La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

ʿolam

עוֹלָם

ʿolam

Formes : ʿolam, berith-olam, ʾachuzat-ʿolam, ledorot-olam, ʿad-ʿolam, leʿolam, meʿolam

Prononciation

o-LAM — deux syllabes, accent sur la seconde.

Le mot commence par un ayin, que la graphie ONT ne note pas en position initiale (§2.9). Ce n'est pas un o ordinaire : il se produit au fond de la gorge, avec la voix — le même resserrement que le het, mais sonore. Un son plein, légèrement étranglé, avant la voyelle.

Un francophone qui dit simplement « o-LAM » sera compris ; il perdra seulement l'attaque. ## Ce qu'on t'a appris, et qui est faux

Ouvre n'importe quelle Bible française. Là où l'hébreu écrit olam (ʿolam / עוֹלָם), tu liras « éternel », « éternité », « à jamais », « les siècles ». Parfois « le monde ».

Aucune de ces traductions n'est proche. Et ce n'est pas une nuance de vocabulaire : c'est le mot qui commande la façon dont tout le corpus pense le réel, et le traduire ainsi rend une bonne partie du reste illisible.

Alors reprenons depuis la racine.

La racine ne parle pas du temps

Elle est 'alam (עָלַם), et elle veut dire : être caché, être dissimulé, être voilé à la perception.

Pas « être loin ». Pas « durer ». Être soustrait au regard.

Regarde ce que la même racine donne ailleurs, tu verras qu'elle est constante :

- 'elem (עֶלֶם) — un jeune homme. Pourquoi ? Parce que c'est l'âge où l'on est encore caché, où ce qu'on va devenir n'est pas encore manifeste. - 'almah (עַלְמָה) — une jeune femme, celle qui n'a pas encore rendu visible ce qu'elle porte. C'est le mot d'*Ésaïe* 7:14, et tout le débat autour de ce verset vient de là : il ne dit pas la virginité, qui se dit betulah (בְּתוּלָה). Il dit le non-encore-manifesté. - neʿelam (נֶעֱלָם) — ce qui se dérobe, ce qu'on ne parvient pas à saisir.

Trois mots, un seul geste : ce qui n'est pas donné au regard.

Le renversement : ce n'est pas un lieu, c'est un rapport

Voilà le pas difficile, et si tu le franchis tu as le mot entier.

Nous entendons spontanément « olam » comme une chose : un domaine, un au-delà, un temps immense. Quelque chose qui serait là, quelque part, et qu'on pourrait pointer du doigt.

Ce n'est pas ça. Olam n'est pas ce qu'on regarde. C'est le fait qu'on regarde et que quelque chose se dérobe.

Prends l'image la plus simple. Tu es sur une colline, tu regardes au loin, et il y a un point où ta vue s'arrête. Ce point n'existe pas « là-bas » : il n'y a rien à cet endroit précis, aucune ligne tracée dans le paysage. Ce point n'existe que dans la relation entre ton œil et le paysage. Change d'œil, monte plus haut, et il se déplace.

C'est exactement ça. L'invariant tient en une phrase, et il vaut la peine d'être appris par cœur :

> Olam est toujours fonction du regard, jamais objet du regard.

Trois conséquences, et elles surprennent

Il faut être deux. Un olam n'existe que dans une relation : quelqu'un qui perçoit, quelque chose qui se dérobe. Retire celui qui regarde et le mot n'a plus d'objet — non que la chose cesse d'exister, mais elle cesse d'être nommable comme olam.

Il n'est pas le même pour tous. Une même réalité peut être dans l'olam pour l'un et hors de l'olam pour l'autre, selon ce que le regardant est constitué pour voir. La différence n'est pas dans la chose. Elle est dans le vase qui regarde.

C'est ce qui décrit exactement ce qui arrive au naviʾ : dans la vision, ce n'est pas le monde qui s'ouvre — c'est son seuil qui se déplace. Ce qui était dans l'olam devient manifeste. L'olam n'a pas bougé. Le regardant, si.

Et les « deux olam » ne sont pas deux mondes. La tradition tardive parlera de l'olam ha-zeh et de l'olam ha-ba, ce monde-ci et le monde à venir, et cette opposition a fini par ressembler à deux étages superposés — ici-bas, l'au-delà. Ce ne sont pas deux lieux. Ce sont deux régimes de visibilité : ce qui est présentement accessible, et ce qui excède le seuil.

Ce que le grec a cassé, et comment

Les traducteurs grecs ont rendu olam par aiôn, un mot chargé de philosophie platonicienne où il désigne la durée éternelle de l'intelligible, par opposition au temps changeant du sensible.

Trois dégâts en sont sortis, et ils sont encore dans nos Bibles :

- on a spatialisé — aiôn est devenu « monde », puis en latin tantôt saeculum, tantôt mundus, et l'on s'est mis à lire olam comme un lieu ; - on a rendu le temps infini — « éternité » au sens d'une durée sans limite est une catégorie grecque. L'hébreu, lui, pense ce qui dépasse la mémoire vive, pas l'infini ; - on a fabriqué un dualisme — visible contre invisible, temps contre éternité, ici-bas contre au-delà. Deux substances séparées, là où l'hébreu n'avait que deux états d'un même rapport.

Trois versets où ça se vérifie

*Ecclésiaste* 3:11 — il a mis l'olam dans leur cœur.

Si olam voulait dire « le monde », la phrase est banale. S'il voulait dire « l'éternité », c'est une jolie abstraction. Mais s'il désigne la structure du dérobement, alors la phrase devient précise et un peu terrible : ce qui est déposé dans le cœur de l'homme, c'est la conscience que quelque chose lui échappe toujours. Il est constitué pour savoir qu'il y a un olam, et constitué pour ne pas en atteindre les bouts.

*Deutéronome* 32:7 — souviens-toi des jours d'olam.

Non pas « des jours éternels », ce qui ne veut rien dire. Les jours qui se dérobent à la mémoire : ceux que plus personne ne peut avoir vus.

*Psaumes* 24:7 — ouvrez-vous, portes de l'olam.

Si olam était un lieu, ses portes seraient des murs percés. S'il est un seuil de perception, ses portes sont des points de basculement — et ce que le roi de kavod franchit là n'est pas une frontière de territoire.

Un être peut en recevoir un

Voici l'emploi qui déroute le plus, et qui découle pourtant directement de tout ce qui précède.

On dit d'un être qu'il a un olam, ou qu'il n'en a pas. Le olam d'un être, c'est la forme sous laquelle il devient perceptible — son espace d'apparaître, la manière dont il s'inscrit dans ce qui se voit.

Et le corpus dit qu'un malʾakh n'a pas d'olam à lui. Il paraît tantôt comme un feu, tantôt comme un vent, tantôt comme un homme — non parce qu'il change de forme, mais parce qu'aucune forme ne lui appartient. Elle lui est assignée avec la mission : il fait de ses malʾakhim des vents, de ses serviteurs une flamme de feu (*Psaumes* 104:4). Le verbe est asah, faire — et c'est YHWH qui fait, à l'envoi.

Ça se tient parfaitement avec l'invariant. Si olam est ce qui règle la visibilité, alors n'avoir pas d'olam propre, c'est n'avoir rien qui soit perceptible de soi-même : il faut qu'on t'en donne un pour que tu paraisses, et tu le rends après.

C'est aussi pourquoi Mosheh ne voit qu'un dos. On ne peut voir d'un olam emprunté que le olam — jamais celui qui s'en est vêtu.

Et c'est ce qui rend mesurable ce que fait la troisième strate des modes de présence : celui-là ne rend pas le sien.

Son premier emploi, et il est terrible

Chassé du Jardin, l'homme l'est pour qu'il n'étende pas la main vers l'arbre de la Vie et ne vive le'olam (*Genèse* 3:22).

Presque toutes les Bibles écrivent « éternellement », et l'on comprend alors une faveur qu'on lui retire. Lis le mot pour ce qu'il dit, et la phrase se retourne : vivre au-delà de ce que le regard peut atteindre, dans l'état où il vient de se mettre, sans terme visible et sans sortie.

La porte qu'on ferme n'est pas une punition qui reprend un cadeau. C'est ce qui empêche un état d'être sans horizon.

La règle d'écriture, et pourquoi elle est stricte

Quand olam entre dans un construit, le vault translittère le groupe entier plutôt que d'en traduire la moitié :

berith-olam · achuzat-olam · ledorot-olam · ad-olam · leʿolam · meʿolam

Couper le construit reviendrait à rendre en français le mot qui porte justement ce que le français ne sait pas dire. Et une berith-olam cesse alors d'être un « contrat éternel » — une affirmation sur la structure du temps — pour redevenir ce qu'elle est : un engagement dont on ne verra pas le terme, fait à des gens qui savent qu'ils vont mourir.

Voir aussi

malʾakh, qui n'en a pas et en reçoit un. naviʾ, dont le seuil se déplace. Mosheh, qui n'en voit que le dos. kavod, dont les portes s'ouvrent. berith, dont la durée se mesure par ce mot. Et la chuqqah des quatre modes de présence, où les emplois travaillent tous ensemble.

Source

5769 · עוֹלָם

Dans le corpus

41 occurrences