Intraduisible
parashah
פָּרָשָׁה
Formes : parashah, parashiot
Un scribe est assis devant un rouleau. Il vient d'écrire la fin d'une chose — un récit s'est accompli, une instruction a été donnée jusqu'au bout. Il ne trace pas de numéro. Il ne dessine pas de trait. Il laisse le reste de la ligne blanc, et recommence à la ligne suivante.
Ce vide est la division. Rien d'autre.
C'est ce qu'on appelle une parashah petuhah, une parashah ouverte : le blanc court jusqu'au bord et la suite s'ouvre sur une ligne neuve. Quand la coupure est moins forte, le scribe ne descend pas — il laisse neuf espaces au milieu de la ligne et continue là. C'est la parashah setumah, la fermée. Deux respirations, deux poids, et pas un mot pour les dire : le texte se divise par ce qu'il ne contient pas.
Retenez le geste, parce que tout est là. La division n'est pas posée sur le texte. Elle est dans le texte, faite de sa matière même — l'encre absente. On ne peut pas la retirer sans réécrire le rouleau.
Le mot vient de פרש, parash : rendre distinct, séparer une chose d'une autre pour qu'on la voie. Le même verbe sert quand on expose clairement une affaire, quand on tranche un cas obscur. Une parashah n'est donc pas un segment : c'est ce qui a été rendu distinct parce que ça formait un tout.
Et c'est pourquoi elle tombe où elle tombe. Le scribe n'a pas compté de lignes ni cherché un rythme régulier. Il a attendu qu'une chose soit accomplie. Certaines parashiot font quelques versets, d'autres plusieurs colonnes. L'irrégularité n'est pas un défaut de méthode — elle est la méthode. Une division qui tomberait tous les trente versets ne dirait plus rien de ce qu'elle divise.
Ces blancs sont vieux. On les trouve dans les rouleaux de la mer Morte, recopiés siècle après siècle avec le même soin que les lettres. Un copiste qui déplaçait un blanc modifiait le texte, et il le savait.
Il faut mesurer ce que cela veut dire pour ce que nous lisons aujourd'hui. Les chapitres que porte n'importe quelle Bible ne viennent pas de là. Ils ont été numérotés au XIIIᵉ siècle par un ecclésiastique de Paris, Stephen Langton, pour qu'on puisse citer un passage dans une dispute d'école — un outil d'index, utile et tardif. Les versets sont plus récents encore, ajoutés au XVIᵉ par un imprimeur.
Ces découpes-là sont posées sur le texte, par-dessus les blancs anciens qu'elles ignorent. Elles coupent parfois au milieu d'une chose en train de se faire. Et comme elles sont imprimées en gras dans la marge, elles finissent par commander la lecture : on lit « le chapitre 2 », donc on croit qu'une nouvelle affaire commence — alors que le scribe, lui, n'avait rien ouvert du tout.
L'ONT écrit ses unités selon le premier principe et non le second. Une unité se ferme quand une fonction s'accomplit, exactement comme un blanc de scribe. C'est pourquoi la septième de Bereshit recouvre ce que Langton appelle les chapitres 7 et 8 : entre les deux, rien ne s'était achevé.
Le renvoi classique reste affiché à côté, parce qu'il faut bien retrouver « Genèse 9 » quand on le cherche. Mais il est là comme une béquille, pas comme une charpente.