Chapitre 8
Sefar Gibbaraya 8
Sefar Gibbaraya 8
La crainte des puissants
Mahaway (Mahaway / מהוי) [malʾakh des gibbarayaʾ auprès de Chanokh] revint vers l'assemblée des gibbarayaʾ [ils siègent, et c'est déjà un aveu. L'assemblée est chez eux le lieu de la force réunie — on y délibère, on y décide, et c'est d'elle qu'était parti Mahaway ; ici elle ne fait plus qu'attendre qu'on lui lise quelque chose. On ne convoque un conseil que sur ce qui se délibère encore — et ce qui vient d'être apporté ne se délibère pas], portant la tablette de Chanokh (Chanokh / חֲנוֹךְ) [scribe céleste qui transmet la sentence].
ʾOhyah (ʾOhyah / אוהיה) [géant majeur associé aux songes et à la réponse de l'assemblée], Hahyah/Ahyah (Hahyah/Ahyah / ההיה) [frère d'Ohyah, nom vocalisé diversement], Gilgamesh (Gilgamesh / גלגמיש) [le héros que les goyim chantent dans leur épopée — ici remis à sa place réelle, parmi les gibbarayaʾ. Car ce que les nations élèvent en héros, la Torah le nomme déjà : les gibborim / Nefilim deBereshit6:4, « les puissants d'autrefois, les hommes du Shem » (ʾanshei ha-shem / אַנְשֵׁי הַשֵּׁם). Le nom que les nations exaltent est un Shem de démesure, non d'ordre], Chobabish (Chobabish / חובבש) [nom étranger intégré à la mémoire des gibbarayaʾ] et leurs compagnons se rassemblèrent autour de lui.
La tablette fut lue devant eux [lue, à voix haute, devant l'assemblée réunie : au Proche-Orient une sentence n'a d'effet qu'une fois proclamée devant ceux qu'elle vise, et l'argile ne sert qu'à la porter d'un lieu à l'autre sans qu'elle s'altère en chemin. Remarquer alors qui lit — celui qui a écrit n'est pas là. Le davar tient sans son porteur, et c'est ce qui le rend inattaquable : il n'y a personne à qui répondre].
Alors leur assemblée devint silencieuse [le silence est la réponse, et c'est la première que l'assemblée donne. Une assemblée qui se tait a reconnu la compétence de ce qui vient d'être lu : on ne se tait pas devant un adversaire, on se tait devant un jugement].
Ceux qui avaient fait trembler les vallées furent troublés par des lignes [tout le livre tient dans ce renversement. Le corpus a passé sept chapitres à dire leur force — bras, prise, chair combattue — et il la met en face de traits sur de l'argile. Ce qui les arrête n'est ni une armée ni un dieu armé : c'est un écrit, et il ne se combat pas].
ʾOhyah répondit, mais sa réponse ne brisa pas la parole [il répond, et cela ne sert à rien. Le corpus ne le fait pas taire et ne le ridiculise pas : il enregistre qu'une parole peut être prononcée sans porter. Ce qui distingue le davar écrit par le scribe de la réponse du puissant n'est pas le volume — c'est d'où il vient] [et une parole prononcée ne se reprend pas dans ce monde. Yitschaq, apprenant qu'il a doté le fils qu'il ne visait pas, ne défait rien : il tremble d'un grand tremblement, puis il conclut il sera doté (*Genèse* 27:33). Le davar est sorti, donc il tient — non parce qu'un serment l'attacherait, mais parce que la parole n'est pas ici le compte rendu d'une intention : elle est l'acte, et un acte accompli ne s'annule pas en le regrettant. ʾOhyah parle contre une chose qui a déjà eu lieu].
Hahyah/Ahyah se tint auprès de lui [deux, et c'est un compte juridique. Une affaire ne s'établit pas sur la parole d'un seul : il en faut deux ou trois qui déposent, et *Deutéronome* 19:15 en fera une règle. Or les deux frères n'apportent rien contre quelqu'un d'autre — ils ont seulement rêvé, chacun le sien — un verger, une salle d'écriture —, et deux songes sans rien de commun ont fini sur le même reste. Le corpus les range côte à côte comme on range des témoins, et ce qu'ils attestent est leur propre sentence], et les visions qu'ils avaient vues se rejoignirent avec l'écriture de Chanokh.
Le jardin, la tablette, le feu, les eaux, la racine gardée : tout prenait place [les songes étaient épars, et ils étaient un. Chacun n'avait reçu qu'un fragment — une image, une frayeur au réveil — et le rapprochement des deux avec l'écrit du scribe fait apparaître la figure entière. C'est le mode de ce corpus : la révélation se compose, elle ne tombe pas d'un bloc] [et relisez la liste jusqu'au bout : elle finit sur ce qui est gardé. Le décret qu'on vient de leur lire ne dit pas seulement ce qui sera défait — il contient la survie de quelqu'un d'autre, une racine et trois rameaux, nommés dans la même sentence que leur fin. Ceux qui écoutent apprennent donc en une seule lecture qu'ils s'arrêtent et que cela continue sans eux. C'est une chose de savoir qu'on finit ; c'en est une autre d'entendre, dans la même phrase, qui vient après] dans un seul décret (din / דין) [sentence proclamée, limite formulée contre la démesure].
L'un d'eux formula : "Notre bras fut puissant contre les vivants [le bras est le mot des inscriptions royales, et c'est là qu'il faut l'entendre. Sur les stèles d'ʾAssur, le roi fait graver qu'il a soumis les pays par la force de son bras — la formule revient de règne en règne. Le corpus met cette formule exacte dans la bouche des gibbarayaʾ, puis lui ajoute une seconde moitié qu'aucune stèle n'a jamais portée], mais il ne prévaut pas contre les saints [les saints ne sont pas ici des irréprochables : ce sont ceux qui sont mis à part pour un office, et le qodesh est une assignation, non une qualité de caractère. Le bras ne prévaut pas contre eux parce qu'ils frapperaient plus fort, mais parce qu'ils tiennent une charge — et une charge ne se prend pas, elle se reçoit] [et « prévaloir » est le verbe de leur propre nom. Le mot gibbarayaʾ les désigne comme ceux qui l'emportent : c'est ce qu'ils sont, non ce qu'ils réussissent parfois. Mettre ce verbe au négatif dans leur bouche revient donc à leur faire dire qu'ils ne sont pas ce qu'ils s'appellent, et à l'endroit précis où cela déciderait. Rien ne leur est retiré, aucune force ne leur est ôtée : le décret nomme seulement la direction où leur nom ne veut rien dire].
Nos accusateurs habitent dans les Cieux [habitent : le verbe fait tout, et il ne donne pas une adresse. Devant un tribunal du Proche-Orient, l'accusateur doit se tenir là où la cause s'entend — qui n'a pas de place dans l'enceinte n'a pas de voix, quelle que soit sa cause. Les gibbarayaʾ ne se plaignent donc pas d'être accusés : ils constatent que leurs accusateurs sont chez eux dans le lieu où l'affaire se juge, et qu'eux-mêmes n'y sont nulle part].
Ils sont plus puissants que nous, car ils se tiennent dans leur domaine tandis que nous avons perdu le nôtre [ce sont les condamnés qui énoncent la règle qui les condamne, et nulle part le corpus ne la formule plus nettement. La puissance n'est pas une quantité qu'on possède : c'est ce que rend un domaine reçu. Hors de sa place, un puissant n'est pas un puissant diminué — il n'est plus rien. Reste ce que leur plainte ne tranche pas : avons perdu le nôtre suppose qu'ils en aient eu un. Leurs pères ont quitté le leur ; eux sont nés d'un franchissement, donc peut-être sans domaine dès le premier jour. Les deux lectures restent ouvertes]."
Alors ils cherchèrent s'il restait une requête à porter [« à porter » — une requête ne s'énonce pas, elle se transporte. Devant une autorité qui siège ailleurs, il faut quelqu'un qui soit reçu là-bas et qui accepte le trajet : c'est toute la fonction de Mahaway, et c'est pour cela qu'ils l'avaient envoyé. Or il vient de rentrer, et ce qu'il a rapporté est posé devant eux. Leur unique route vers le haut a déjà servi, et elle a servi à leur apporter ceci].
Ils ne demandaient pas la restauration de l'ordre ; ils demandaient que leur coupure soit moins totale [ce qu'on demande dit ce qu'on croit encore possible. Le vassal qui a rompu son serment n'écrit pas à son suzerain pour lui demander d'abroger le traité : il demande un délai, une remise, un allègement du tribut — et en le demandant il reconnaît le traité. Les gibbarayaʾ font exactement cela. Leur requête est déjà une soumission, et ils ne s'en aperçoivent pas].
Ils voulaient des jours, mais les jours n'étaient plus donnés [donnés : les jours d'un vivant ne lui appartiennent pas, ils lui sont comptés — c'est la logique de *Genèse* 6:3, où une limite est posée sur la durée de l'Être façonné du sol. Demander des jours, c'est demander qu'on rouvre une allocation ; et l'on ne rouvre pas ce qu'on n'a pas fixé soi-même].
Ils voulaient un Shem, mais leur Shem devenait signe de jugement [un Shem ne se garde pas tout seul : il dure parce que quelqu'un le répète. C'est pour cela qu'on dresse des stèles et qu'on tient des listes de rois — pour que le nom soit encore prononcé quand la bouche qui le portait ne le pourra plus. Celui des gibbarayaʾ sera prononcé, et longtemps ; mais comme l'exemple de ce qu'il ne faut pas devenir. Le nom tient, et il tient contre son porteur].
Ils voulaient que leurs fils demeurent, mais leurs fils étaient eux-mêmes la preuve que la limite avait été rompue [un fils est normalement ce qui continue un nom, et c'est la seule survie que ce monde connaisse : on demeure dans celui qui porte après soi. Ici la ligne se retourne. Le fils n'atteste plus le père, il l'accuse — son existence même est la trace du franchissement. Il n'y a pas moyen de garder l'un sans l'autre, et c'est pourquoi la demande ne pouvait pas aboutir].
Alors l'assemblée des gibbarayaʾ connut sa fin avant que les eaux ne viennent [avant, et ce seul mot ordonne le livre. Ce qui vient par l'eau au chapitre suivant n'ajoute rien à la sentence, il l'exécute. Entre le décret et les eaux s'ouvre donc un intervalle, et le corpus ne dit pas ce qui s'y passe : combien de temps ils vivent encore en le sachant, ni ce qu'ils en font. Le silence est laissé].
La mort de leur Nefesh fut annoncée dans la vision ; la chute de leur chair fut préparée dans le décret [le Nefesh annoncé dans la vision, la chair préparée dans le décret, les esprits gardés pour les jours d'après : les trois ne finissent pas ensemble, et le troisième ne finit pas du tout. Ce dernier point est une expansion de l'ONT, appuyée sur 1 Chanokh 15-16 et signalée comme telle dans les notes du chapitre] ; l'errance de leurs esprits [souffles issus d'une naissance hors ordre, sans lieu stable parmi les morts ni parmi les vivants] fut gardée pour les jours d'après.
Notes philologiques
- Le retour de Mahaway est reconstruit à partir du motif attesté du malʾakh envoyé.
- Le contenu sur les accusateurs célestes reprend 4Q531 fragment 17.
- Les esprits errants relèvent surtout de 1 Chanokh 15-16 et sont donc signalés comme expansion.
- Le vocabulaire du décret (din) reprend la logique judiciaire des fragments ; le corps du texte n'en donne pas une restitution diplomatique.
Notes ontologiques
- Les gibbarayaʾ sont vaincus par l'écriture avant d'être vaincus par les eaux.
- Leur demande ne restaure pas la fonction perdue.
- Les esprits errants sont trace d'une naissance hors distinction.
Parallèles bibliques éventuels
- *Daniel* 5 : le puissant troublé par l'écriture.
- 1 Chanokh 13-14 : demande d'intercession des ʿirin.
- *Genèse* 6:3 : limite imposée aux jours de l'Être façonné du sol.