Nom propre
Levanon
Prononciation
Le-va-NON — trois syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
Le e initial est un shva, une voyelle très brève, presque avalée. On ne dit pas LÉ-va-non : on effleure la première syllabe et on pose le poids sur la dernière.
Le v est un bet spirant — la lettre ב sans son point intérieur. C'est la même lettre qui fait b quand elle ouvre un mot et v quand une voyelle la précède : une seule lettre, deux états, et ici c'est le second.
La voyelle devant le n final n'est pas nasale : on détache le o du n, jamais le « on » de « bon ».
Le Shem, et le blanc qu'il nomme
(Levanon / לְבָנוֹן) — le Liban. Bâti sur lavan (lavan / לָבָן), le blanc. Le nom ne décrit ni une forme ni une hauteur : il décrit une couleur aperçue de loin.
Deux blancs se disputent ce Shem :
- la neige, qui tient sur les crêtes quand la plaine brûle. C'est le seul blanc du paysage en plein été, et on le voit d'en bas ; - la pierre, un calcaire pâle que le soleil rend éclatant.
Le corpus n'explique nulle part ce Shem, et rien ne permet de choisir entre les deux : l'ONT ne tranche donc pas (§4.11). Ce qui est sûr est ce que les deux lectures ont en commun : cette montagne est nommée par ce qu'on en aperçoit depuis ailleurs. Personne ne l'a appelée d'après ce qu'on y trouve en y montant.
Le bois qu'il faut faire venir de loin
Regarde ce qui pousse dans le pays. L'olivier, le figuier, le sycomore, le tamaris : des arbres courts, tordus, noueux. On en tire du fruit, de l'ombre, du charbon — on n'en tire pas une poutre. Pour un linteau droit de quelques coudées, il faut déjà chercher.
Puis, au septentrion, au-dessus de la côte, une montagne couverte d'arbres qui montent tout droit : des dizaines de coudées sans une branche, un bois qui ne pourrit pas, que la vermine ne creuse pas, et qui sent.
Ce bois-là, on ne l'achète pas — on va le chercher. On abat sur la pente, on traîne le tronc jusqu'à la mer à force d'hommes et de bêtes, on lie les troncs en radeaux qu'on fait longer la côte, on les débarque, et on les remonte à l'intérieur des terres. Des mois. Et avant tout cela, un accord avec des rois qui ne sont pas les siens : les artisans et le bois viennent du même endroit, la côte de Tsidon.
Alors une poutre de cèdre dans une maison n'est pas un matériau, c'est un récit. Celui qui en couvre son toit dit deux choses d'un seul geste : je touche jusque-là, et je bâtis pour après moi.
Ce que le corpus fait de sa hauteur
Le Shem entre dans le corpus comme une image, non comme un lieu.
Dans tout le Levant, l'arbre haut est la figure reçue d'un règne qui dure, et le cèdre du Levanon en est le plus haut exemplaire disponible. *Yehezqel* 31 prendra l'image à son compte : il déploiera ʾAssur en cèdre du Levanon, plus haut que tous les arbres du jardin, ses branches abritant les bêtes et les oiseaux — puis il le montrera abattu.
Le retournement est le point. Le corpus ne conteste pas que le cèdre soit haut ; il conteste que la hauteur dise la durée. Rien ne tient ici par sa propre masse : la voûte tient parce qu'elle a été posée, les luminaires parce qu'ils ont été installés. Ce qui monte sans avoir été posté n'a rien qui le retienne — et ce qui a mis des siècles à monter tombe en une saison.
C'est ce que le songeur du Sefar Gibbaraya comprend en s'éveillant, le souffle resserré : la hauteur des pousses n'était pas promesse de durée. Il découvre ce que le cèdre laissait croire, et ce que le corpus en fait.
Ce que la fiche porte, et ce qui reste à venir
Elle repose sur une seule glose — celle du songe de l'arbre, au Sefar Gibbaraya, où le Levanon ne paraît que pour éclairer une image reçue. Le lieu lui-même n'est raconté nulle part dans ce qui est écrit à ce jour.
Deux ensembles le reprendront, et la fiche devra l'être avec eux : *Yehezqel* 31, qui déploie le cèdre en entier et l'abat ; et Melakhim, où le bois cesse d'être une image pour devenir une charpente, celle de la maison bâtie pour YHWH. Ce qu'elle porte aujourd'hui n'est que ce qui a déjà servi à comprendre autre chose.
Voir aussi
ʾAssur, que Yehezqel déploiera en cèdre du Levanon avant de le montrer à terre.
Tsidon, la côte par qui le bois et les artisans passent.
Hahyah et Ahyah, à qui le songe de l'arbre est donné.
kavod — pour ce qui pèse réellement, qui n'est jamais ce qui monte le plus haut.