La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

ʿavad

עָבַד

servir

Prononciation

a-VAD — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).

L'homme est placé dans le Jardin pour deux choses : avad (ʿavad / עָבַד) et shamar. On traduit ordinairement par « cultiver et garder », et le lecteur imagine un jardinier avec ses outils. Ce n'est pas faux, et ça manque l'essentiel.

Car ces deux verbes-là forment une paire, et la paire a un usage précis dans le corpus : c'est le travail des lévites dans le Tabernacle. Ils avad le sanctuaire et ils le shamar. Les deux mêmes mots, dans le même ordre, pour ce que fait un desservant.

Le sens premier est celui du service — celui qu'un serviteur rend à son maître, celui qu'un peuple rend à son roi. Il ne s'oppose pas à la dignité : servir, ici, c'est tenir un office pour quelqu'un. C'est pourquoi le même verbe couvre le travail de la terre, le service d'un homme et le culte rendu à un dieu, sans que la langue voie là trois choses.

Ce qui change entièrement ce qu'on croit lire au chapitre deux. L'adam n'est pas un agriculteur qu'on aurait installé dans un beau verger. Il est un desservant dans un sanctuaire : le Jardin est un Temple, et sa charge y est celle du Kohen. Le mandat de gouverner qu'il reçoit au premier chapitre et le service qu'il reçoit au second ne sont pas deux vocations différentes — c'est la même, dite deux fois.

Et cela éclaire la sanction. Ce qui est atteint après la fracture, ce n'est pas son droit à la vie : c'est son service. Le sol ne répond plus comme il répondait ; le même verbe reste, l'exercice devient peine. On ne l'a pas privé de son office, on l'a laissé dedans, dégradé.

C'est aussi de ce verbe que vient le mot pour l'esclave, eved. La langue ne distingue pas par le mot celui qui sert un roi de celui qui sert un maître : elle distingue par ce à quoi l'on est assigné, et par qui.

Source

5647 · עָבַד