Sefar Gibbaraya 4
Le songe du jardin
Or deux d'entre eux virent des songes (chelmin / חלמין), et le sommeil de leurs yeux fut troublé.
Ce ne furent pas des songes vides, car dans les jours anciens le songe pouvait être lieu de décret.
Hahyah/Ahyah (Hahyah/Ahyah / ההיה) vit dans la nuit un jardin [espace planté et ordonné ; lieu vivant menacé par la confusion].
Des jardiniers (gannayin / גננין) [figures de garde et d'arrosage dont la fonction demeure voilée dans le songe] l'arrosaient, et de nombreuses racines (shorashin / שרשין) [principe d'origine et de continuité générationnelle] sortaient d'un même tronc.
Des pousses grandes montèrent depuis les racines.
Leur hauteur couvrit le regard.
Alors ce qui paraissait croissance devint signe de jugement, car les pousses représentaient la génération née de la frontière rompue.
Puis Hahyah/Ahyah vit des langues de feu (leshanin di-nur / לשונין די נור) [image de destruction et de visitation céleste].
Elles vinrent contre le jardin.
Puis les eaux (mayya / מיא) se levèrent, non comme rosée de dotation, mais comme puissance qui recouvre.
Le feu brûla, l'eau submergea, et le jardin fut défait.
Mais dans le lieu de l'arrachage, une racine demeurait.
Avec cette racine étaient trois rameaux [signe d'un reste gardé au milieu de l'arrachage].
Ils ne furent pas consumés avec les autres, ni lavés hors du monde.
Ils demeurèrent comme reste (she'ar / שְׁאָר) [ce qui est gardé pour une continuité après jugement], non par force propre, mais parce qu'ils étaient retenus pour une ordonnance après les eaux.
Alors Hahyah/Ahyah s'éveilla, et son souffle fut resserré.
Il comprit que la hauteur des pousses n'était pas promesse de durée.
Ce qui monte sans mandat peut être abaissé sans délai.
Notes philologiques
- 4Q530 conserve les éléments du rêve : jardiniers, arrosage, racines, grandes pousses, feu et eau.
- La racine avec trois rameaux est éclairée par 6Q8 et par les traditions juives postérieures.
- L'identification Noach / trois fils est probable par parallèles, mais elle reste une interprétation reconstruite.
Notes ontologiques
- Le jardin représente un ordre planté.
- Les pousses grandes figurent la démesure des gibbaraya.
- Le feu et les eaux ne sont pas spectacle : ils manifestent la visitation et la dé-création.
Parallèles bibliques éventuels
- Bereshit 2-3 : jardin comme espace gardé.
- Bereshit 6-8 : Noach préservé à travers le mabbul.
- Daniel 4 : arbre élevé, abattu, souche conservée.