La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

gibbarayaʾ

גבריא

Prononciation

gib-ba-ra-YA — quatre syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).

Le mot n'est pas hébreu. Il est araméen, et cela seul dit déjà quelque chose : la langue que parlaient les gens ordinaires du Proche-Orient sous les grands empires, celle des contrats, des lettres et des récits qu'on se racontait vraiment. C'est dans cette langue-là qu'un livre entier a été écrit sur ces êtres, et c'est en fragments de cette langue qu'on l'a retrouvé dans les grottes de Qumrân.

Gibbaraya (Gibbarayaʾ / גבריא) est le pluriel araméen de ce que l'hébreu appelle gibborim — les puissants, ceux qui pèsent. Le titre du livre n° 37, Sefar Gibbaraya, le porte.

On le traduit « Livre des Géants », et ce n'est qu'un pont pour le lecteur français. Le mot ne dit rien d'une taille. Il dit une démesure de poids — des êtres dont la présence fait plier ce qui les entoure, sans qu'aucune fonction leur soit assignée nulle part. C'est le prolongement direct des quatre versets où Bereshit les nomme Nefilim et gibborim avant de passer à autre chose.

Le livre relève précisément ce que la Torah avait laissé serré. Il leur donne des noms — Ohyah, Hahyah, Mahaway —, une faim, des songes qui les terrifient, une assemblée, une tablette qu'on va chercher auprès de Chanokh, et une sentence. Ce que quatre versets tenaient en énigme devient une scène.

Et il fait une chose que personne n'attend. Parmi les gibbaraya soumis au jugement, il place Gilgamesh — le héros de l'épopée que tout le Proche-Orient chantait, celui dont les rois se réclamaient. Ce n'est pas une curiosité d'érudit : c'est un reclassement. Ce que les goyim élèvent en kavod guerrière, le texte le range parmi la démesure d'avant les eaux. Leur renom est un Shem, oui — mais un Shem de démesure, non d'ordre.

Le livre n'est pas une invention tardive : 1Q23, 4Q203, 4Q530-533 — de vrais fragments antiques, et non une tradition reçue de seconde main. Il fut même si vivant qu'au troisième siècle de notre ère, Mani l'a repris ; des recensions en moyen-perse, en sogdien, en ouïghour en témoignent encore.

Source

1400 · גֻּבְרַיָּא

Dans le corpus

72 occurrences