne et remet les parties dans l'ordre : celui qui a pris rend, celui qui a perdu retrouve, et ce qui était de travers se tient droit.

Le mot va donc rarement seul. Il forme un couple avec tsedaqah, et le corpus les tient presque toujours ensemble : la tsedaqah est l'ordre juste, le mishpat est le jugement qui le rétablit. L'un est l'état, l'autre l'acte. Séparés, chacun devient une abstraction — exactement ce qui est arrivé en français, où « justice » a fini par recouvrir les deux et n'en dire plus aucun.

De là, le titre le plus lourd du corpus. Quand Avraham plaide pour Sedom et lance le shofet de toute la Terre ne rendrait-il pas le mishpat ?, il ne demande pas si YHWH est un être juste dans l'absolu. Il demande s'il rendra la décision, dans cette affaire-là, sur cette ville-là. La question porte sur un acte, pas sur une qualité — et c'est ce qui la rend possible.

C'est aussi la fonction du naviʾ, qu'on prend d'ordinaire pour un annonceur d'avenir : il regarde ce qui est, il lit où l'alliance est tenue ou trahie, et il prononce le mishpat sur ce qu'il voit. Le pluriel mishpatim désigne, lui, les décisions déjà rendues et devenues règles — une jurisprudence avant la loi.

Source

4941 · מִשְׁפָּט

Dans le corpus

64 occurrences