La Bible ONT — מקרא הקדם

Nom propre

Ur Kasdim

Prononciation

Ur Kas-DIM — 2 mots, chacun accentué sur sa dernière syllabe, qui est la règle générale (§2.12).

Le Shem

Deux mots, et il faut les prendre séparément.

(ʾUr / אוּר) est une grande cité du bas Euphrate, sumérienne, vieille de plus de mille ans quand Terach y vit. Des quais, des entrepôts, des tablettes par milliers, et au centre une ziggurat à degrés dédiée au dieu-lune — Sin chez les Akkadiens, Nanna chez les Sumériens. Ce n'est pas un village d'où l'on part faute de mieux : c'est l'un des lieux les plus civilisés du monde d'alors.

Et l'hébreu entend autre chose dans ces trois lettres, sans que ce soit l'étymologie de la ville : אוּר, c'est la flamme, le feu, la lumière. Le mot de la fournaise. L'oreille hébraïque ne pouvait pas ne pas l'entendre, et une longue tradition de lecture s'est engouffrée là. Le texte, lui, ne dit rien de tel — il nomme une ville. L'ONT restitue et ne tranche pas : l'homonymie est dans la langue, elle n'est pas dans le récit.

(Kasdim / כַּשְׂדִּים) désigne le peuple. Le français dit « les Chaldéens » ; c'est la forme grecque passée par le latin, et le §4.12 l'écarte comme il écarte Sodome pour Sedom. Kasdim est le nom hébreu, et c'est celui qui vaut ici.

Ensemble : Ur de chez les Kasdim. Le second mot distingue cette Ur-là d'une autre — la manière ordinaire de préciser un lieu quand plusieurs portent le même Shem.

Un anachronisme, et il faut le dire

Les Kasdim comme puissance historique sont tardifs. Ils dominent la Babylonie au premier millénaire, mille ans après l'époque où le récit place Terach et sa maison.

Le texte emploie donc une désignation qui n'existait pas encore, pour situer un lieu à l'usage de qui l'écoute. C'est exactement ce qu'il fait ailleurs avec les ʿAmaleqim, nommés d'après un ancêtre qui n'est pas né. Le narrateur nomme les lieux dans la langue de son auditeur, pas dans celle de ses personnages — et le signaler n'affaiblit pas le texte, cela montre comment il travaille.

Le premier départ

Ce lieu ne sert qu'à une chose dans le corpus, et elle est immense : c'est le point d'où l'on sort.

Haran y meurt, du vivant de son père, dans le pays de sa naissance — la première mort d'un fils devant son père que le corpus rapporte. Puis Terach prend son fils ʾAvram, sa belle-fille Sarai et son petit-fils Lot, et ils sortent d'Ur pour aller au pays de Kenaʿan.

Et ils n'y arrivent pas. Ils s'arrêtent à Charan — la ville dont le Shem ne tient qu'à une lettre de celui du fils mort, un het là où Haran portait un he — et ils s'y établissent. Le premier voyage s'arrête à mi-chemin, et c'est là que Terach meurt. Le lekh-lekha de *Bereshit* 12 reprendra une marche déjà commencée et interrompue.

Ce que YHWH en fait, et qui change tout

Trois chapitres plus loin, la ville revient dans une phrase qui n'est pas une indication géographique.

> « Je suis YHWH qui t'ai fait sortir d'Ur Kasdim. »

Regardez la forme. C'est la formule d'auto-présentation de l'alliance, celle qui identifie YHWH par un acte accompli plutôt que par un attribut. Et l'acte retenu est une sortie.

Le lecteur qui connaît la suite du corpus reconnaît la phrase avant de savoir pourquoi : « Je suis YHWH ton ʾElohim, qui t'ai fait sortir du pays de Mitsrayim ». Même verbe, même structure, même fonction — le Nom se dit par la délivrance qu'il a opérée.

Or celle-ci vient avant. Avant la descente, avant l'esclavage, avant la mer. La première sortie du corpus n'est pas celle de Mitsrayim : c'est celle d'Ur. Et elle ne sort de rien de terrible — on quitte une grande ville pour des tentes. Ce qu'on quitte n'est pas une oppression, c'est un monde qui fonctionnait sans YHWH, la maison du dieu-lune et le pays de la naissance.

C'est ce qui donne son poids au reproche implicite : au moment où ʾAvram demande une garantie sur la terre, YHWH lui rappelle qu'il l'a déjà fait sortir une fois.

Ce que la fiche porte, et ce qu'elle attend

Elle repose sur *Bereshit* 11 et 15, les deux seules unités où le lieu paraît. Elle sera reprise si le corpus y revient — Néhémie 9:7 reprend la formule, et le livre n'est pas écrit.

Voir aussi

La maison qui en sort : Terach le père, Haran le fils qui y meurt, ʾAvram, Sarai, Lot, Nachor et Milkah.

L'étape où le voyage s'arrête : Charan la ville, à une lettre du Shem de Haran le fils mort — le corpus laisse les deux se répondre sans expliquer.

Le fleuve et le pays : Prat, le grand fleuve de la promesse, et Shinʿar, l'autre grande plaine du même monde, celle de Bavel.

Où l'on allait : Kenaʿan.