La Bible ONT — מקרא הקדם

Nom propre

Kasdim

Prononciation

Kas-DIM — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).

Le Shem

(Kasdim / כַּשְׂדִּים) est le nom hébreu du peuple de la basse Mésopotamie, dans le pays des deux fleuves, là où l'Euphrate ralentit avant les marais.

Le français dit « les Chaldéens ». C'est la forme grecque Chaldaioi passée par le latin, et le §4.12 l'écarte comme il écarte Sodome pour Sedom et l'Égypte pour Mitsrayim : un nom qui a traversé deux langues avant d'arriver n'est plus le nom. Kasdim est ce que le texte écrit.

L'étymologie ne se laisse pas fixer, et le corpus ne la commente pas. On a rapproché le Shem de Kesed, neveu d'ʾAvram par Nachor — la table des peuples aime ce genre de rattachement —, mais rien dans le texte ne l'établit. L'ONT ne comble pas.

Un nom qui arrive mille ans trop tôt

Voici ce qu'il faut tenir pour lire correctement les deux versets où il paraît.

Les Kasdim comme puissance historique sont tardifs. Ils apparaissent dans les sources au premier millénaire, s'installent dans le sud babylonien, et finissent par prendre Babylone elle-même. L'époque où le récit place Terach et sa maison à Ur est antérieure de mille ans.

Le narrateur emploie donc une désignation qui n'existait pas encore, pour situer un lieu à l'usage de qui l'écoute. Il fait exactement pareil avec les ʿAmaleqim, nommés d'après un ancêtre qui n'est pas né. Le texte nomme les lieux dans la langue de son auditeur, non dans celle de ses personnages — et le voir n'affaiblit rien : cela montre depuis quand on parle.

La boucle que le corpus ne souligne pas

C'est le point qui donne à ce Shem tout son poids, et il faut le poser lentement parce que le texte, lui, ne le dit jamais.

ʾAvram sort d'Ur Kasdim. C'est le premier départ du corpus, et YHWH s'en réclamera comme d'un acte fondateur : je suis YHWH qui t'ai fait sortir d'Ur Kasdim.

Et mille ans plus tard, dans le même corpus, ce nom revient — mais comme l'empire. Les Kasdim sont alors la puissance néo-babylonienne : celle qui monte contre Yerushalaim, qui brûle le Bayit, et qui emmène le peuple là d'où il était parti. Yirmeyahu les nomme sans cesse ; Havaquq bâtit tout son livre sur la question de savoir comment YHWH peut employer un tel instrument.

Mettez les deux bouts côte à côte : la famille de la promesse sort du pays qui, mille ans plus tard, la déportera. On part d'Ur, on reçoit une terre, on la perd, et l'on est ramené précisément d'où l'on venait.

Le corpus ne commente pas cette symétrie. Il se contente d'employer le même mot aux deux extrémités, et de laisser celui qui lit tout entendre le faire. C'est sa manière : le §4.9 la nomme — quand le texte se tait, le silence est le message.

Ce que la fiche porte, et ce qu'elle attend

Elle repose sur *Bereshit* 11 et 15, et sur ce que le corpus fera de ce nom dans des livres qui ne sont pas écrits — Yirmeyahu, Havaquq, Melakhim, Daniel. La boucle décrite plus haut est visible depuis les deux versets déjà là ; elle ne sera démontrée que quand l'autre extrémité existera.

À reprendre alors, et c'est un cas d'école de la règle du §2.10 : une fiche de Shem n'est jamais finie, parce qu'un peuple gagne un rôle chaque fois qu'un nouveau livre le fait paraître.

Voir aussi

La ville et le départ : Ur Kasdim, d'où sort la maison de Terach — ʾAvram, Sarai, Lot, et Haran qui y meurt avant le voyage.

Le pays et ses fleuves : Shinʿar, l'autre nom de cette plaine dans le corpus, celle de Bavel ; et Prat, le grand fleuve qui borne la promesse.

L'autre nom donné trop tôt : ʿAmaleqim, par le même procédé de narrateur.