La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

qanah

קָנָה

fonder et maîtriser

Prononciation

qa-NA — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).

Le q est un qof : un k produit tout au fond, contre la luette.

Le h final est un he, et il ne se prononce pas : c'est une lettre-support, qui porte la voyelle sans ajouter de son. On dit qa-NA. Ne pas l'aspirer — et ne pas le confondre avec le he initial de hineni, qui s'entend, lui.

Un mot qui tient deux choses que le français sépare, et qui ne les tient pas par confusion : fonder et posséder — et le mot qui les tient ensemble est qanah (qanah / קָנָה). Celui qui a fait une chose en est le maître ; celui qui en est le maître l'a faite. L'hébreu ne voit pas là deux idées.

D'où la difficulté de la formule que Malki-tsedeq prononce sur Avram : ʾEl ʿElyon, qoneh des Cieux et de la ʾeretz. Traduire par « créateur » perd la maîtrise ; traduire par « possesseur » perd la fondation. Il faut les deux : celui qui les a fondés et qui les tient.

Ce lien-là n'est pas une bizarrerie de vocabulaire — c'est l'ontologie du corpus en un mot. Ce qui fait exister une chose, c'est de lui assigner sa place ; et celui qui assigne est par là même celui qui gouverne. Fonder et tenir sont le même acte, vu à deux moments.

Le verbe sert par ailleurs pour les affaires les plus ordinaires : acheter un champ, acquérir une bête, payer un prix. Rien de solennel. C'est le mot d'un contrat, et il faut le garder pour entendre la formule du Kohen : elle emploie le vocabulaire du marché pour dire ce que ʾEl ʿElyon est à l'égard des deux domaines.

Et c'est le premier mot que prononce Chavah après le Jardin, en nommant son fils : j'ai qanah un ish avec YHWH. Traduire par « j'ai acquis » la fait sonner comme une propriétaire ; par « j'ai produit », comme une fabricante. Le mot dit les deux, et davantage : quelque chose a été fondé, et il est à moi. Le nom de Qayin vient de là.

Le corpus place ainsi, à quelques versets d'écart, la fondation du monde et la naissance d'un enfant sous le même verbe. Il ne commente pas.

Source

7069 · קָנָה