La Bible ONT — מקרא הקדם

Chapitre 6

Sefar Gibbaraya 6

Mahaway devant Chanokh

Alors les gibbarayaʾ appelèrent Mahaway (Mahaway / מהוי) [et voilà le geste retourné. Tout ce corpus connaît l'envoi dans un seul sens : un malʾakh part des shamayim, porte un davar et redescend — il est sa mission, il n'a rien d'autre. Ici l'envoi part d'en bas, d'une assemblée de meurtriers, et remonte vers celui qui écrit. Ils n'ont pas de malʾakh ; ils en fabriquent un avec l'un des leurs], fils de Baraqel (Baraqel / ברקאל) [de baraq (בְּרַק) — l'éclair — et de ʾEl. Le père est l'un des irin qui sont descendus : c'est donc un fils du franchissement qu'on envoie chercher le déchiffrement, et il porte dans son nom celui qu'il va falloir affronter].

Ils lui dirent : "Va vers Chanokh (Chanokh / חֲנוֹךְ) [chanak (חָנַךְ) : dédier, initier — "le dédicacé, l'initié" ; celui qui marche avec ʾElohim, scribe du domaine céleste et médiateur perceptif].

Porte devant lui nos paroles, nos songes et notre trouble [trois choses, et pas une ne se transmet comme l'autre. Une parole se répète mot pour mot, et c'est pour cela qu'on peut la confier à un porteur. Un songe se raconte, et déjà quelque chose s'en perd en chemin. Un trouble ne se transmet pas du tout — il se montre. Voilà pourquoi il faut envoyer quelqu'un et non un message : le troisième terme de la liste ne tient pas sur une tablette].

Qu'il nous fasse connaître le déchiffrement (peshar / פֵּשֶׁר) [interprétation révélée du sens caché d'une vision ou d'un événement], car la vision est lourde et le sens nous dépasse." [relisez le chapitre 2 avant cette phrase. Là, ils prenaient tout : le fruit, le grain, les troupeaux, les grands vivants des eaux, puis les hommes — et rien ne recevait de limite. Voici la première chose qu'ils ne peuvent pas prendre. Le sens ne s'attrape pas avec un bras, il se reçoit de quelqu'un ; et pour l'obtenir ils doivent faire le seul geste que leur démesure n'avait jamais fait : demander] [et le mot du poids revient, retourné. Au chapitre 1, c'étaient eux qui pesaient sur la Terre sans avoir été posés nulle part ; ici c'est une vision qui pèse sur eux. Dans cette langue, ce qui a du poids a de la réalité — la kavod vient de kaved, être lourd. Ils viennent donc de rencontrer une chose plus dense qu'eux, et il n'y a pas de bras pour cela]

Mahaway sortit de l'assemblée [il faut sortir pour savoir, et c'est tout le chapitre en une phrase. L'assemblée est le lieu de la force réunie : on y délibère, on y décide, on y compte les prises. Elle ne produit pas de déchiffrement, quel que soit le nombre de ceux qui s'y tiennent. Le sens n'est pas au centre du pouvoir, il est chez un homme seul, très loin].

Il traversa les régions sèches, les lieux de rocs et les espaces où le chemin se perd [le désert, ici, n'est pas un paysage : c'est ce qui n'a été assigné à personne. *Bereshit* 1 fait paraître le sec en rassemblant les eaux, puis le remplit — de l'herbe, des arbres, des vivants —, et une terre se reconnaît à ce qu'elle porte. Là où rien n'est semé, rien n'est nommé, et le chemin lui-même cesse. Le verset ne mesure donc pas la longueur du voyage : il dit qu'entre l'assemblée des puissants et le lieu du scribe, il n'y a pas de route].

Il passa vers les montagnes, et son mouvement fut rapide [et le voici mesuré à autre chose. Les gibbarayaʾ se comptent à ce qu'ils pèsent — c'est toute leur définition depuis le chapitre 1. Un porteur, lui, se compte à sa vitesse, parce que ce qu'on attend d'un envoyé est le temps qu'il fait gagner à celui qui l'envoie. En sortant de l'assemblée, Mahaway a changé d'unité de mesure].

Il alla jusqu'au lieu où Chanokh demeurait, loin de l'assemblée des violents [cet éloignement n'est pas une retraite choisie. *Genèse* 5:24 dit de lui deux choses en une ligne : il marchait avec ʾElohim, et il n'était plus, car ʾElohim le prit. Le corpus ne raconte pas qu'il ait fui les hommes ; il raconte qu'il en a suivi un autre, et que la distance est venue avec. Ce n'est donc pas la solitude qui l'a rendu capable de lire, c'est la marche — et la solitude en est le prix].

Mahaway appela Chanokh [appeler et nommer sont un seul verbe, dans la langue de ce corpus : qara. Il fait le plus grand des actes — ʾElohim qara la Lumière « Jour », et par là un jour existe — et il fait aussi le plus petit, héler un homme depuis le dehors. Ce que le puissant peut faire ici, c'est la petite moitié du verbe : appeler quelqu'un, jamais lui assigner une place].

Il ne l'appela pas comme on appelle un devin des nations, ni comme on cherche un faiseur de prodiges [il faut savoir ce qui est écarté ici. Dans les cités de Mésopotamie, interpréter un songe est un métier : on consulte un spécialiste, il ouvre des recueils d'augures où les images sont classées avec leur sens, et il est payé. Le texte refuse ce cadre en deux phrases — non parce que la technique serait fausse, mais parce que ce qui est demandé ici ne se lit dans aucun recueil].

Il l'appela comme scribe distinct (safar parshaʾ / ספר פרשא) [le scribe qui distingue, explique et rend lisible ce qui doit être transmis], car Chanokh reçoit les paroles, distingue les visions et écrit selon ce qui lui est montré [trois verbes, et aucun des trois n'est « décider ». Il reçoit — donc il n'est pas la source. Il distingue — et c'est le geste de badal, celui par lequel ʾElohim sépare la lumière d'avec les ténèbres au premier jour : le scribe fait à une vision ce que la création fait au chaos, il trace la frontière qui la rend lisible. Il écrit selon ce qui lui est montré, et non selon ce qu'on lui demande. Voilà la fonction entière, et elle n'a nulle part la place d'un avis personnel].

Mahaway formula devant lui : "Les gibbarayaʾ ont vu des songes [vu, et c'est le mot exact : un songe se voit, il ne se pense pas. Il arrive à quelqu'un qui dort, c'est-à-dire à quelqu'un qui ne fait rien. Et le corpus tient ces deux offices rigoureusement séparés : *Bereshit* 41 et *Daniel* 2 racontent deux fois la même impasse — un roi voit, et il lui faut quelqu'un d'autre pour lire. Recevoir la vision ne donne aucun droit sur son sens — sans quoi la puissance suffirait à lire, et le livre entier dit qu'elle ne suffit pas].

Le jardin fut planté [un jardin planté, et le lecteur sait lequel : *Genèse* 2:8 emploie le même geste — YHWH ʾElohim planta un jardin en Eden, et il y plaça l'humain. Le songe ne commence donc pas par une catastrophe, il commence par le monde tel qu'il devait être : un enclos ordonné, arrosé, confié à quelqu'un. C'est ce qu'on va détruire sous leurs yeux, et ils le regardent sans savoir ce qu'ils regardent], puis feu et eau vinrent contre lui [les deux agents de destruction du Proche-Orient ancien, et le songe les envoie ensemble sur ce qui vient d'être planté. Le lecteur du Second Temple entend ce qui vient : l'eau sera le mabbul, et le feu attendra Sedom].

La tablette fut plongée dans l'eau, et les noms furent effacés [et ce n'est pas un registre qu'on perd. Un Shem, dans ce corpus, n'est pas une étiquette collée sur quelqu'un : c'est l'acte même par lequel une chose entre dans l'existence fonctionnelle, sa place reçue et tenue. ʾElohim nomme la Lumière « Jour », et c'est par là qu'un jour existe. Effacer un nom n'est donc pas oublier un homme — c'est défaire ce qui le faisait tenir. Et ceux-là, précisément, n'ont jamais reçu de place : le songe leur montre qu'un nom pris tout seul ne résiste pas à l'eau], sauf un reste [l'image est techniquement exacte, et c'est ce qui la rend terrible. On écrit sur de l'argile crue, et l'argile crue se dissout dans l'eau : un scribe le sait, et il sait qu'une tablette non cuite n'a aucune chance. Le songe ne dit donc pas que les noms seront oubliés — il dit que le support lui-même s'en va. Et un reste demeure. Ce mot traversera tout le corpus des neviʾim : ce qui subsiste d'un jugement n'est jamais rien, et jamais tout].

L'assemblée est troublée, car elle discerne que ces choses concernent sa fin." [ils discernent l'objet et pas le sens, et c'est exactement ce qui les envoie sur les routes. Ils savent que le songe parle d'eux — cela, la peur suffit à l'apprendre. Ce qu'ils ne savent pas, c'est ce qu'il en dit : s'il y a un délai, une condition, une issue. Un avertissement à moitié lu est le pire état où se trouver, et c'est celui du chapitre entier]

Chanokh écouta [deux mots, et c'est le premier geste du métier. Le v.11 disait qu'il reçoit les paroles avant de distinguer et d'écrire, et cet ordre-là n'est pas décoratif. Un homme de recueils n'écoute pas d'abord : il ouvre sa tablette, parce que ce qu'on lui apporte est une image déjà rangée quelque part. Ici il n'y a pas de recueil — donc il faut tout entendre avant même de savoir de quoi il s'agit].

Il ne se hâta pas vers l'assemblée pour flatter les puissants [le contre-portrait du faux naviʾ, dressé avant que le mot n'existe. Ce que les neviʾim reprocheront à leurs rivaux tient en ceci : ils disent aux puissants ce que les puissants veulent — et ils le disent vite].

Il ne dit pas : "La force peut détourner ce qui est décrété." [et c'est là qu'il refuse le métier, non au v.10. Dans les cités de Mésopotamie, lire un présage et le détourner sont un seul et même service : on identifie le signe, puis on exécute le rite qui l'écarte, et c'est pour cela qu'on paie. Un présage y est un avis sur ce qui menace, non une décision arrêtée. Ici il n'y a rien à acheter. Le scribe lit et ne vend aucun contre-geste — parce que ce qu'il lit n'est pas un signe dans le ciel, c'est un décret]

Il se tint dans sa fonction de scribe et de témoin [témoin est un office, non une circonstance. Dans le droit de ce monde, on ne l'est pas pour s'être trouvé là : on le devient en engageant sa personne dans ce qu'on atteste. *Deutéronome* 19:15 exige deux ou trois bouches pour qu'une chose tienne, et 19:19 fait retomber sur le faux témoin la peine qu'encourait celui qu'il accusait. Dire que Chanokh se tient en témoin, c'est donc dire qu'il répond de ce qu'il écrit : le scribe pose la chose, le témoin en porte le poids].

Alors Chanokh écrivit [et voyez ce qu'il oppose au songe. La tablette du v.14 était plongée dans l'eau et les noms s'en allaient ; le scribe répond par le geste inverse, il inscrit. Ce n'est pas une consolation : ce qu'il écrit est le décret, et l'écrire le rend opposable. Là où la vision montrait l'effacement, l'écriture pose quelque chose qui restera — et ce quelque chose est leur jugement], non seulement pour les gibbarayaʾ, mais pour Shemichazah et tous ses compagnons.

Car les fils portaient la violence [la distinction que tout le livre tient : les gibbarayaʾ sont ce qu'ils font, les ʿirin sont ce qu'ils ont ouvert. L'écrit s'adresse aux deux, et pas pour la même raison] [le corpus a un mot pour cette violence-là — chamas —, et c'est lui qui motive le mabbul : *Genèse* 6:11-13 dit que la Terre en était remplie, et donne cela pour cause du décret. Ce n'est pas la guerre, qui a ses saisons, ses motifs et ses règles, et qui finit par un traité : c'est la violence qui ne rend de comptes à personne, celle qu'on exerce parce qu'on le peut], mais les pères avaient franchi la garde.

Notes philologiques

  • Mahaway comme malʾakh des gibbarayaʾ vers Chanokh est un motif central du Livre des Géants, attesté par les fragments et les versions manichéennes.
  • Le déplacement est reconstruit : les détails topographiques ne sont pas conservés en continu.
  • L'expression araméenne safar parsha est conservée comme niveau 3 ; sa portée critique est réservée ici aux notes.
  • Chanokh est scribe et interprète ; il ne reçoit aucune fonction thaumaturgique.

Notes ontologiques

  • La force des gibbarayaʾ ne lit pas le décret.
  • Chanokh ne modifie pas le domaine céleste ; il transmet ce qui lui est donné à comprendre.
  • La transgression première demeure celle des ʿirin.

Parallèles bibliques éventuels