La Bible ONT — מקרא הקדם

Nom propre

Gavriel

Prononciation

Gav-ri-EL — trois syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).

Ce nom ne désigne personne.

Il faut commencer par là, parce que c'est déroutant et que c'est la clef. Quand tu lis Avraham, il y a un homme derrière le nom : un homme qui a eu peur, qui a ri, qui a vieilli. Quand tu lis Gavriel, il n'y a pas de « lui » — il y a une charge, et le nom la nomme.

Ce que le nom dit

Gavriel (Gavriel / גַּבְרִיאֵל) se compose de gever (גֶּבֶר) et de ʾEl.

Gever vient de gabar (גָּבַר) — l'emporter, prévaloir. C'est la racine de la gevurah, la capacité d'accomplir, et celle du gibbor, celui qui pèse. Le nom dit donc : la gevurah de ʾEl.

Et remarque où il pointe. Il ne dit pas ce que Gavriel est ; il dit ce que ʾEl fait. Comme Mikhaʾel — « qui est comme ʾEl ? » — et comme Rafaʾel — « ʾEl guérit ». Les trois noms se terminent sur ʾEl, et aucun ne parle de son porteur.

On écrit parfois « Gabriel ». Cette forme est passée par le grec : le bet sans dagesh se dit `v`, comme le het de חֲנוֹךְ se dit `Ch` et non `Kh`. La translittération de l'ONT rend ce que l'hébreu porte.

Pourquoi c'est un nom d'office, et non de personne

Un malʾakh est l'être-de-mission. Il n'existe pleinement qu'envoyé, et n'a pas d'ʿolam à lui : il en prend un pour la mission, et il le rend.

Compare-le à un naviʾ, qui fait pourtant le même geste — recevoir un davar, le porter aux hommes. La différence est le surplus. Le naviʾ excède sa mission : entre deux devarim, il a une vie, un basar qui vieillit, une souffrance qui authentifie ce qu'il porte. Le malʾakh, lui, est sa mission. Hors d'elle, il n'y a personne qui reste.

Le corpus le montre sans détour ailleurs : quand on demande son nom à un malʾakh, il refuse — il est pele (pele / פֶּלִאי), insondable. Ce n'est pas une dérobade. Il n'a pas de nom d'identité à donner.

Alors que veut dire, dans ce cas, porter un nom ? Ceci : la fonction est permanente. Elle revient, siècle après siècle, toujours la même, sans que rien ne s'accumule entre-temps. Un homme, sur cette durée, aurait été transformé par ce qu'il a traversé. Ici, il n'y a personne à transformer, et c'est pourquoi la fonction ne dérive pas.

Le nom, c'est la fonction devenue nommable parce qu'elle dure.

La fonction qu'il tient

Gavriel est celui par qui passe l'annonce des ruptures d'époque : le moment où un ordre s'achève et où un autre commence, dit à quelqu'un qui ne l'avait pas demandé.

Ce n'est pas « le messager » en général — tout malʾakh porte un davar. C'est cette annonce-là, celle qui ouvre un temps. Et c'est le seul contenu que le nom porte : pas de caractère, pas d'histoire, pas de préférence.

Ce sur quoi cette fiche repose, et ce qui manque

Elle ne repose sur aucun texte écrit de l'ONT. C'est à dire franchement, et c'est rare : Gavriel n'apparaît dans aucune parashah rédigée à ce jour.

Elle repose sur trois choses seulement — la décomposition de son Shem, qui est sûre ; la structure du malʾakh telle que le corpus la donne partout ailleurs ; et le fait que ses deux compagnons de fonction, Mikhaʾel et Rafaʾel, ont leur fiche et paraissent, eux, dans des livres écrits.

Elle sera donc reprise, et il faut s'y attendre. Daniel le fait paraître deux fois, et les Besorot une fois encore ; aucun des deux n'est écrit. Le personnage ne changera pas — ce que le corpus en dit, oui.

C'est aussi la première fiche d'un Shem de fonction depuis que le §2.10 distingue un office d'un porteur. Elle se garde donc de la biographie : il n'y en a pas à écrire.