Intraduisible
ʾarur
אָרוּר
frappé de dysfonctionnement
Prononciation
a-ROUR — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
Le u se dit « ou », comme dans « loup » — jamais le u français de « lune ».
Le serpent est arur (ʾarur / אָרוּר), et pourtant il continue de se mouvoir. L'adamah est arur, et elle continue de produire. Qayin est arur, et il fonde une ville. Tiens ces trois faits ensemble, et l'idée de malédiction s'effondre — parce qu'aucun d'eux n'a rien perdu.
C'est le point le plus contre-intuitif du mot, et le plus important : arur n'est pas l'absence de dotation. C'est sa perversion. Ce qui a été barakh reçoit une capacité active ; ce qui est arur la garde, et elle se met à fonctionner de travers.
Regarde ce qui est dit à l'adamah. Elle ne devient pas stérile — le texte est explicite : elle produira ronces et chardons, et tu mangeras ton pain. La production continue, à un prix qui n'était pas là avant. Ce n'est pas une punition qui retire, c'est un rendement qui se déforme. Le lien entre l'homme et le sol dont il est tiré tient encore, mais il fait mal.
Regarde le serpent. Il se déplaçait ; il se déplacera sur son ventre, en mangeant la poussière. La faculté demeure, dégradée dans son exercice.
Et Qayin : il travaillait le sol, le sol ne lui donnera plus sa force. Il devient errant — non pas privé de vie, mais privé de son rapport à ce qui le tenait. Il fonde pourtant une ville, et sa descendance invente la métallurgie et la musique. Rien ne s'est arrêté.
D'où le contresens de « maudit ». Notre malédiction est un sort jeté, une force hostile qui poursuit ; elle vient d'un imaginaire magique, et elle fait de YHWH quelqu'un qui frappe. Le corpus décrit autre chose : un ordre qui se déforme quand on en sort. La conséquence est inscrite dans la structure, pas dans une colère.
Le mot voisin, qalal, complète le tableau : alléger, retirer du poids fonctionnel — de la kavod. L'arur dévie, le qalal allège. Ni l'un ni l'autre ne détruit.
Source
779 · אָרוּר