Intraduisible
tehom
תְהוֹם
eaux primordiales
Prononciation
te-HOM — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
Le h est un he : un vrai souffle, comme le h de l'anglais house. Il se prononce — il n'est pas muet comme en français.
Avant tout, il y a de l'eau. Pas une mer avec des rivages — de l'eau sans fond et sans bord, où rien ne flotte parce qu'il n'y a ni haut ni bas. L'hébreu l'appelle tehom (tehom / תְהוֹם), et c'est sur sa face que la Ruach plane au deuxième verset.
Les voisins connaissaient ce mot, ou son cousin. Dans le grand poème babylonien, l'eau primordiale est une déesse, Tiamat — une puissance qu'il faut vaincre, et dont le corps fendu en deux fera le ciel et la terre. La ressemblance des noms n'est pas fortuite : les langues sont parentes, et le motif circulait partout.
Regarde alors ce que le texte hébreu fait — et surtout ce qu'il ne fait pas. Aucun combat. Aucune divinité. Pas un mot d'hostilité. Le tehom est là, simplement, et ʾElohim ne le terrasse pas : il sépare ses eaux, les repousse en haut et en bas, et dégage entre elles un espace habitable. Ce qui était une guerre chez les voisins devient ici une opération d'ordre.
C'est ainsi que le corpus traite systématiquement les puissances des cosmologies d'à côté : il ne les nie pas, il les remet à leur rang. Les grands monstres marins, les tanninim qui étaient des divinités du chaos ailleurs, sont mentionnés au cinquième jour comme des Nefesh vivants parmi d'autres. Le soleil et la lune, dieux majeurs partout, ne sont même pas nommés — le texte dit le grand luminaire et le petit, et les installe comme des horloges.
Ce qui donne au mabbul sa véritable ampleur. Les sources du grand tehom se fendent : ce n'est pas la pluie qui tombe, c'est l'eau d'avant qui revient. La séparation lâche, et le monde retourne à l'état où rien n'a de bord.
Source
8415 · תְּהוֹם