La Bible ONT — מקרא הקדם

Bereshit 5

Bereshit 5

Le récapitulatif inaugural

Voici le livre des engendrements (sefer toledot / סֵפֶר תּוֹלְדֹת) [toledot — de yalad (engendrer) : non pas une liste administrative, mais le registre de ce qui est sorti d'un être et le prolonge dans le temps. Ce terme structurant revient tout au long de Bereshit comme marqueur des grandes transitions fonctionnelles] de l'Être façonné du sol (adam / אָדָם) : au jour où Elohim (Elohim / אֱלֹהִים) orchestra (bara / בָּרָא) l'adam, c'est modelé sur la manière d'être d'Elohim (bidemut elohim / בִּדְמוּת אֱלֹהִים) [demut — la conformité au caractère et à la manière d'être d'Elohim, telle qu'établie en Bereshit 1, verset 26] qu'il le mit en place (asah oto / עָשָׂה אֹתוֹ).

Mâle (zakhar / זָכָר) et femelle (nqevah / נְקֵבָה) il les orchestra (bara'am / בָּרָאָם), et il les dota (vayevarekh otam / וַיְבָרֶךְ אֹתָם) et nomma leur Shem (shem / שֵׁם) : Adam — au jour où ils furent orchestrés (bibora'am / בְּיוֹם הִבָּרְאָם) [deux versets récapitulent ce que Bereshit 1 a déployé sur six jours — pour ancrer la généalogie dans l'acte originel. Et le texte note : le Shem "adam" fut donné à tous les deux ensemble, mâle et femelle. Le Shem de l'humanité est collectif avant d'être individuel].

La chaîne des générations

L'Être façonné du sol (adam / אָדָם) vécut cent trente ans et engendra (vayoled / וַיּוֹלֶד) [yalad — engendrer, faire sortir de soi une nouvelle existence. Le terme technique de la généalogie, qui revient comme refrain tout au long de ce Bereshit 5] à sa ressemblance (bidemuto / בִּדְמוּתוֹ), selon son image (ketsalmo / כְּצַלְמוֹ) [demut et tselem — les mêmes termes qui liaient l'adam à Elohim en Bereshit 1 lient maintenant le fils à son père. La délégation fonctionnelle se propage dans la chaîne des générations : chaque engendrement est une nouvelle instance de la ressemblance], et il le nomma Shet (Shet / שֵׁת) [Shet — de shat (שׁוּת) : poser, placer, établir].

Après avoir engendré Shet, les jours de l'adam furent huit cents ans, et il engendra des fils et des filles.

Tous les jours de l'adam qu'il vécut furent neuf cent trente ans — et il mourut (vayamot / וַיָּמֹת) [vayamot — et il mourut. Ces trois syllabes vont sonner comme un glas tout au long de ce Bereshit 5, à la fin de chaque vie. Pour la première fois la mort prend la forme d'un refrain — son inévitabilité inscrite dans la répétition elle-même. Une seule vie échappera à cette formule].

Shet (Shet / שֵׁת) vécut cent cinq ans et engendra Enosh (Enosh / אֱנוֹשׁ) [Enosh — l'humain dans sa fragilité et sa mortalité : terme distinct d'adam, qui désigne l'être façonné du sol dans son mandat fonctionnel. Enosh nomme l'aspect vulnérable de l'humain qui se sait mortel].

Après avoir engendré Enosh, Shet vécut huit cent sept ans et engendra des fils et des filles.

Tous les jours de Shet furent neuf cent douze ans — et il mourut.

Enosh (Enosh / אֱנוֹשׁ) vécut quatre-vingt-dix ans et engendra Qenan (Qenan / קֵינָן) [Qenan — de la même racine que Qayin (qanah : acquérir). Le nom résonne avec celui du premier meurtrier — mais dans la lignée de Shet qui a réinauguré l'invocation du nom de YHWH].

Après avoir engendré Qenan, Enosh vécut huit cent quinze ans et engendra des fils et des filles.

Tous les jours d'Enosh furent neuf cent cinq ans — et il mourut.

Qenan (Qenan / קֵינָן) vécut soixante-dix ans et engendra Mahalalel (Mahalalel / מַהֲלַלְאֵל) [Mahalalel — de hallel (louange) et El (Elohim) : "la louange d'Elohim". Un nom de relation fonctionnelle avec Elohim inscrit dans la lignée de Shet].

Après avoir engendré Mahalalel, Qenan vécut huit cent quarante ans et engendra des fils et des filles.

Tous les jours de Qenan furent neuf cent dix ans — et il mourut.

Mahalalel (Mahalalel / מַהֲלַלְאֵל) vécut soixante-cinq ans et engendra Yered (Yered / יֶרֶד) [Yered — de yarad : descendre. Un nom de mouvement vers le bas, vers la terre].

Après avoir engendré Yered, Mahalalel vécut huit cent trente ans et engendra des fils et des filles.

Tous les jours de Mahalalel furent huit cent quatre-vingt-quinze ans — et il mourut.

Yered (Yered / יֶרֶד) vécut cent soixante-deux ans et engendra Khanokh (Khanokh / חֲנוֹךְ) [Khanokh — inaugurer, consacrer. Même nom que le fils de Qayin en Bereshit 4. Deux Khanokh dans les deux lignées — celui-ci sera le seul de toute la Bible à ne pas mourir].

Après avoir engendré Khanokh, Yered vécut huit cents ans et engendra des fils et des filles.

Tous les jours de Yered furent neuf cent soixante-deux ans — et il mourut.

Khanokh — celui qui cheminait avec Elohim

Khanokh (Khanokh / חֲנוֹךְ) vécut soixante-cinq ans et engendra Metoushelach (Metoushelach / מְתוּשֶׁלַח) [Metoushelach — étymologie débattue : "homme de l'épée" ou "quand il mourra, cela viendra". Il sera l'être humain au plus grand âge de toute la Bible : neuf cent soixante-neuf ans].

Et Khanokh cheminait (vayithalekh / וַיִּתְהַלֵּךְ) [hithalekh — hitpael de halakh (marcher) : non pas un acte ponctuel mais un mode d'existence continu et réciproque. Cheminer avec quelqu'un c'est partager le même chemin dans la durée — une relation vécue pas à pas. Ce seul verbe brise le rythme de la généalogie] avec Elohim (et-ha'elohim / אֶת-הָאֱלֹהִים) après avoir engendré Metoushelach, trois cents ans — et il engendra des fils et des filles.

Tous les jours de Khanokh furent trois cent soixante-cinq ans.

Et Khanokh cheminait avec Elohim — et il n'était plus (veyenenu / וְאֵינֶנּוּ) [veyenenu — littéralement "et il n'est pas là". Le texte refuse délibérément le refrain vayamot : Khanokh ne meurt pas. Il est simplement absent. Le silence sur la modalité de sa disparition est lui-même l'information — le texte n'interprète pas, il constate], car Elohim l'avait pris (ki-laqach oto Elohim / כִּי-לָקַח אֹתוֹ אֱלֹהִים) [laqach — prendre, emporter. Elohim est le sujet actif : c'est lui qui prend Khanokh. Khanokh avait cheminé avec ElohimElohim a cheminé avec lui jusqu'à la fin du chemin, et l'a emporté].

Metoushelach, Lamekh et la naissance de Noach

Metoushelach (Metoushelach / מְתוּשֶׁלַח) vécut cent quatre-vingt-sept ans et engendra Lamekh (Lamekh / לֶמֶךְ) [Lamekh — même nom que le descendant de Qayin en Bereshit 4. La lignée de Shet n'échappe pas aux noms de la lignée de Qayin — l'humanité reste une, même divisée].

Après avoir engendré Lamekh, Metoushelach vécut sept cent quatre-vingt-deux ans et engendra des fils et des filles.

Tous les jours de Metoushelach furent neuf cent soixante-neuf ans — et il mourut.

Lamekh (Lamekh / לֶמֶךְ) vécut cent quatre-vingt-deux ans et engendra un fils.

Il nomma son Shem (shem / שֵׁם) : Noach (Noach / נֹחַ) [Noach — de nuach (נוּחַ) : se poser, trouver sa demeure, cesser d'errer. Le nom porte le repos fonctionnel — même racine que shavat, la cessation souveraine de Bereshit 1], en disant :
« Celui-ci nous nachamera (yenachameinu / יְנַחֲמֵנוּ) [nacham — intraduisible. Être saisi au fond des entrailles ET reconsidérer depuis cet endroit affecté — la totalité de l'être ébranlée. Non pas simplement "consoler" : le nacham est viscéral et actif à la fois. Noach (nuach) et yenachameinu (nacham) : deux racines distinctes mais phonétiquement proches — un jeu de mots intraduisible en français. Lamekh glisse de nuach vers nacham : le repos fonctionnel de son fils sera aussi un nacham pour le monde. Premier emploi dans l'ONT] de notre labeur (mi'itsvoneinu / מֵעִצְּבוֹנֵנוּ) [itsavon — la même douleur du travail prononcée sur l'adam en Bereshit 3, verset 17. Lamekh l'identifie et attend de son fils qu'il en soit le renversement] et de la peine de nos mains, de ce sol concret (ha'adamah / הָאֲדָמָה) que YHWH (YHWH / יְהוָה) a frappé de dysfonctionnement (arar / אֵרֵר) [arar — même racine qu'arur de Bereshit 3 : le sol frappé de dysfonctionnement depuis la réorganisation fonctionnelle de l'expulsion. Lamekh reconnaît l'état du monde et y inscrit le nom de son fils comme une promesse] ».

Après avoir engendré Noach, Lamekh vécut cinq cent quatre-vingt-quinze ans et engendra des fils et des filles.

Tous les jours de Lamekh furent sept cent soixante-dix-sept ans — et il mourut.

Noach (Noach / נֹחַ) avait cinq cents ans, et Noach engendra Shem (Shem / שֵׁם) [Shem — intraduisible comme Ruach et Nefesh. En hébreu, Shem est l'acte d'existence fonctionnelle lui-même — non pas "le nom" au sens français, mais ce qui fait entrer une réalité dans l'ordre en la nommant. Être nommé Shem, c'est être constitutif du principe même qu'on représente : cet être porte en son Shem le Shem. De lui sortira la lignée sémitique — les peuples "du Shem", ceux qui invoqueront le Shem de YHWH dans l'histoire], Cham (Cham / חָם) [Cham — chaleur] et Yaphet (Yaphet / יָפֶת) [Yaphet — de pata : étendre, élargir].