La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

shifchah

שִׁפְחָה

shifchah

Formes : shifchah, shefachot

Prononciation

shif-CHAH — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).

Le sh est un shin : c'est le « ch » de « chat » — dans l'ONT, c'est sh qui porte ce son, jamais ch.

Le ch est un het : serre le fond de la gorge comme pour souffler sur une vitre, et souffle. Jamais le « ch » de « chat », qui se fait avec la langue à l'avant.

Une maison de tentes, quelque part entre Kenaʿan et le désert. Il y a la maîtresse, il y a son ʾish, il y a les bêtes, et il y a une femme dont tout le monde sait à qui elle tient. Pas pour qui elle travaille — à qui elle est attachée. Si on demandait à quelqu'un de cette maison ce qu'elle fait, la question tomberait à côté ; on répondrait de quelle sphère elle relève. Cette femme est une shifchah (shifchah / שִׁפְחָה).

Le mot ne nomme donc pas un emploi. Il nomme une position dans une maison : la shifchah appartient à la sphère de sa maîtresse, comme une chose appartient à un domaine plutôt qu'à un propriétaire.

C'est pourquoi l'hébreu a deux mots là où le français n'en a qu'un. L'amah est attachée à un ʾish ; la shifchah est attachée à une ʾishah. Les deux ne se distinguent ni par le rang, ni par la tâche, ni par la peine — elles se distinguent par à qui l'on tient. Traduire les deux par « servante » revient à effacer la seule chose que les deux mots disaient.

Et cette appartenance ouvre une possibilité qu'aucun contrat de travail ne prévoirait. Parce que la shifchah relève de la sphère de sa maîtresse, elle peut être donnée : donnée en ʾishah seconde, pour porter un enfant qui comptera dans la ligne de la maîtresse et non dans la sienne. Le droit familial du Proche-Orient l'écrit noir sur blanc — les contrats retrouvés à Nuzi prévoient le cas, avec ses clauses. Ce n'est pas un arrangement improvisé par désespoir : c'est une institution, et tout le monde en connaissait les termes.

Voilà ce qui se joue quand Sarai donne Hagar à Avram. Hagar ne change pas de travail — elle change de sphère. Elle passe de celle de la maîtresse à celle de l'ʾish, et l'enfant qu'elle portera doit remonter, par-dessus elle, jusqu'à la maîtresse. Toute la mécanique tient dans ce mot-là, et une traduction qui dit « servante » laisse le lecteur français devant un geste incompréhensible.

Ce qui se brise ensuite se lit dans le même vocabulaire. Hagar conçoit, et la maîtresse devient légère à ses yeux : elle perd de la kavod, de ce poids qui fait qu'une place tient. La sphère avait un ordre ; le ventre de la shifchah vient de le retourner. Sarai n'accuse pas Hagar d'insolence, elle accuse Avram de n'avoir pas maintenu la hiérarchie — c'est une plainte de structure, pas de sentiment.

Reste que le texte ne s'arrête pas à la structure. La shifchah affligée s'enfuit vers le désert, et c'est là, sans statut, sans protection, sans sphère, qu'un malʾakh la trouve et l'appelle par ce mot même : shifchah de Sarai. Il ne lui rend pas une position. Il lui dit qu'elle est vue — et c'est elle, la femme sans droits, qui donnera un Shem à YHWH.

Source

8198 · שִׁפְחָה

Dans le corpus

20 occurrences