Nom propre
Qayin
Prononciation
Qa-YIN — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
Le q est un qof : un k produit tout au fond, contre la luette.
La voyelle devant le n n'est pas nasale : on détache, jamais le « on » de « bon » ni le « an » de « banc ».
Le Shem
Un troupeau change de main. L'homme qui le reçoit ne l'a pas fabriqué, il ne l'a pas trouvé — il l'a obtenu, et désormais il en répond. C'est le geste que dit qanah (qanah / קָנָה) : passer de ne pas avoir à avoir, et se trouver lié à ce qu'on tient.
Le verbe ne dit ni l'achat ni la propriété au sens où nous l'entendons. Le français « acquérir » évoque une transaction, un bien qui entre dans un patrimoine ; l'hébreu pense plus large et plus engageant. Qanah sert pour le bétail qu'on obtient, pour le champ qu'on reprend, et pour ce que YHWH fait quand il se constitue un peuple. Le même verbe dit la main qui se referme sur une chose et la souveraineté qui s'établit sur elle.
C'est pourquoi le corpus l'emploie du haut vers le bas sans changer de mot. ʾEl ʿElyon est nommé (qoneh shamayim vaʾarets / קֹנֵה שָׁמַיִם וָאָרֶץ) — celui qui a qanah les Cieux et la Terre. Non « le propriétaire du ciel », ce qui n'aurait aucun sens dans ce monde : celui qui les a fondés et qui en répond. Fonder et maîtriser sont une seule opération, et l'hébreu n'a pas besoin de deux mots là où le français en exige deux.
Voilà ce qu'un Shem bâti sur cette racine met sur les épaules de qui le porte. Il ne dit pas « le possesseur ». Il dit celui qui a été obtenu, ou celui par qui l'on obtient — l'hébreu laisse les deux ouverts, et le texte ne tranche pas.
Le premier fils
Une femme vient d'enfanter, la première fois que cela arrive. Elle sort du Jardin depuis peu, elle a entendu ce qui a été dit de la douleur, et elle tient un enfant vivant dans les bras.
Ce qu'elle fait alors est un acte, pas une émotion : elle nomme. Elle dit (qaniti ʾish et-YHWH / קָנִיתִי אִישׁ אֶת־יְהוָה) — j'ai obtenu un ʾish avec YHWH — et le Shem qu'elle pose sort du verbe même de sa phrase.
C'est presque unique dans le corpus. Ailleurs un Shem est donné et le texte laisse le lecteur en chercher le sens ; ici la nomination et son explication tombent dans le même souffle. La mère dit ce qu'elle a fait, et l'enfant s'appellera de ce qu'elle a dit.
Il faut entendre ce que la phrase ose. Hors du Jardin, après la rupture, elle déclare avoir obtenu avec YHWH — la préposition est difficile et l'hébreu la laisse trouble, mais dans toutes ses lectures elle affirme que l'ordre continue de produire. Le premier acte humain après la sentence est une acquisition, et elle est nommée devant YHWH.
Ce que le récit fait de son Shem
Et le texte le retourne, méthodiquement.
Il apporte une minchah (minchah / מִנְחָה) — un tribut de vassal — prise du fruit du sol qu'il travaille. Elle n'est pas regardée. Son visage tombe, et YHWH lui parle avant qu'il ait rien fait, pour lui dire que la chattat est tapie à sa porte, qu'elle le désire, et que lui doit lagouverner====. Le verbe est (mashal / מָשַׁל) : régner sur un domaine. On ne lui demande pas de résister à une tentation ; on lui rappelle une charge.
Il ne la tient pas. Et la sentence qui suit défait son Shem pièce par pièce : le sol qu'il travaillait ne lui rendra plus sa force, il sera (naʿ va-nad / נָע וָנָד) — mouvant et errant. Celui dont le nom dit « j'ai obtenu » perd toute prise sur ce qu'il tenait.
Le texte ne moralise nulle part. Il laisse le nom et le destin se contredire, et c'est là tout le commentaire.
Ce qu'il fonde quand même
La suite est ce que le récit a de plus étrange, et il faut la lire sans l'adoucir.
Cet homme sans prise bâtit une ville — la première du monde — et lui donne le Shem de son fils Chanokh, qui veut dire inauguration. Celui qui ne peut plus tenir la terre pose ce qui ne bouge pas et l'appelle du nom de la mise en service.
Et sa lignée donne au monde trois choses que le corpus nomme ensemble : la tente et les troupeaux par Yaval, la lyre et la flûte par Youval, le bronze et le fer par Tuval-Qayin — dont le Shem porte encore le sien, sept générations plus bas.
Elle s'achève sur Lamekh, qui chante avoir tué pour une blessure et se promet soixante-dix-sept fois la protection que YHWH avait posée sur son ancêtre.
Le premier obtenu n'a rien gardé, et tout ce que les hommes tiennent vient de sa maison.
Voir aussi
Sa maison : Chavah qui le nomme, Hevel son frère, Chanokh-fils-de-Qayin son fils, et Nod où il s'établit.
Ce que sa lignée donne au monde : Yaval et la tente, Youval et la lyre, Tuval-Qayin et le fer — dont le Shem porte encore le sien sept générations plus bas. Elle s'achève sur Lamekh-fils-de-Metoushael.
Ce que son Shem touche ailleurs : qanah revient pour ʾEl ʿElyon, qoneh shamayim vaʾarets, en *Bereshit* 14 — le même verbe, du haut vers le bas.
Source
7014 b · קַיִן