La Bible ONT — מקרא הקדם

Nom propre

Chanokh-fils-de-Qayin

Prononciation

Cha-NOKH — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).

Le ch est un het : serre le fond de la gorge comme pour souffler sur une vitre, et souffle. Jamais le « ch » de « chat », qui se fait avec la langue à l'avant.

Le kh est un khaf : frottement contre le palais mou — le ch de l'allemand Bach. Ni un k, ni un « ch » de « chat ».

Le Shem

Une maison est finie. Les murs tiennent, le toit est posé, et pourtant on n'y habite pas encore — il manque le jour où l'on y entre pour la première fois, où elle cesse d'être un chantier pour devenir un lieu où l'on vit. Ce jour-là s'appelle chanakh (chanakh / חָנַךְ).

Le verbe ne dit ni la construction ni la consécration au sens religieux. Il dit le passage de l'achevé au servant : l'instant où une chose bâtie commence à faire ce pour quoi elle a été bâtie. On chanakh une maison qu'on habite, un autel dont on fait le premier usage, un chemin qu'on ouvre.

C'est la différence avec (qadash / קָדַשׁ), qui met à part pour un office. Qadash retire du monde ordinaire ; chanakh met en service. L'un sépare, l'autre inaugure — et le français les confond sous « consacrer », ce qui fait perdre la moitié de chaque.

La fête de Hanoukah porte cette racine, et c'est le même geste exactement : un Temple profané qu'on ne rebâtit pas, qu'on remet en service. Ce qui compte n'est pas la pierre, c'est la reprise de la fonction.

Un Shem bâti là-dessus dit donc de son porteur qu'il est un commencement qui fonctionne. Pas une promesse : une mise en marche.

Le fils du banni

Regardez où le texte le pose.

Son père vient d'être chassé de la face de YHWH. Le sol lui refuse sa force, il est (naʿ va-nad / נָע וָנָד), mouvant et errant, et il s'établit — le mot est déjà un paradoxe — au pays de Nod, l'errance faite pays.

Et là, cet homme sans prise bâtit une ville. La première du monde. Puis il lui donne le Shem de son fils (Chanokh / חֲנוֹךְ) : Inauguration.

Ce que fait Qayin est plus fort qu'une consolation. Il ne peut plus tenir la terre, alors il pose ce qui ne bouge pas et l'appelle du nom de la mise en service. Le banni fonde, et il nomme sa fondation d'après un enfant. La ville portera le nom du fils, et le fils portera le sens de la ville, sans qu'on puisse dire lequel a nommé l'autre.

Le texte ne juge pas ce geste. Il le rapporte, et passe à la génération suivante.

Ce que le corpus ne dit pas de lui

Presque tout. Il engendre ʿIrad, et la généalogie continue.

Aucune parole ne lui est prêtée, aucun acte, aucune fin. Il est un nom et une ville, et c'est la règle de l'ONT de ne pas combler ce que le texte laisse vide.

Ce qu'on peut dire sans inventer : il est le premier être humain dont le Shem serve à nommer un lieu. Après lui, la lignée donnera au monde la tente, la musique et le fer — et finira sur un chant de vengeance.

Voir aussi

Le même Shem, porté par un autre : Chanokh-qui-marche-avec-Elohim — sept générations après l'ʾadam dans l'autre lignée, celui qui ne meurt pas. Le corpus le note lui-même : deux Chanokh dans les deux lignées, et l'humanité reste une, même divisée.

Son père et sa maison : Qayin, Nod, ʿIrad.

Ce que sa lignée donnera : Yaval, Youval, Tuval-Qayin, Lamekh-fils-de-Metoushael.