La Bible ONT — מקרא הקדם

Nom propre

Yaʿaqov

Prononciation

Ya-ʿa-QOV — trois syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).

Le ʿ est un ayin : le même resserrement au fond de la gorge que pour le het, mais avec la voix — les cordes vibrent. Un son plein, un peu étranglé. Ce n'est pas un ornement : c'est lui qui fait la syllabe du milieu.

Le q est un qof : un k produit tout au fond, contre la luette, là où le k français ne va jamais.

Le v final est un bet sans dagesh — un b qui s'est ouvert.

La faute probable est double, et elle se tient dans un seul réflexe : dire deux syllabes au lieu de trois. On avale le ayin, on durcit le qof, et il reste « Ya-kob ».

C'est précisément le chemin qu'a pris « Jacob ». Le grec n'avait pas de ayin — il l'a laissé tomber ; le bet ouvert s'est refermé en b ; et le nom est arrivé jusqu'à nous amputé de la lettre qui portait sa racine. Le même accident que « Gabriel » pour Gavriel : la translittération de l'ONT rend ce que l'hébreu porte.

Le Shem

Une femme accouche sous la tente, et il y a deux enfants. Le premier sort. Puis le second, et sa main est fermée sur le talon de celui qui vient de passer devant lui, ʿEsav.

Ce qu'on crie alors, c'est ce qu'on voit.

(ʿaqev / עָקֵב) — le talon. Le dernier point du corps à quitter un lieu, le seul qu'on puisse attraper de quelqu'un qui s'en va devant.

Et la racine עקב ne s'arrête pas là. Elle porte aussi un verbe, (ʿaqav / עָקַב) : marcher au talon de quelqu'un, venir par-derrière, prendre sa place. Un même trilitère pour la partie du corps et pour le geste de celui qui la suit de trop près.

L'hébreu ne tranche pas entre les deux, et l'ONT ne tranche pas non plus : le §2.6 donne le Shem en deux morceaux séparés d'une barre — talon / il supplante. Les deux lectures sont dans le mot, et le texte ne choisit pas.

Il faut voir ce que cela fait à un nom. La première lecture est un constat : voilà comment il est né, et rien de plus. La seconde est une annonce : voilà ce qu'il fera. Le même mot dit les deux, et personne, en l'entendant, ne peut savoir lequel des deux on est en train de dire.

Ce qu'un tel Shem pose sur les épaules

Dans ce monde, un Shem n'est pas une étiquette qu'on porte : c'est l'acte d'existence fonctionnelle lui-même. Nommer, c'est faire entrer une chose dans l'ordre à une place donnée.

Alors mesure ce que celui-ci fait.

Cet homme sera appelé vingt fois par jour, par sa mère, par ses bergers, par ses fils. Et chaque fois qu'on l'appellera, on redira qu'il est arrivé second et qu'il tenait le pied de l'autre. Le nom ne raconte pas un souvenir de famille : il maintient une position. Un Shem fait de la place qu'on n'a pas eue est chose rare, et celui-ci en est un.

Et un nom qui porte une annonce peut se retourner. Celui qui aura été devancé pourra un jour prendre ce nom et le lancer comme un chef d'accusation — n'est-ce pas pour cela qu'on l'a appelé ainsi ? Cette scène-là n'est pas écrite ; elle est en *Bereshit* 27, et elle attend. Mais elle est déjà tout entière dans le mot, et c'est pourquoi elle est nommée ici.

Ce que le corpus écrit en fait : la rosée

Il ne paraît qu'une fois dans tout ce qui est rédigé, et ce n'est même pas dans son livre. C'est une glose du Sefar Gibbaraya, qui a besoin de lui pour expliquer autre chose.

Le songeur y voit des eaux se lever, et la glose oppose deux régimes de la même substance. Pour dire ce qu'est une eau qui dote, elle va chercher *Genèse* 27:28 : la rosée des Cieux, donnée à Yaʿaqov comme part.

Tiens-toi dans ce pays un instant pour comprendre le poids de cette part. La pluie y vient à sa saison, on la voit arriver de loin, et certaines années elle ne vient pas. La rosée, elle, vient toutes les nuits, sans nuage, sans bruit, sans qu'on la voie venir. On sort au matin et la pierre est mouillée. Ce n'est pas beaucoup d'eau — c'est de l'eau qu'on ne demande pas et qui est là.

Recevoir la rosée en part, ce n'est donc pas recevoir une réserve : c'est recevoir ce qui revient. Et le verset la nomme rosée des Cieux — elle ne monte pas du sol, elle descend, et c'est de là qu'elle tient d'être une part et non un rendement.

La glose s'en sert par contraste : la même eau, venue en masse, ne dépose plus rien, elle couvre.

Voilà l'unique endroit où le corpus rédigé le laisse paraître : comme celui à qui la rosée est donnée. Comment elle lui vient, et ce qu'il en fait, appartient à des parashiot qui ne sont pas écrites.

Un Shem qui doit changer

Il faut le dire ici, parce que c'est ce que ce nom a de plus rare dans tout le corpus : il ne restera pas.

Un jour, celui qui le porte recevra un autre Shem — Israel. Et le §2.10 se sert précisément de ce cas pour trancher une question générale : ici, un Shem change parce qu'un porteur a changé.

Mets-le en face de Gavriel, de Mikhaʾel, de Rafaʾel. Quand on demande son nom à un malʾakh, il refuse : il est pele (pele / פֶּלִאי), insondable. Ce n'est pas une dérobade — il n'a pas de nom d'identité à donner, parce qu'il n'y a personne derrière la fonction. Son nom nomme une charge, et une charge ne se transforme pas.

Yaʿaqov est l'exact contraire. Son nom nomme un homme, c'est-à-dire quelque chose qui a un basar qui vieillit, une nuit dont on sort autrement qu'on y est entré, et donc quelque chose qui peut devenir. Un nom qui change est la preuve qu'il y avait quelqu'un à changer.

Rien de cela n'est raconté dans l'ONT à ce jour. C'est écrit ici parce que le Shem le porte, non parce que le corpus l'a dit.

Ce sur quoi cette fiche repose, et ce qui manque

Elle repose sur trois choses, et il faut être franc sur leur minceur.

Une seule occurrence rédigée, et de seconde main : une glose du Sefar Gibbaraya, qui cite *Genèse* 27:28 pour éclairer un songe qui n'est pas le sien.

La décomposition du Shem, qui est sûre : la racine עקב, le talon et le verbe, et le rendu que le §2.6 a fixé pour l'Igeret Yaʿaqov.

Ce que les fiches voisines portent déjà de lui, et qui est chaque fois annoncé comme à venir : Bet-El où il dormira la tête sur une pierre et verra l'échelle avec les malʾakhim ; Charan et Nachor, la maison d'où l'on revient prendre femme, et où il ira ; Seir, dont le corpus jouera pendant tout son cycle ; et la fiche de barakh, qui tient déjà qu'une dotation partie ne se reprend pas, et le dit sur son cas.

Tout le cycle est à écrire — *Bereshit* 25 à 50 : la naissance et le nom, la dotation prise, l'échelle, les vingt ans de service, la lutte au gué, le changement de Shem, les douze fils, et la descente en Mitsrayim d'un vieil homme qui dira attendre le Sheʾol. Rien de tout cela n'existe encore dans l'ONT.

Cette fiche sera donc reprise, et largement. Le personnage ne changera pas — ce que le corpus en dit, oui.

Voir aussi

Sa maison, pour ce qu'on en a : Yitschaq son père, ʾAvraham son grand-père. Sa mère, son frère et ses nashim n'ont pas encore de fiche.

Ce que son Shem touche : Bet-El, Charan, Nachor, Seir.

Ce à quoi il s'oppose : Gavriel et Mikhaʾel, dont les noms nomment un office et ne changent pas.