Intraduisible
laqach
לָקַח
Formes : laqach, Laqach
Prononciation
la-QACH — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
Le q est un qof : un k produit tout au fond, contre la luette.
Le ch est un het : serre le fond de la gorge comme pour souffler sur une vitre, et souffle. Jamais le « ch » de « chat », qui se fait avec la langue à l'avant.
Un homme est derrière ses bêtes, ou sous un arbre, ou dans un pressoir. Il ne demandait rien.
Ce qui suit ne lui est pas proposé.
Ce que le mot dit
Laqach (לָקַח) veut dire prendre, saisir, emmener.
C'est un mot ordinaire. On l'emploie pour prendre du bois, prendre une femme, prendre une ville. Rien d'exalté : quelqu'un tend la main et prend.
Et c'est précisément parce qu'il est ordinaire qu'il porte ce qu'il porte. L'hébreu ne réserve pas un vocabulaire spécial à la constitution d'un naviʾ. Il emploie le verbe de tous les jours, et cela dit ce qu'il faut : il n'y a pas eu de négociation.
Ce que le mot refuse
Nous avons plusieurs façons d'adoucir cela, et le français les propose toutes.
« Appeler ». Un appel se décline. Il suppose quelqu'un qui écoute et qui répond, donc une part d'initiative laissée au second.
« Choisir ». Un choix suppose des candidats, une comparaison, un mérite — tout un ordre de raisons auquel l'hébreu ne fait aucune place.
« Susciter ». Trop doux : on suscite une vocation, on ne saisit pas quelqu'un.
Le laqach ne fait rien de tout cela. Il prend.
Ce que ça décide du navi
De là suit ce qui distingue un naviʾ de ce que nous appelons un métier.
Son identité ne vient pas de ce qu'il fait, ni de ce qu'il sait, ni d'une formation reçue. Elle vient d'avoir été saisi, et elle ne dépend donc de rien qu'il puisse acquérir ou perdre.
> Le naviʾ est avant de faire.
C'est aussi ce qui explique une chose qui déconcerte : il peut se tromper sur une parole particulière sans cesser d'être naviʾ. Son identité tient à la saisie, ses paroles restent vérifiables. L'être est invariant, les actes sont contrôlables.
Et cela le met en tension avec toute institution. Un homme qui ne tient sa place de personne ne se range pas dans une hiérarchie — il n'est redevable à aucune structure de ce qu'il est.
Une note de graphie
On écrit parfois « lakach ». C'est deux fautes en un mot : le qof (ק) se rend `q`, et la finale est un het (ח), donc `ch`. La forme juste est laqach.
Formes
vayiqqach · vayiqach · laqach · vatiqqach · vatiqach · yoqach-na meat-mayim
Source
3947 · לָקַח
Dans le corpus
3 occurrences
- Bereshit 18:4Qu'on apporte un peu d'eau [yoqach () — forme passive de laqach, prendre : « qu'il soit pris ». Personne n'est nommé — ni ʾAvraham, ni…
- Bereshit 5:24…eminait avec ʾElohim — et il n'était plus, car ʾElohim l'avait pris (ki-laqach oto Elohim /).
- Sefar gibbaraya 1:13…: vayiqchu lahem nashim, « et ils prirent pour eux des ʾishah ». C'est laqach, la saisie souveraine — prendre, saisir, emmener —, celle qui ne se nég…