Intraduisible
baraʾ
בָּרָא
orchestrer
Prononciation
ba-RA — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
Un verbe dont ʾElohim est le seul sujet, dans tout le corpus. Jamais un homme ne bara (baraʾ / בָּרָא), jamais un roi, jamais un artisan. Cette exclusivité est la première chose à savoir, et elle oriente tout le reste.
La seconde est plus troublante : le texte ne dit jamais avec quoi. Pas une fois. Aucune matière première n'est mentionnée, ni au premier verset, ni ailleurs — et personne, dans le texte, ne s'en étonne. Nous, si : nous voulons savoir d'où vient l'étoffe du monde. Cette question est grecque et arrive mille ans plus tard.
Ce que bara désigne n'est donc pas une fabrication. C'est l'inauguration d'une existence fonctionnelle — l'acte par lequel une chose entre dans l'ordre et se met à tenir un office. Le premier jour ne produit pas de la lumière comme on produirait un objet : il institue l'alternance, c'est-à-dire le temps. Ce qui n'existait pas, ce n'était pas la matière : c'était la place.
L'ONT rend donc bara par orchestrer, et le mot vaut d'être pesé. Un chef d'orchestre ne fabrique aucun son — les instruments sont là, les musiciens aussi. Il assigne, il distribue, il fait entrer chacun à son rang, et de cette distribution naît quelque chose qui n'existait pas. Il n'ajoute pas de matière ; il ajoute de l'ordre, et l'ordre suffit à faire exister.
Le verbe revient à trois moments seulement dans la première page, et le compte n'est pas fortuit : pour le commencement, pour les vivants des eaux et du ciel, pour l'adam. Trois seuils, trois entrées d'un nouveau type d'être dans le monde — le reste se fait par asah, réaliser, et par badal, séparer.
Et il reparaît juste après les eaux, quand tout recommence. Ce n'est pas un hasard de vocabulaire : le mabbul avait défait l'ordre, et il faut de nouveau l'inaugurer.
Source
1254 a · בָּרָא