La Bible ONT — מקרא הקדם

Chapitre 5

Bereshit 5

Bereshit 5

Le récapitulatif inaugural

Voici le livre des engendrements (sefer toledot / סֵפֶר תּוֹלְדֹת) [toledot — de yalad (engendrer) : non pas une liste administrative, mais le registre de ce qui est sorti d'un être et le prolonge dans le temps. Ce terme structurant revient tout au long de Bereshit comme marqueur des grandes transitions fonctionnelles] [de safar (סָפַר) — compter, dénombrer, d'où sefer. Ce n'est pas un livre relié : c'est une peau cousue bout à bout qu'on déroule d'une main et qu'on enroule de l'autre, et qui ne montre jamais que trois ou quatre colonnes à la fois. Un sefer de toledot est donc un registre — et le mot dit le compte avant de dire l'écrit] de l'Être façonné du sol (ʾadam / אָדָם) [adam et adamah, le sol, sont le même mot à une lettre près, et le français ne peut pas le faire entendre : « l'Être façonné du sol » est là pour ça. Ce Bereshit va compter neuf générations d'êtres tirés de cette matière, et le sol reparaîtra au verset 29, dans la bouche de Lamekh] : au jour où ʾElohim (ʾElohim / אֱלֹהִים) orchestra (baraʾ / בָּרָא) [de bara (בָּרָא) — orchestrer, inaugurer dans l'existence fonctionnelle. Dans tout le corpus un seul sujet le conjugue : ʾElohim. Et jamais aucune matière première n'est nommée avec lui — ce verbe ne dit pas d'où vient la chose, il dit qu'elle a reçu un rôle] l'adam, c'est modelé sur la manière d'être d'ʾElohim (bidemut ʾelohim / בִּדְמוּת אֱלֹהִים) [demut — la conformité au caractère et à la manière d'être d'ʾElohim, telle qu'établie en Bereshit 1, verset 26] qu'il le mit en place (ʿasah ʾoto / עָשָׂה אֹתוֹ) [de asah (עָשָׂה) — mettre en place, réaliser concrètement, avec le suffixe qui le désigne : il le fit, lui. Une seule phrase emploie les deux verbes — bara pour l'inauguration, asah pour la mise en œuvre — et le corpus ne les confond jamais].

Mâle (zakhar / זָכָר) et femelle (neqevah / נְקֵבָה) [neqevah vient de naqav (נָקַב) — percer, marquer d'un trou ; pour zakhar le corpus ne donne rien, et le rattachement se discute encore. Ce sont les mots qu'on emploie du bétail : Noach les entendra pour les bêtes qu'il fera monter dans la tevah, deux de chaque, mâle et femelle (*Genèse* 6:19). Le registre qui commence compte donc des vivants qui engendrent, à la manière dont on compte un troupeau] [deux mots de fonction et non de rang : zakhar et neqevah nomment ce que chacun peut faire dans l'engendrement, et le corpus les emploie aussi bien pour les bêtes. La phrase reprend *Genèse* 1:27 presque mot pour mot — le registre s'ouvre en récitant l'acte qui le rend possible] il les orchestra (baraʾam / בָּרָאָם) [bara + le suffixe qui les désigne : il les orchestra, en un seul mot. L'hébreu colle le complément au verbe là où le français en fait un mot à part — et c'est pourquoi un mot hébreu est souvent une phrase entière], et il les dota (vayevarekh ʾotam / וַיְבָרֶךְ אֹתָם) [de barakh (בָּרַךְ) — doter, jamais « bénir ». Ce n'est pas un souhait prononcé sur quelqu'un : c'est une capacité remise, qui rend son porteur capable de ce qu'il ne pourrait pas autrement. Ici la capacité d'engendrer — et c'est elle que les trente versets qui suivent passent leur temps à compter] et nomma leur Shem (shem / שֵׁם) : ʾAdam — au jour où ils furent orchestrés (biboraʾam / בְּיוֹם הִבָּרְאָם) [la forme est un Niphal (§3.4), le passif : baraʾ (בָּרָא) dit l'acte d'orchestrer, celui-ci dit qu'on l'a reçu. Le verset a donc employé le même verbe des deux côtés — il les orchestra, puis ils furent orchestrés — et c'est sur la seconde forme, celle qui reçoit, que le registre s'ouvre au verset suivant] [deux versets récapitulent ce que Bereshit 1 a déployé sur six jours — pour ancrer la généalogie dans l'acte originel. Et le texte note : le Shem "adam" fut donné à tous les deux ensemble, mâle et femelle. Le Shem de l'humanité est collectif avant d'être individuel].

La chaîne des générations

L'Être façonné du sol (ʾadam / אָדָם) vécut cent trente ans [la formule commence ici, et elle tiendra trente versets. Trois nombres par génération : l'âge qu'avait le père quand la ligne a passé, les années vécues après, et leur somme. Le corpus donne la somme alors qu'on pouvait la faire soi-même : ce n'est pas un calcul, c'est une clôture — chaque vie est refermée avant qu'on ouvre la suivante] et engendra (vayoled / וַיּוֹלֶד) [yalad — engendrer, faire sortir de soi une nouvelle existence. Le terme technique de la généalogie, qui revient comme refrain tout au long de ce Bereshit 5] [la forme est un Hiphil (§3.4), le causatif : le verbe simple yalad dit l'enfantement, et holid, la forme d'ici, dit le faire advenir. Le français n'a qu'un mot pour les deux, et le corpus emploie les deux — *Bereshit* 10 écrira le simple pour Koush qui engendre Nimrod. Ici, trente versets de suite, c'est le causatif ; et ce registre ne nomme aucune mère] à sa ressemblance (bidemuto / בִּדְמוּתוֹ) [trois morceaux collés : be- (dans, selon) + demut (la manière d'être) + le suffixe qui renvoie à lui. Soit selon sa manière à lui. Le verset reprend le vocabulaire de *Genèse* 1:26, mais déplacé : ce qui y disait le rapport d'ʾElohim à l'ʾAdam dit ici celui de l'ʾAdam à son fils], selon son image (ketsalmo / כְּצַלְמוֹ) [demut et tselem — les mêmes termes qui liaient l'adam à ʾElohim en Bereshit 1 lient maintenant le fils à son père. La délégation fonctionnelle se propage dans la chaîne des générations : chaque engendrement est une nouvelle instance de la ressemblance], et il le nomma [de qara (קָרָא) — nommer, qui dans ce corpus n'est jamais étiqueter : nommer fait entrer dans l'existence fonctionnelle, cela assigne une place. C'est pourquoi ce Bereshit retient les Shem et rien d'autre : ils sont la seule chose qu'il y ait à retenir] Shet (Shet / שֵׁת) [Shet — de shat (שׁוּת) : poser, placer, établir] [le registre s'ouvre sur Shet et non sur Qayin, qui était l'aîné. La ligne que ce Bereshit compte n'est pas celle des premiers-nés : c'est celle qui va jusqu'à Noach, et elle ne retient qu'un fils par génération].

Après avoir engendré Shet, les jours de l'adam furent huit cents ans [la ligne ne dit pas « il vécut » : elle dit les jours de, yemei (יְמֵי), le pluriel construit de yom — le jour de *Bereshit* 1. Une vie n'est pas ici une durée qui s'écoule, c'est une pile de jours qu'on compte, comme on comptait les six d'avant la cessation. Et c'est cette tournure-là, non le verbe, qui reviendra refermer chaque vie du chapitre], et il engendra des fils et des filles [ce que la formule ne dit pas est aussi réglé que ce qu'elle dit. Ces fils et ces filles existent, ils sont comptés, et aucun ne reçoit de Shem. Rien non plus de ce qu'un homme a fait, dit, bâti ou souffert. Le registre ne retient qu'une seule chose — que la ligne a passé — et il la retient pour chacun de la même manière].

Tous les jours de l'adam qu'il vécut furent neuf cent trente ans [le corpus inscrit ces durées, il ne les explique pas. Toutes se tiennent ici entre neuf cents et mille ans, et elles se raccourciront ensuite : la liste de *Bereshit* 11 descendra de siècle en siècle jusqu'à des vies d'une centaine d'années. Le corpus ne dit ni pourquoi elles sont si longues ni pourquoi elles se raccourcissent — il compte] — et il mourut (vayamot / וַיָּמֹת) [vayamot — et il mourut. Ces trois syllabes vont sonner comme un glas tout au long de ce Bereshit 5, à la fin de chaque vie. Pour la première fois la mort prend la forme d'un refrain — son inévitabilité inscrite dans la répétition elle-même. Une seule vie échappera à cette formule] [de mut (מוּת) — mourir, le verbe nu, sans image et sans détour. Le corpus ne dit ni où va celui qui meurt ni ce qu'il devient : il pose le verbe, et passe à la ligne. C'est la première fois qu'on le lit d'un homme — *Bereshit* 3 l'avait annoncé au futur, *Bereshit* 4 a montré un meurtre sans écrire ce mot une seule fois, et il faut ce registre pour qu'il devienne ce qu'on écrit de tout le monde].

Shet (Shet / שֵׁת) vécut cent cinq ans et engendra ʾEnosh (ʾEnosh / אֱנוֹשׁ) [ʾEnosh — l'humain dans sa fragilité et sa mortalité : terme distinct d'adam, qui désigne l'être façonné du sol dans son mandat fonctionnel. ʾEnosh nomme l'aspect vulnérable de l'humain qui se sait mortel] [le Shem se rattache à ʾanash (אנשׁ) — être atteint, incurable, ce qu'on dit d'une blessure qui ne se referme pas ; le rattachement est admis, non certain. Là où ʾadam disait de quoi l'homme est tiré, ʾEnosh dit ce qu'il en coûte de l'être. Le corpus n'explique pas ce choix de Shem — il l'inscrit, et reprend le compte].

Après avoir engendré ʾEnosh, Shet vécut huit cent sept ans et engendra des fils et des filles.

Tous les jours de Shet furent neuf cent douze ans — et il mourut [la formule se referme pour la deuxième fois, à l'identique, et c'est maintenant qu'elle devient audible. Un registre qui varierait se lirait comme un récit ; celui-ci ne varie pas, et ce qu'il produit est un battement : vécut, engendra, vécut encore, mourut. La monotonie est la mesure du temps qui passe, et il faudra une seule rupture pour qu'on l'entende].

ʾEnosh (ʾEnosh / אֱנוֹשׁ) vécut quatre-vingt-dix ans et engendra Qenan (Qenan / קֵינָן) [Qenan — de la même racine que Qayin (qanah : acquérir). Le nom résonne avec celui du premier meurtrier — mais dans la lignée de Shet qui a réinauguré l'invocation du nom de YHWH] [ce que le registre laisse tomber se voit ici. *Bereshit* 4 se refermait sur ʾEnosh en disant qu'alors on commença à invoquer le Shem de YHWH — le geste inaugural d'une génération. Ici ʾEnosh n'est qu'un nombre entre deux nombres. Le registre ne garde pas ce qu'on a fait : il garde que la ligne a passé].

Après avoir engendré Qenan, ʾEnosh vécut huit cent quinze ans et engendra des fils et des filles.

Tous les jours d'ʾEnosh furent neuf cent cinq ans — et il mourut.

Qenan (Qenan / קֵינָן) vécut soixante-dix ans et engendra Mahalalel (Mahalalel / מַהֲלַלְאֵל) [Mahalalel — de hallel (louange) et ʾEl (ʾElohim) : "la louange d'ʾElohim". Un nom de relation fonctionnelle avec ʾElohim inscrit dans la lignée de Shet] [c'est le premier Shem de la ligne à porter ʾEl. Shet, ʾEnosh, Qenan ne nommaient qu'un geste ou une condition d'homme ; à partir d'ici le nom d'un père contient le nom de celui devant qui il se tient].

Après avoir engendré Mahalalel, Qenan vécut huit cent quarante ans et engendra des fils et des filles.

Tous les jours de Qenan furent neuf cent dix ans — et il mourut.

Mahalalel (Mahalalel / מַהֲלַלְאֵל) vécut soixante-cinq ans et engendra Yered (Yered / יֶרֶד) [Yered — de yarad : descendre. Un nom de mouvement vers le bas, vers la terre] [les deux listes se ressemblent, et le corpus ne dit pas pourquoi. La ligne de Qayin en *Bereshit* 4 donnait Chanokh, ʿIrad, Mechouyaël, Metoushaël, Lamekh ; celle-ci donne Yered, Chanokh, Metoushelach, Lamekh. Deux lignes distinctes, ou une même mémoire entendue deux fois : le corpus ne tranche pas, et la traduction non plus].

Après avoir engendré Yered, Mahalalel vécut huit cent trente ans et engendra des fils et des filles.

Tous les jours de Mahalalel furent huit cent quatre-vingt-quinze ans — et il mourut.

Yered (Yered / יֶרֶד) vécut cent soixante-deux ans et engendra Chanokh (Chanokh / חֲנוֹךְ) [Chanokh — inaugurer, consacrer. Même nom que le fils de Qayin en Bereshit 4. Deux Chanokh dans les deux lignées — celui-ci sera le seul de toute la Bible à ne pas mourir] [il est le septième si l'on compte depuis l'Être façonné du sol : Shet, ʾEnosh, Qenan, Mahalalel, Yered, puis lui. Le corpus n'écrit nulle part « septième » — il le montre en comptant —, et le sept est chez lui l'unité de ce qui est accompli. C'est à ce rang exact que la formule va se briser].

Après avoir engendré Chanokh, Yered vécut huit cents ans et engendra des fils et des filles.

Tous les jours de Yered furent neuf cent soixante-deux ans — et il mourut.

Chanokh — celui qui cheminait avec Elohim

Chanokh (Chanokh / חֲנוֹךְ) vécut soixante-cinq ans et engendra Metoushelach (Metoushelach / מְתוּשֶׁלַח) [Metoushelach — étymologie débattue : "homme de l'épée" ou "quand il mourra, cela viendra". Il sera l'être humain au plus grand âge de toute la Bible : neuf cent soixante-neuf ans] [le corpus date le cheminement. Ce n'est pas de toujours que Chanokh marche avec ʾElohim : le verset suivant place cela après qu'il eut engendré Metoushelach. Des soixante-cinq premières années, rien n'est dit].

Et Chanokh cheminait (vayithalekh / וַיִּתְהַלֵּךְ) [hithalekh — hitpael de halakh (marcher) : non pas un acte ponctuel mais un mode d'existence continu et réciproque. Cheminer avec quelqu'un c'est partager le même chemin dans la durée — une relation vécue pas à pas. Ce seul verbe brise le rythme de la généalogie] avec ʾElohim (et-haʾelohim / אֶת-הָאֱלֹהִים) [le corpus écrit ici ha-Elohim, avec l'article — « le ʾElohim » —, et il le refait au verset 24. Partout ailleurs dans ce Bereshit, ʾElohim est nu. Le corpus ne dit pas ce que l'article ajoute, et la traduction ne le tranche pas] après avoir engendré Metoushelach, trois cents ans [c'est ici que la formule se casse, et elle se casse sur un seul mot. Pour tous les autres, le corpus écrit qu'après avoir engendré il vécut tant d'années. Pour lui, il écrit qu'après avoir engendré il cheminait avec ʾElohim tant d'années. La durée est comptée comme celle des autres, mais elle ne mesure plus la même chose : non des années passées à durer, des années passées avec quelqu'un] — et il engendra des fils et des filles.

Tous les jours de Chanokh furent trois cent soixante-cinq ans [trois cent soixante-cinq : le compte des jours que met le soleil à revenir où il était. Le corpus pose le chiffre et n'en tire rien. C'est aussi la vie la plus courte du chapitre, là où toutes les autres frôlent le millier : une vie comptée en jours d'année] [et la formule s'arrête là. Pour les huit autres, cette ligne se termine par et il mourut ; celle-ci se termine sur le nombre. Le blanc qui suit est l'information].

Et Chanokh cheminait avec ʾElohim [la phrase du verset 22 revient à l'identique, et c'est la seule fois du chapitre qu'une phrase est redite. Le corpus l'avait posée avant les trois cents ans ; il la repose après. Ce qui a duré trois siècles est dit deux fois, et n'a pas bougé] — et il n'était plus (veʾeinenu / וְאֵינֶנּוּ) [veʾeinenu — littéralement "et il n'est pas là". Le texte refuse délibérément le refrain vayamot : Chanokh ne meurt pas. Il est simplement absent. Le silence sur la modalité de sa disparition est lui-même l'information — le texte n'interprète pas, il constate] [le mot n'est pas un verbe. ʾein (אַיִן) est la particule de ce qui n'est pas là — celle dont on se sert pour dire « il n'y a pas de pain », « il n'y a pas d'eau au puits ». Elle porte ici le suffixe qui le désigne : et lui, il n'y a pas. Le registre avait une formule toute prête pour la fin d'une vie ; il emploie à sa place le mot du manque, celui d'une chose qu'on va chercher où elle était et qu'on n'y trouve plus], car ʾElohim l'avait pris (ki-laqach oto Elohim / כִּי-לָקַח אֹתוֹ אֱלֹהִים) [laqach — prendre, emporter. ʾElohim est le sujet actif : c'est lui qui prend Chanokh. Chanokh avait cheminé avec ʾElohim — ʾElohim a cheminé avec lui jusqu'à la fin du chemin, et l'a emporté].

Metoushelach, Lamekh et la naissance de Noach

Metoushelach (Metoushelach / מְתוּשֶׁלַח) vécut cent quatre-vingt-sept ans et engendra Lamekh (Lamekh / לֶמֶךְ) [Lamekh — même nom que le descendant de Qayin en Bereshit 4. La lignée de Shet n'échappe pas aux noms de la lignée de Qayin — l'humanité reste une, même divisée] [et les deux Lamekh sont les deux seuls hommes de ces listes à ouvrir la bouche. Celui de *Bereshit* 4 chantait à ses deux ʾishah qu'il tuerait pour une blessure ; celui-ci parlera au verset 29, et ce qu'il dira sera une attente de repos. Le corpus place la même parole possible aux deux mêmes places, et ne les compare pas].

Après avoir engendré Lamekh, Metoushelach vécut sept cent quatre-vingt-deux ans et engendra des fils et des filles.

Tous les jours de Metoushelach furent neuf cent soixante-neuf ans — et il mourut [les nombres de ce Bereshit se laissent additionner, et ils tombent juste. Metoushelach engendre Lamekh à cent quatre-vingt-sept ans ; Lamekh engendre Noach à cent quatre-vingt-deux ; Noach a six cents ans quand les eaux viennent. Soit neuf cent soixante-neuf — l'année même où finit la plus longue vie du corpus. Les trois nombres sont posés à trois endroits différents et la somme n'est jamais faite : elle est là pour qui compte].

Lamekh (Lamekh / לֶמֶךְ) vécut cent quatre-vingt-deux ans et engendra un fils [la formule se casse une seconde fois, et autrement. Partout ailleurs le corpus écrit et engendra suivi du Shem, dans le même souffle. Ici il écrit un fils, et il s'arrête : il faudra un verset entier, et la seule parole d'homme du chapitre, pour que l'enfant soit nommé].

Il nomma son Shem (shem / שֵׁם) : Noach (Noach / נֹחַ) [Noach — de nuach (נוּחַ) : se poser, trouver sa demeure, cesser d'errer. Le nom porte le repos fonctionnel — même racine que shavat, la cessation souveraine de Bereshit 1], en disant :
« Celui-ci nous nachamera (yenachameinu / יְנַחֲמֵנוּ) [nacham — intraduisible. Être saisi au fond des entrailles ET reconsidérer depuis cet endroit affecté — la totalité de l'être ébranlée. Non pas simplement "consoler" : le nacham est viscéral et actif à la fois. Noach (nuach) et yenachameinu (nacham) : deux racines distinctes mais phonétiquement proches — un jeu de mots intraduisible en français. Lamekh glisse de nuach vers nacham : le repos fonctionnel de son fils sera aussi un nacham pour le monde. Premier emploi dans l'ONT] de notre labeur (umeʿitsvon yadeinu / וּמֵעִצְּבוֹן יָדֵינוּ) [itsavon — la même douleur du travail prononcée sur l'adam en Bereshit 3, verset 17. Lamekh l'identifie et attend de son fils qu'il en soit le renversement] et de la peine de nos mains, de cette ʾadamah (haʾadamah / הָאֲדָמָה) [le mot du verset 1 revient ici, et il revient dans une bouche. ʾAdamah : le sol dont l'Être façonné du sol a été tiré. Ce que Lamekh nomme n'est pas une terre en général — c'est la glaise qu'on retourne, celle qui colle aux mains et qui ne rend plus ce qu'elle rendait. Le registre était parti du sol ; il y revient dans la seule phrase qu'un homme y prononce] que YHWH (YHWH / יְהוָה) [c'est le seul YHWH du chapitre. Trente versets nomment ʾElohim — celui qui orchestre au verset 1, celui avec qui Chanokh chemine, celui qui l'emporte — et le nom propre ne paraît qu'ici, dans la seule bouche humaine qui s'ouvre. Le corpus ne dit pas pourquoi ; il place les deux noms à deux endroits, et Lamekh emploie celui que la ligne de Shet avait commencé à invoquer (*Bereshit* 4)] a frappé de dysfonctionnement (ʾererah / אֵרְרָהּ) [arar — même racine qu'arur de Bereshit 3 : le sol frappé de dysfonctionnement depuis la réorganisation fonctionnelle de l'expulsion. Lamekh reconnaît l'état du monde et y inscrit le nom de son fils comme une promesse] » [c'est la seule fois du chapitre qu'on entend quelqu'un parler. Trente versets comptent des années sans qu'un homme ouvre la bouche ; celui-ci s'arrête sur un père qui regarde un sol qui ne rend plus, qui nomme son fils, et qui dit pourquoi. Le registre laisse passer une voix, juste avant de se refermer].

Après avoir engendré Noach, Lamekh vécut cinq cent quatre-vingt-quinze ans et engendra des fils et des filles.

Tous les jours de Lamekh furent sept cent soixante-dix-sept ans — et il mourut [c'est la vie la plus courte du chapitre après celle de Chanokh, et les nombres donnent autre chose encore : Metoushelach l'avait engendré à cent quatre-vingt-sept ans et vivra neuf cent soixante-neuf. Le père enterre le fils, de cinq ans. Le corpus ne le dit pas ; il le laisse dans les nombres].

Noach (Noach / נֹחַ) avait cinq cents ans [cinq cents ans avant d'engendrer, quand les huit autres l'ont fait entre soixante-cinq et cent quatre-vingt-sept. Le registre a ralenti jusqu'à presque s'arrêter — et c'est à ce moment qu'il nomme trois fils d'un coup, là où il n'en nommait qu'un], et Noach engendra Shem (Shem / שֵׁם) [Shem — intraduisible comme Ruach et Nefesh. En hébreu, Shem est l'acte d'existence fonctionnelle lui-même — non pas "le nom" au sens français, mais ce qui fait entrer une réalité dans l'ordre en la nommant. Être nommé Shem, c'est être constitutif du principe même qu'on représente : cet être porte en son Shem le Shem. De lui sortira la lignée sémitique — les peuples "du Shem", ceux qui invoqueront le Shem de YHWH dans l'histoire], Cham (Cham / חָם) [Cham — chaleur] et Yafet (Yafet / יָפֶת) [Yafet — de pata : étendre, élargir] [le chapitre se ferme sans refermer. Pour Noach il n'y a ni « tous les jours de », ni « et il mourut » : la formule qui avait tenu trente versets reste ouverte, et ce qui vient ensuite entrera dedans].