La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

melekh

Formes : melekh, melakhim

Prononciation

MÉ-lekh — deux syllabes, accent sur la première.

C'est le contraire de la règle générale (§2.12), et ce n'est pas une exception isolée : toute une famille de noms hébreux se bâtit sur deux voyelles brèves et tire l'accent vers l'avant — yeled, bayit, erev. Au pluriel, l'accent repart où on l'attend : me-la-KHIM.

Le kh final est un khaf : la langue frotte contre le palais mou, le ch de l'allemand Bach, la jota espagnole. Ce n'est pas le q d'un `k` français, et ce n'est pas non plus le souffle de gorge du het, qui se fait bien plus bas (§2.9).

La faute probable tient en deux mots : mélèk, avec un k net et l'accent tiré vers la fin. Les deux sont fausses, et la seconde plus que la première.

Ce que le mot fait

Melekh (melekh / מֶלֶךְ) nomme celui qui tient un lieu — sa décision y fait loi, sa protection l'abrite, son ordre le fait fonctionner.

Il faut savoir ce que le mot ne dit pas, parce que le français le dit à sa place. « Roi » arrive chargé de mille ans d'Europe : une dynastie, une couronne, un sacre, une pyramide de vassaux, un territoire vaste. Rien de tout cela n'est dans le mot hébreu, et si vous l'y mettez vous ne comprendrez plus la première scène où il paraît.

Neuf rois dans une vallée

Voici cette scène. Quatre rois marchent contre cinq. On les nomme tous : roi d'Elam, roi d'Ellasar, roi d'Adma, roi de Sedom, roi d'Amorah, et les autres. Ils rangent leurs hommes en ordre de bataille dans une vallée criblée de puits de bitume, et les vaincus y tombent.

Neuf rois. Dans une vallée. Comptez ce que cela suppose. Chacun tient une cité et ses champs — quelques milliers d'âmes, un mur, une porte, des greniers. Le vainqueur emporte les biens et les gens, et ʾAvram reprend le tout avec trois cent dix-huit hommes de sa maison.

Trois cent dix-huit hommes défont une coalition de quatre rois. Ce n'est pas que ʾAvram soit prodigieux : c'est que le mot melekh ne dit pas ce que « roi » vous a fait imaginer.

Sa charge est le tsedeq

Dans tout ce monde-là, la fonction du melekh est de tenir l'ordre juste du lieu : que les récoltes rentrent, que le jugement se rende à la porte, que l'étranger ne pille pas. Il n'est pas propriétaire de son pays — il en répond.

Le corpus le pose dans un Shem, sans le commenter. Le roi de Shalem s'appelle Malki-tsedeq : mon roi est le tsedeq. Le nom d'un homme énonce la définition de sa charge, et c'est la seule définition que le corpus en donne.

Et cet homme-là fait une seconde chose qu'aucun roi d'Israël ne refera : il est melekh et kohen dans la même personne. Il apporte le pain et le vin, il dote ʾAvram au nom d'ʾEl ʿElyon, et il disparaît. Le corpus ne dit pas que c'est extraordinaire ; il le montre et passe.

Un royaume se dit comme une liste de villes

L'autre mot de la racine est mamlakhah, le domaine tenu. Sa première paraît avec Nimrod, et le texte l'énonce en nommant des villes : Bavel, ʾErekh, ʾAkkad, puis Ninveh et Kelach.

Retenez la forme de la phrase. Il n'y a pas de mot pour « empire » dans ce corpus : il y a une énumération de lieux tenus par le même homme. Le pouvoir politique n'est pas une abstraction qu'on nomme — c'est une addition de murs et de portes.

Ce qu'on promet à un homme qui ne possède rien

Le dernier emploi est le plus étrange, et il vaut d'être vu.

YHWH dit à ʾAvraham que des melakhim sortiront de lui, puis redit la même chose de Sarah dans les mêmes mots. Au moment où la phrase est prononcée, cet homme ne possède pas un pouce de la terre où il campe et n'a aucun fils d'elle.

La promesse ne décrit donc pas ce qui est. Elle institue ce qui tiendra — ce qui est très exactement le mode de la parole qui accomplit en s'énonçant.

Ce sur quoi cette fiche repose

*Bereshit* 10 pour la mamlakhah de Nimrod, *Bereshit* 14 pour les neuf rois et pour Malki-tsedeq, *Bereshit* 17 pour les melakhim promis à ʾAvraham et à Sarah.

Le corpus n'a pas encore de roi d'Israël, et c'est là que ce mot deviendra brûlant — le jour où un peuple demandera un melekh pour être comme les goyim. Cette fiche sera reprise à ce moment-là, et elle devra l'être.

Voir aussi

tsedeq, sa charge. kohen, l'autre fonction, que Malki-tsedeq cumule avec celle-ci. mashal et radah, les deux verbes de la gouvernance déléguée. Shem, qui dit la fonction de celui qui le porte.

Formes

melekh · melakhim · malkhei · melakhim ʿamim · malakh · vayimlokh · yimlokh

Source

4428 · מֶלֶךְ